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Skip Sempé ou l’art de la transcription au clavecin

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Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750) / Gustav Leonhardt (1928-2012), Johann Sebastian Bach, Johann Jakob Froberger (1616-1667), Johann Kaspar Ferdinand Fischer (1656-1746), Sylvius Leopold Weiss (1687-1750), Juan Cabanilles (1644-1712), Henry Purcell (1659-1695), Johann Kuhnau (1660-1722), Gustav Leonhardt. Skip Sempé, clavecin Skowroneck de 1975, copie d’un « Vaudry à Paris 1681 ». 1 CD Paradizo. Enregistré en 2019 dans la basilique de Paray-le-Monial, France. Livret en français et en anglais. Durée : 63:59

 

Suivons dans sa réflexion en faveur de l’art de la transcription, qui ne manque pas d’intérêt.

Disciple et admirateur de , développe ici une double démarche. La première est de graver et proposer aux mélomanes un corpus assez original, celui des transcriptions faites par son maître vénéré, à partir de musique du XVIIIe sur des instruments du XVIIIe mais par un interprète du XXe siècle. La seconde est de vouloir redonner ses lettres de noblesse à la pratique de la transcription, dont l’abondance au XVIIIe siècle ne fait aucun doute, tout en s’interrogeant sur les sens de cette pratique. On trouvera donc, à côté des transcriptions de Leonhard (la moitié du CD), d’autres transcriptions, anonymes de leur temps ou même signées Skip Sempé lui-même. Les autres pièces proposées dans ce disque sont des morceaux dont Bach a vraisemblablement eu connaissance par l’intermédiaire de transcriptions pour clavier, ou tout simplement de petits hommages affectueux au maître Leonhardt. Skip Sempé ne va pas jusqu’à prétendre que la transcription constitue un genre musical à part entière, et il a bien raison. Ses références et hommages à (jusqu’au choix de l’instrument qui lui a appartenu) ont quelque chose de touchant, mais au final, c’est un patchwork très composite qui est proposé, et dont le fil conducteur manque un peu de solidité. Mais peu importe, et écoutons…

Il nous a déjà été donné d’entendre Skip Sempé en concert, et son goût pour les clavecins au son doux et moelleux n’est pas une surprise. En l’occurrence, celui-ci, un Skowroneck de 1975, copie d’un « Vaudry à Paris 1681 » est une merveille de suavité et de délicatesse, parfaitement adapté à cette succession de friandises délicates, mais au risque d’une certaine monotonie de son. Il est des instruments plus claironnants, plus astringents, et – sur la durée d’écoute d’un disque – moins lénifiants que celui-ci. Il faut noter plusieurs pépites dans cet album, à commencer par une Méditation sur ma mort future de Froberger, qui, jouée avec délicatesse et distinction devient une merveille de pessimisme et de sagesse. On trouvera aussi fort séduisante de pudeur et de profondeur l’Allemande pour luth de S.L. Weiss retranscrite par Skip Sempé. La partie la plus captivante de ce concert est certainement la transcription de toute la sonate pour violon BWV 1005, qui contient quatre mouvements. Le premier a été transcrit au XVIIIe siècle par une main inconnue, et Skip Sempé l’interprète assez justement comme une Bourrée mélancolique. Les trois autres transcriptions sont de la main de Leonhardt, et l’esprit de l’original est fort bien préservé, avec un Largo réflexif et un Allegro brillant, presque jubilatoire, et en tout cas résolutoire. L’ensemble produit un cheminement spirituel cohérent et d’une grande beauté. Il y a d’autres petites merveilles…. En revanche, la présence de ce Tiento II de falsas, de Juan Cabanilles, laisse perplexe, malgré ses intéressantes dissonances. De même, que vient faire là toute seule cette 13e variation Goldberg, extraite de l’ensemble hyper-construit de ce monument ? Même les explications de Skip Sempé dans un long interview ne répondent pas à cette question.

On a envie de dire à Skip Sempé : merci pour ce beau concert, mais à ce degré de culture, de réflexion, de maitrise technique et de maturité artistique qu’il a atteint, pourquoi ne se lance-t-il pas enfin à l’assaut des grands Livres de clavecin, les Suites Anglaises, le Clavier bien tempéré, les Variations Goldberg ? Certes, Gustav Leonhardt fut grand, mais nous, nous sommes vivants. A son tour, maintenant…

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Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750) / Gustav Leonhardt (1928-2012), Johann Sebastian Bach, Johann Jakob Froberger (1616-1667), Johann Kaspar Ferdinand Fischer (1656-1746), Sylvius Leopold Weiss (1687-1750), Juan Cabanilles (1644-1712), Henry Purcell (1659-1695), Johann Kuhnau (1660-1722), Gustav Leonhardt. Skip Sempé, clavecin Skowroneck de 1975, copie d’un « Vaudry à Paris 1681 ». 1 CD Paradizo. Enregistré en 2019 dans la basilique de Paray-le-Monial, France. Livret en français et en anglais. Durée : 63:59

 
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