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Zylan, chanteur caméléon engagé selon Diana Soh

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Diana Soh (née en 1984) : Zylan ne chantera plus, monodrame pour un seul interprète sur un livret de Yann Verburgh. Mise en scène : Richard Brunel. Costumes : Mathieu Trappler. Lumières : Victor Egéa. Benoît Rameau, Zylan (ténor). Valérie Marinesse-Barbosa, Jeu. Maarten Stragier, guitare électrique. Loris Sikora, violoncelle. Yi-Ping Yang, percussions.

C’est sous la mise en scène du directeur de l’Opéra de Lyon, , que Zylan ne chantera plus de la prometteuse compositrice , découverte au Festival Manifeste en 2013, naît autour de trois musiciens, un seul chanteur et une actrice silencieuse.


L’évocation du mariage de sa sœur, son arrestation et sa détention arbitraire dans un camp anti-gay, puis la torture, la vidéo en ligne mettant en scène le chanteur pop qui assure vivre désormais en Allemagne… Toute l’histoire de Zylan rappelle celle du chanteur russe Zelimkhan Bakaev, mort à Grozny en Tchétchénie, après avoir été arrêté, torturé et assassiné par la police en raison de son homosexualité. L’histoire de Zylan, ou de Zelimkhan, n’est pas unique puisque durant plusieurs mois en 2017, une vaste opération de répression à l’encontre des hommes homosexuels sera menée dans le pays, comptabilisant « officiellement » une centaine de victimes.

Cette source d’inspiration est à peine cachée, et pourtant l’horreur de cette histoire, de ces histoires, est, quant à elle, difficilement perceptible dans cette vision opératique contemporaine. Qu’est-ce qui fait que durant cette heure de musique, on s’attache peu à Zylan et au malheur qui se joue sous nos yeux ?

La raison principale vient probablement du livret. Ce « monodrame pour un seul interprète » impose au protagoniste de raconter lui-même son histoire, et de prendre parfois les traits d’autres personnages. La narration, chantée ou parlée, est très présente, proche d’un livre d’histoires lu à voix haute, sans chercher à essentiellement transmettre la souffrance, l’incompréhension, la sensibilité du personnage. La réelle brutalité aurait dû passer par l’affect plus que par les mots, par les sentiments plus que par le déroulement des faits, par l’émotion plus que par le discours – avec quelques longueurs de surcroît. L’argument distribué aux spectateurs avant la représentation est pourtant largement suffisant pour en comprendre le récit. Conçu comme une pièce de théâtre, le texte laisse peu de place à la force de la musique de la compositrice , dont la capacité émotionnelle reste bien perceptible malgré les limites imposées par ce livret.

Cette seule faiblesse, malheureusement structurante dans ce spectacle, ne fait pas oublier la superbe performance de face à un traitement vocal fourni autant en technicité qu’au niveau de l’interprétation. Tel un illusionniste, le ténor passe rapidement et avec une dextérité parfaitement maîtrisée, de la voix parlée à la voix chantée, d’une voix « pop » à une technique lyrique, de la voix de tête à une voix de poitrine, d’un personnage à l’autre et d’un extrême à l’autre (il joue son bourreau mais aussi sa mère, tout comme un narrateur anonyme) … Et tout cela sans soutien instrumental marqué. La luminosité de son timbre s’associe à l’innocence de son personnage, le chanteur proposant une diction claire et une incarnation limpide. L’impact de la violence passe par des consonnes et des accents percutants alors que la tendresse d’une mère se diffuse par des aigus éthérés.

Dans un univers atonal, la musique de Diana Soh se construit autour d’un jeu de sons percussif et strident, mettant souvent mal à l’aise, cette impression se dispersant nettement en plaçant ces effets au second plan, laissant la voix soliste ou le jeu théâtral prendre les rênes. Les interventions du violoncelle de sont, dans cette partition, anecdotiques, alors que la guitare électrique amplifiée de assure principalement ces sons discordants. Les percussions de sont clairement plus présents, se propageant jusque dans la geôle du chanteur – des percussions menées parfois également par le violoncelliste -. La prison devient ainsi une sorte de « harpe » où le son des barreaux est exploité de différentes manières : avec un archet, une plaque métallique, des maillets, ou bien encore directement à la main tel un arc. Autour de ce dispositif, l’actrice Valérie Marinesse-Barbosa, continuellement silencieuse hormis un échange bref avec le guitariste pour la réalisation de la vidéo, tient alternativement le rôle d’accessoiriste, de caméraman, de technicien lumière… Alimentant ainsi cette distanciation mal à propos, laissant facilement penser que l’envers du décor d’un plateau de cinéma est mis en scène, même si nous comprenons toutefois que c’est la vérité cachée par un État totalitaire qui est mis en exergue.


La lecture de est brute, un parti-pris juste agrémenté par une scénographie succincte et les lumières froides de Victor Egéa. Comme pour combler les lacunes de ce récit continu, le travail de direction d’acteurs du metteur en scène, et notamment concernant le rôle-titre, est particulièrement riche et abouti.

Crédits photographiques : © Jean-Louis Fernandez

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Diana Soh (née en 1984) : Zylan ne chantera plus, monodrame pour un seul interprète sur un livret de Yann Verburgh. Mise en scène : Richard Brunel. Costumes : Mathieu Trappler. Lumières : Victor Egéa. Benoît Rameau, Zylan (ténor). Valérie Marinesse-Barbosa, Jeu. Maarten Stragier, guitare électrique. Loris Sikora, violoncelle. Yi-Ping Yang, percussions.

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