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Roberta Mantegna, une promesse devenue une évidence

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Assurant actuellement le rôle-titre dans Luisa Miller à l’Opéra de Rome sous la direction de Michele Mariotti, y déploie son soprano aux couleurs chaudes et au timbre brillant.

ResMusica : D’où vient votre passion pour la musique ?

: Initiée au piano par une mère pianiste et professeur de musique, ma vocation fut pourtant toujours le chant. Enfant, cependant, je ne me sentais pas très capable, et parvenir au double cursus du Conservatoire Belllini de Palerme ne fut pas simple. Toute petite, j’ai découvert la possibilité d’être écoutée et comprise en chantant. Le chant lyrique a sublimé mon besoin d’écoute et d’expression même si je ne pensais pas en faire un métier au départ et arriver là où j’en suis. A tel point qu’il m’est aujourd’hui difficile de me faire à l’attention qui en découle. Timide de nature, j’ai dû apprendre à gérer ces résultats inattendus.

ResMusica : Après avoir suivi Fabbrica, le programme de l’Opéra de Rome pour jeunes chanteurs, vous voici l’une des têtes d’affiche d’une production de la saison. En quelques années, la grande promesse est devenue une évidence pour l’institution romaine. Votre parcours est-il le résultat d’un investissement important sur les nouvelles générations de chanteurs ?

RM : Donner des opportunités aux jeunes est toujours payant. Aujourd’hui, les chanteurs d’opéra ont une formation complète. Les vieux préjugés qu’on avait à leur égard sont tombés, quand on les croyait ignorants, ou alors comme des stars à traiter avec tous les égards sans pouvoir oser les reprendre. Les nouvelles générations sont bien plus préparées et sensibilisées. Ils étudient plus à fond car la compétition est beaucoup plus forte que jadis. Fabbrica a été pour moi un pont entre l’éducation et le monde du travail : elle m’a permis de comprendre l’ensemble des métiers d’une maison lyrique, le travail des techniciens aussi, en profitant des leçons de grands metteurs en scène et chanteurs.

« Pour nous chanteurs, il est difficile de nous définir, car nous nous percevons différemment de ce que nous sommes et de la façon dont les autres nous perçoivent »

ResMusica : Quel genre de soprano vous considérez-vous ?

RM : Une soprano lyrique tendant vers le dramatique d’agilité selon la définition classique. Mais ma voix évolue et continue de me surprendre. Après tout, la pandémie a rebattu les cartes. Chacun de nous a passé des mois enfermé chez soi. J’ai découvert une Roberta sportive, qui avait besoin de calme, de s’occuper d’elle. Cela m’a fait découvrir d’autres facettes de moi-même et de ma voix, qui est le miroir de l’âme. C’est comme si j’avais recommencé à chanter, expérimentant chaque nuance de ce que signifie être une soprano agile. Après tout, pour nous chanteurs, il est difficile de nous définir, car nous nous percevons différemment de ce que nous sommes et de la façon dont les autres nous perçoivent : il suffit de lire les critiques pour s’en apercevoir. Quant au timbre de ma voix, ainsi qu’à la couleur, souvent il me paraît plus clair que ce qu’il paraît à l’extérieur. Et physiquement aussi, je me sentais mince alors que j’étais peut-être plus en surpoids qu’aujourd’hui. La perception change selon le regard que vous portez sur vous-même. Aujourd’hui je perçois une voix plus chaude, plus enveloppante, plus accueillante. Mais je le répète, même si ma voix a beaucoup changé, ma perception d’elle a encore changé.

ResMusica : Quels seront vos prochains rôles et ceux que vous espérez dans un futur plus lointain ?

RM : J’ai comme première étape la Fenice avec I Lombardi alla prima crociata de Verdi. Ensuite, j’irai au Festival Verdi de Parme avec Simon Boccanegra, et j’aurai aussi l’occasion de redécouvrir des opéras peu connus comme Caterina Cornaro de Donizetti, que je chanterai à Dortmund en version de concert. En attendant, il y a aussi d’autres engagements comme le spectacle de Marina Abramovic à Naples où je chanterai l’air de La Norma avec six autres collègues, et l’année prochaine je dois aller au Japon chanter dans Falstaff. Mais dans vingt ans, je l’avoue, j’aimerais chanter le Più spinto de Lady Macbeth, de Il Ballo in Maschera, des rôles très forts émotionnellement mais aussi vocalement.

ResMusica : Que pensez-vous de la vitalité de l’opéra aujourd’hui ?

RM : Dimanche dernier, lors de la générale, ouverte aux jeunes de moins de 26 ans, le public ne savait pas quand applaudir, que ce soit après un nombre limité d’arias, ou à d’autres moments. D’habitude les jeunes sont très expansifs, mais j’ai compris qu’ils étaient très concentrés et l’ovation finale nous a fait réaliser à quel point ils avaient été pris par l’intrigue. Une personne du théâtre m’a dit qu’à côté d’elle il y avait deux jeunes gens qui ont d’abord bavardé, mais à un certain moment ils ont été capturés par le spectacle, et à la fin elle les a vus pleurer. Le découvrir pour moi fut merveilleux. La semaine dernière, je chantais Aroldo à Modène et j’ai vu une fillette de cinq ans au premier étage à gauche. J’ai pensé qu’elle allait s’endormir. Au contraire, elle est restée éveillée jusqu’à la fin, très attentive avec son masque sur le visage et une peluche dans ses bras. J’ai voulu la rencontrer. Ses parents l’emmènent au théâtre depuis qu’elle a un an, elle a déjà son opéra préféré : La Traviata. Au final, c’est elle qui m’a ému. Si les générations futures sont capables de cultiver cette sensibilité, elles créeront un société délicate, attentive. C’est pourquoi j’espère que l’opéra sera toujours apprécié.

Crédits photographiques : © Rosellina Garbo 

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