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Les 250 ans de Joseph-Cassanéa de Mondonville, glorieux musicien occitan à la cour de Louis XV

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Compositeur occitan du règne de Louis XV, , dont on commémore cet automne les 250 ans de sa disparition, a occupé une place d’importance dans la vie musicale parisienne, notamment au sein du fameux Concert spirituel. La postérité retient surtout de lui ses talents de violoniste et ses pièces vocales qui sont parmi les grands sommets de l’art baroque français.

Un compositeur baroque natif de Narbonne

Le 25 décembre 1711 est baptisé notre musicien dans cette cité qui fut en son temps une colonie romaine, ville riche chargée d’histoire et dotée d’imposants monuments (Cathédrale, Palais des archevêques). Né dans une famille aristocratique mais pauvre, son père était musicien organiste en la cathédrale Saint-Just. Sa famille, originaire de Toulouse, avait possédé la belle terre de Mondonville dont il avait pris le nom. Le jeune Jean-Joseph ne tarda pas à quitter Narbonne pour prendre des fonctions de violoniste et de chef à l’opéra de Lille. Ensuite, il se rapprocha de Paris vers l’âge de 20 ans, grandement remarqué comme violoniste par Madame de Pompadour.

Grâce à sa protection il est nommé violon du roi et occupe dès 1744 les fonctions de sous-maître de la chapelle royale. Un magnifique tableau du peintre Maurice Quentin de la Tour nous présente un portrait très élégant du compositeur tenant son violon à la main. Il succède à Pancrace Royer au Concert spirituel à partir de 1755 où il se fait remarquer en particulier pour ses Motets. C’est l’époque où il compose également pour le théâtre divers Opéra-ballets. Vers 1753 éclate la célèbre querelle des bouffons qui oppose les partisans du style français (Rameau) et ceux du style italien (Rousseau). Mondonville prend résolument parti pour le « coin du roi » qui prônait la suprématie de l’art français. En 1747, il épouse Anne-Jeanne Boucon, claveciniste célèbre à qui Rameau avait dédié en 1741 l’une de ses pièces de clavecin en concert et dont Quentin de la Tour fit également un portrait. Mondonville devient directeur du Concert Spirituel pour quelques années à partir de 1755.

Le Concert spirituel

Le Concert spirituel est une organisation de concerts qui vit le jour en 1725 fondé par Anne Danican Philidor (1681-1728). Il perdura 65 ans jusqu’au moment de la révolution française. Cette institution marqua le monde musical par ses innovations et la qualité de ses productions. Le lieu des concerts se situait dans l’ancien palais des tuileries dans la vaste salle des Suisses, au premier étage du pavillon central pouvant accueillir jusqu’à 60 musiciens. Un contrat prévoyait l’interprétation d’œuvres sacrées chantées en latin, les musiciens étant recrutés dans les diverses institutions musicales de la capitale ainsi que parmi des artistes de passage. Plus de 450 compositeurs se firent entendre et le rayonnement du Concert spirituel fut immense. De plus le répertoire était élargi aux œuvres instrumentales, dont des concertos et des symphonies au style naissant, particulièrement attractif. On remarque alors la participation de Haydn puis de Mozart en 1778. occupe ici une place prépondérante de part sa fonction de directeur mais aussi pour les œuvres qu’il y présente avec plus de 500 exécutions. On sait également que cette salle était dotée d’un orgue vraisemblablement construit aux alentours de 1750 par Jean-Baptiste Micot. Un instrument de taille moyenne possédant cependant trois claviers. L’emplacement de l’instrument sur une simple estrade permettait ainsi l’exécution de concertos avec orchestre dont les auteurs connus furent Corrette, Mondonville ou Delalande. On conserve encore au moins un Concerto pour orgue et orchestre de Mondonville. Le Concert spirituel mis fin à ses activités au début de la révolution avec une dernière représentation en 1790.

Les compositions de Cassanéa de Mondonville

Contemporain de Jean-Philippe Rameau bien que plus jeune de 28 ans, Mondonville acquiert une célébrité réelle au travers d’œuvres musicales de toute première qualité.

La musique de chambre

Violoniste reconnu il se consacre à son instrument au travers de Concertos au nombre de trois, hélas perdus. Il reste cependant Six Sonates en trio et une série de Sonates pour violon et continuo op. 4 dans un recueil dénommé « Sons harmoniques »et publiées en 1738. Le style en est galant, charmeur et préfigure par certains accents un romantisme naissant, surtout dans certaines Arias. Très attaché à son cher violon, ses compositions pour le clavier s’agrémentent d’accompagnements violonistiques Sonates avec accompagnement de violon op. 3. Au Concert spirituel il compose des Concertos pour orgue et orchestre à l’instar de son contemporain Michel Corrette qui pouvaient être donnés dans la grande salle grâce à la présence d’un orgue à demeure.

La musique pour l’opéra

Cassanéa de Mondonville compose divers Opéra-ballets et des Ballets héroïques dont certains furent dansés à l’opéra du château de Versailles en 1771 (Les projets de l’Amour). Le compositeur est attiré par la musique champêtre, il compose Isbé et Titon et l’Aurore qui sont des Pastorales héroïques. Cet élan se concrétise encore d’avantage avec l’écriture d’une Pastorale languedocienne Daphnis et Alcimadure en langue occitane (patois méridional), seul opéra du genre inspiré par des airs populaires languedociens. L’œuvre dédiée à la dauphine est créée en présence du roi et de la reine en 1754. Cette œuvre fut rejouée à notre époque pour la première fois au Théâtre Comédie de Montpellier en 1981 et plus récemment encore pour commémorer l’anniversaire de Mondonville en octobre 2022 au théâtre du Capitole de Toulouse.

Les œuvres religieuses : Motets et Oratorios

La célébrité de Mondonville tient également en grande partie à ses œuvres spirituelles constituées par ses Motets. Dans les années 1730 à 1750, Mondonville compose 17 grands motets dont seulement neuf nous sont parvenus. Il utilisent des textes de psaumes chantés en latin, aux titres évocateurs : Cantate Domino, De Profundis, Nisi Dominus… Ce qui marque leur exécution est une expressivité appuyée, alternant lenteur, impétuosité, lyrisme voire une modernité assez audacieuse. Il en ressort un dramatisme exacerbé qui font de ces œuvres des sommets dignes des plus grands compositeurs de leur temps y compris Jean-Philippe Rameau. On distingue également une douzaine de Motets plus modestes, néanmoins de belle facture, dont un Regina Coeli et un Laudate Dominum.
Les œuvres religieuses comprenaient également trois Oratorios malheureusement disparus.

La place de Mondonville dans le paysage baroque français

Pour percer encore plus avant la personnalité de Mondonville, il est bon de relire sa biographie dans l’ouvrage consacré aux musiciens écrit par François-Joseph Fétis et daté de 1867. On y relève certains traits de caractère dont son avarice. « Mondonville avait beaucoup de vanité, et affichait la prétention de passer pour homme de lettres en même temps que compositeur; et la plupart des poèmes de ses opéras étaient publiés sous son nom , quoique l’abbé de Voisenon eu fut le véritable auteur. En 1768, il obtint une pension de 1,000 francs sur l’Opéra. Contre l’ordinaire des musiciens de son temps, il était avare et avait acquis une fortune assez considérable. Sa répugnance à faire la moindre dépense fut cause qu’il mourut sans aucun secours de la médecine, dans sa maison de campagne de Belleville, le 8 octobre 1773 ». On sait aussi qu’il perçu des droits pour que ses Motets continuent à être donnés au Concert spirituel à la demande du public.

En ce 18° siècle grouillant de musiques où l’art italien et l’art français s’affrontèrent souvent, la musique de Mondonville, même s’il s’en défendit, puise en partie ses inspirations auprès de l’Italie. Pour autant, ses Motets se placent dans la grande tradition versaillaise instaurée par Delalande. Il perfectionne le jeu du violon, en introduisant la technique des notes harmoniques. Ainsi, ses Sonates dédiées à cet instrument foisonnent d’idées nouvelles et d’effets souvent charmeurs. Ses opéras, pastorales et musiques pour clavier confirment ses grandes qualités qui le hissent au rang des plus grands de son temps. La qualité de sa musique, encore jouée de nos jours, témoigne de sa valeur et justifie grandement sa célébrité.

Crédits photographiques : © BNF Paris

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