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L’univers lumineux des compositions pour chœur et orgue de Grégoire Rolland

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Grégoire Rolland (né en 1989) : Audite Coeli ; Mes rêves n’ont qu’un unique nom ; Caligaverunt oculi mei ; Omoï ; Chang’E ; Illumina ; Shēng ; Luminous bells ; Lü. Thomas Ospital à l’orgue de l’église Saint-Eustache à Paris ; Chœur de chambre Dulci Jubilo, direction : Christopher Gibert. 1 CD Anima Nostra. Enregistré en l’église Saint-Eustache en 2021. Livret en français. Durée : 71:14

 

, jeune compositeur organiste, s’est déjà fait remarquer par un premier album intitulé Les sacrements. Son nouveau disque, Shēng, rassemble plusieurs œuvres vocales et pour orgue seul. Une manière de découvrir encore plus le monde musical de cet artiste au talent très affirmé.

Shēng… Tel est le titre du nouvel album de , évoquant l’une des pièces pour six voix de femmes « a capella » sur un sinogramme lié au son et à la voix. Abondamment diplômé dans diverses disciplines au CNSM de Paris et notamment auprès de Thierry Escaich pour la fugue et l’improvisation, ce musicien offre désormais une personnalité marquée, révélatrice d’un monde intérieur libre et poétique.

Les neuf pièces présentes sur ce CD explorent divers mondes portés avec diversité par l’orgue, par les voix seules ou mêlées à celui-ci. L’album débute avec une pièce pour chœur mixte et grand orgue intitulée Audite Coeli, écrite pour le concours de composition de la cathédrale d’Évreux en 2010. Inspirée de Guillaume Costeley déjà inspirateur d’un concours « puy de musique » en 1575. Le grand orgue de l’église Saint-Eustache à Paris arrive ensuite sous les doigts de son titulaire : Mes rêves n’ont qu’un unique nom est la première pièce pour orgue écrite en 2008 par Grégoire Rolland, imageant au travers des couleurs de l’instrument et de sa grande dynamique, divers états de rêves reliés par une seule et même note évoquant le mot « nom ».

La pièce Caligaverunt oculi mei est un répons pour voix d’hommes et orgue ; elle fut l’objet en 2012 d’une commande la cathédrale Notre-Dame de Paris, s’inspirant des répons grégoriens liés à ce lieu. Omoï pour grand orgue solo est un hommage aux victimes de Fukushima en 2011. L’œuvre est basée sur un chant traditionnel japonais qui se développe par bribes tout au long de la pièce évoquant la mémoire de ces moments tragiques, par le souvenir de vibrations graves générées par l’ampleur du grand orgue de Saint-Eustache. Une autre inspiration de Grégoire Rolland prend sa source dans la mythologie chinoise. Chang’E est une légende où l’héroïne, après avoir bu un élixir d’immortalité s’envole vers la lune pour l’éternité. Seul le titre de l’œuvre est prononcé par le chœur tout au long du discours musical, permettant au l’auteur un travail vocal autour du son. C’est à l’orgue seul qu’est confié Illumina une nouvelle fois issue d’une commande de Notre-Dame de Paris, évocation de la lumière divine autour d’une phrase de plain-chant.

Shēng, déjà évoquée plus haute est une pièce vocale « a capella » dissertant sur le processus d’élaboration d’un sinogramme en progression tel le dessin du graphiste. La pièce pour orgue Luminous bells évoque les sons et les images de la cathédrale de Bourges qui se mêlent de plus en plus intensément : couleurs des sons telles qu’Olivier Messiaen avait su les avait évoquer par le passé. L’orgue reste un instrument privilégié pour traduire ces climats particuliers. Le disque s’achève par une pièce passionnante intitulée pour douze voix mixtes. Elle évoque les recherches musicologiques et de tempérament dans la Chine ancienne. Une légende repose sur des longueurs de bambous constituant une gamme proche du système pythagoricien. Il s’en dégage toute une philosophie basée sur le Yin et le Yang. Les voix féminines et masculines opposent des deux pôles pour peu à peu se fondre en une seule et même identité.

L’impression générale qui se dégage de cet album est une ambiance de lumière et d’espace. l’alternance des pièces avec ou sans les voix apporte une diversité et un rayonnement remarquables. Le est ici magnifiquement dirigé par auquel il insuffle une âme vigoureuse et inspirée. quant à lui domine magistralement ces œuvres exigeantes depuis ses claviers riches de mille feux et nuances. Voici un album qui honore grandement la musique de notre temps, sans se cacher de ses inspirations lointaines venues du grégorien ou de l’antique Extrême-orient. Grégoire Rolland occupe désormais une place de choix dans la jeune génération de compositeurs, ancré dans une tradition ancestrale européenne de la musique et ouvert à d’autres cultures.

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Grégoire Rolland (né en 1989) : Audite Coeli ; Mes rêves n’ont qu’un unique nom ; Caligaverunt oculi mei ; Omoï ; Chang’E ; Illumina ; Shēng ; Luminous bells ; Lü. Thomas Ospital à l’orgue de l’église Saint-Eustache à Paris ; Chœur de chambre Dulci Jubilo, direction : Christopher Gibert. 1 CD Anima Nostra. Enregistré en l’église Saint-Eustache en 2021. Livret en français. Durée : 71:14

 
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