Le Trio Busch défend avec panache trois trios pour piano et cordes de Beethoven
Le Trio Busch livre un premier volume consacré aux Trios pour piano et cordes de Beethoven.

Les membres du Trio Busch se sont rencontrés au Royal College of Music de Londres il y a une dizaine d'années. En réunissant leur destin ils entendaient rendre hommage au légendaire violoniste allemand Adolf Busch (1891-1952) qui forma en 1919 un célèbre trio portant son nom avec son frère Hermann et son gendre Rudolf Serkin. Leurs gravures d'œuvres de Dvóřak, de Schubert, Ravel et Chostakovitch ont déjà reçu un accueil très positif.
Pour le label Alpha, la formation semble s'engager dans une intégrale des trios pour piano et cordes de Beethoven. Ce premier volume défend le premier et le troisième des Trios op. 1, respectivement en mi bémol majeur et do mineur, composés vers 1793-1795 que le compositeur dédie au prince Karl von Lischnowsky. Joseph Haydn était présent chez le prince lors de la création. Ces trios s'inscrivent dans la période classique de Beethoven. Ce dernier effectua néanmoins des modifications morphologiques à ces œuvres. Le Scherzo placé entre l'Adagio et le Presto final remplace le Menuet abandonné. Le premier et le troisième ont quatre mouvements et leur esthétique n'ignore pas les apports de Haydn et Mozart tout en accueillant des tours tout à fait propres au jeune compositeur. Choix que le Trio Busch souligne de manière équilibrée et délicate grâce à leur jeu homogène et impeccable. On perçoit nettement les aspects stylistiques propres aux grands devanciers et au jeune prodige, en particulier dans l'Allegro du premier mais aussi dans l'Allegro con brio du troisième. Le magnifique Largo con espressione du premier trio laisse transparaître un sentiment nostalgique prégnant dont on ne retrouve pas la profondeur et l'impact dans le mouvement Andante cantabile con variazione du dernier. Le Trio Busch se montre brillant et véloce dans les mouvements rapides Scherzo (Allegro) du n° 1 comme il défend à bon escient le Prestissimo échevelé et tonique du n° 3.
Le programme prend fin avec le Trio pour piano et cordes en si bémol majeur (n°4), op.11 (« Gassenhauer », terme évoquant une chanson populaire) élaboré en 1798, dédié à la comtesse von Thun et créé en privé chez le comte de Fries. Initialement il fut conçu pour piano, clarinette et violoncelle avant que le piano ne remplace la clarinette. L'émouvant Allegro con brio et cantabile ne manque de puissance ni de retenue. Un Adagio con espressivo lui fait suite et confie au violoncelle un rôle majeur. Le dernier mouvement Tema con variazioni (Allegretto suivi d'une série de 9 délicates variations) trouve ses origines dans un opéra de Joseph Weigl nommé le Corsaire par amour que Vienne put découvrir en octobre 1797.
Ainsi le jeu du Trio Busch offre un panel de sonorités de toute beauté et exprime une fine sensibilité, une maîtrise mélodique et une intelligence qui font de ce premier volume une réussite incontestable. Il se positionne au niveau du Beaux Arts Trio (Philips) et comme ce dernier développe un flux musical allant de la légèreté communicative à une densité impressionnante, tour à tour bouillonnante, fougueuse et méditative.







