Entre les mondes avec Blaise Ubaldini
Entre le mot et le son, l'écrit et le non-écrit, entre physique et métaphysique… autant de balancements entretenus par Blaise Ubaldini dans ce nouveau format au-delà des styles et des genres.

« Stay on the path in between », conseille la voix (Blaise Ubaldini) au fort accent américain dans le prologue : « Rappelle-toi que tu entends mieux lorsque tu es aveugle »… Compositeur, performer et auteur français, Blaise Ubaldini est révélé au public parisien lors du spectacle Hamlet / Fantômes donné au Théâtre du Châtelet et mis en scène par Kirill Serebrenikov en octobre dernier.
Les 14 numéros de l'enregistrement sont une déambulation poético-musicale, avec ou sans texte, une invitation douce à écouter, à se laisser porter et à embrasser « tout le monde biologique dans sa diversité ». Un quatuor à cordes (Sine nomine) et un saxophone (Valentin Conus), des percussions (Luc Müller) et deux voix, celle de Zoéline Simone et de Blaise Ubaldini qui tire également des sons d'un synthétiseur modulaire et joue du violoncelle, du carillon et du piano. L'ensemble est atypique, alternant l'écriture ciselée du quatuor à cordes inscrit sur le temps long (The Garden's Slope, The Valley of Nothingness, As Fluid as Water) et les arrangements rock (The Heart Beating, L.A. Mystics) dûment pulsés. Parlé rythmé, modulé, voix chantée ou robotisée (Gone with the Noise), celle d'Ubaldini, traitée avec force vocoder, fait toujours clairement passer le message. Zoéline Simone s'empare quant à elle des textes de Henri Michaux (Ineffable vide qui rend compte des expériences du poète avec la mescaline), en une incantation (chant nasal sur des onomatopées) et trois Révélations (tous les textes sont reproduits dans le livret) renouvelant chaque fois l'écriture vocale : ainsi cette ligne vocalisée jouant avec celle du saxophone sous les résonances lumineuses du carillon dans la 2. On est sous le charme dans Little Time Song dont Ubaldini donne également la version « televangeliste », plus drôle, juste avant. As fluid as Water, mixant délicatement le bruit de l'eau et les sonorités oscillantes des Sine Nomine est une superbe plage au temps suspendu, juste après les mots de Michaux sur « le style »… qui donnent à réfléchir.









