Une messe française de Jehan Barra révélée par l’ensemble Vox Cantoris
La collection du label Psalmus consacrée aux musiques spirituelles de la Renaissance par l'ensemble Vox Cantoris s'enrichit d'un nouveau volume présentant pour la première fois une Messe de Jehan Barra, chanteur et compositeur à la Sainte-Chapelle de Paris au début du XVIᵉ siècle.

Jean dit Hotinet Barra est né aux alentours de 1490, il est reçu en 1510 comme chanteur haute-contre de la Sainte-Chapelle de Paris avant d'être engagé en la cathédrale de Langres. Il reviendra plus tard à Paris avant d'assumer d'autres fonctions à Dijon.
Un auditeur de notre temps va recevoir cette musique comme une bénédiction ! En effet l'impression première est d'une grande plénitude, une sérénité ambiante portée par la pureté des voix et une magnifique homogénéité de l'ensemble. Le manuscrit Occo Codex des années 1515 issu des Pays-Bas sur lequel travaille l'ensemble Vox Cantoris pour une série d'enregistrements renferme la Missa Ecce panis angelorum (Voici le pain des anges). La Messe avec ses parties habituelles, Kyrie, Gloria Credo, Sanctus et Agnus Dei est ici judicieusement présentée avec diverses pièces qui telles un bel écrin font scintiller l'œuvre principale. C'est le Pape Urbain V qui avait commandé à Thomas d'Aquin vers 1265 un office pour la fête du Corpus Christi d'où cette Messe est tirée, voulant un chant conduisant au silence intérieur, mêlant la voix des anges à celles des hommes.
Grâce à ce disque on renoue un contact avec un monde oublié depuis des siècles au travers de manuscrits miraculeusement sauvés et exaltés spirituellement par un discours théologique en musique. Il est heureux de lire quelques lignes du Motet O Salutaris qui résument la démarche et l'intention : « … ainsi faut-il entendre soupirs, exclamations, aspirations, jubilation, entre la voix qui se rend accessible par l'expérience de l'ouïe et l'énigmatique verbe intérieur. Un regard passe dans la voix qui s'oriente vers l'objet de son désir ». Tout est dit ! L'unité du Corps mystique est ainsi concrétisée dans la célébration de l'unité procurée par le corps du Christ.
L'office de la Fête du Saint-Sacrement de Saint-Thomas d'Aquin est magnifiée sous la houlette de Jean-Christophe Candau, grand spécialiste de ces polyphonies savantes et charmeuses de la Renaissance. Années après années il a forgé un son propre à son ensemble vocal nourri d'études musicologiques et stylistiques et porté par une superbe inspiration. Ses recherches et l'objectif précis qu'il s'est fixé avec ses chanteurs est d'imaginer un monde sonore a jamais disparu. Les chantres d'alors pratiquaient avec habileté une part d'improvisation ciblée sur une ornementation « fleurie » et une différenciation des contrastes au sein des voix, à l'image des sonorités diverses offertes par les jeux d'un orgue. Le chant se vit ainsi autour du lutrin sur lequel lisent les chantres réunis en une même énergie, édifiant ainsi une cathédrale sonore. On aboutit ainsi à une interprétation en tous points de vue remarquable, ressentie en plénitude par un auditeur d'aujourd'hui !
Comme il est fait pour chaque volume de l'Ensemble Vox Cantoris chez Psalmus, la captation est réalisée dans l'acoustique précise et généreuse de l'église Saint-Pierre de la Réole (Gironde), un fil rouge harmonieux qui offre une grande unité à la collection.








