Finale du Concours La Maestra 2026 : compte-rendu
Le concours La Maestra met à l'honneur exclusivement des cheffes d'orchestre, dans le but de participer à la féminisation de ce poste encore majoritairement masculin. Mais si l'idée est pour le moment totalement louable, les résultats de la quatrième édition sont le reflet de notre époque, où l'énergie compte plus que l'approche interprétative des partitions.
Pour la 4e fois en 6 ans, le Concours La Maestra cofondé par la cheffe Claire Gibault permet à 16 candidates de se confronter lors de trois tours de direction à la Philharmonie de Paris. Devant un jury présidé cette année par Oksana Lyniv, dans lequel se trouve également Wayne Marshall, Vineta Sareika, Matias Tarnopolsky, Fabienne Voisin, Philipp von Steinaecker et Claire Gibault elle-même, 16 jeunes femmes de 23 à 39 ans se confrontent jusqu'à la finale, objet de cette recension.
Comme dans tous les concours – le fait qu'il n'y ait ici que des femmes ne changeant rien à l'affaire – certaines candidates possèdent bien plus de maturité ou d'expérience que d'autres. Malgré ce biais, les quatre finalistes de cette année présentent de vraies disparités, la plus jeune n'étant pas la moins à l'aise, ni celle qui l'emporte la plus mature.
En deux parties, la finale débute avec le Paris Mozart Orchestra, accompagnateur de toutes les épreuves depuis le début de la semaine, pour s'achever pour la première fois en soirée avec l'Orchestre de Paris. Le vendredi ayant été dévolu aux répétitions, le samedi est consacré à profiter des interprétations de concert. Et pour première pièce imposée, c'est une création de Diana Soh, Au fil du geste, qui ouvre les débats.
Déjà, cette pièce contemporaine permet de bien différentier les approches, dont celle encore très scolaire de la première candidate, l'Américaine Molly Turner, qui passe globalement à côté de sa finale. À peine en place rythmiquement ensuite pour le 1er mouvement de la Symphonie n°2 de Brahms, elle ne fera pas beaucoup mieux avec le 1er Tableau de Petrouchka en soirée, laissant la Française Alizé Léhon la surpasser juste après sur tous les points, tant par la vision que par la tension globale et l'attention envers certains instrumentistes (dont elle n'oublie pas de faire lever l'excellente cor solo aux saluts dans Brahms). Avec la création de Soh on peut également analyser les approches des candidates par rapport à une pièce moderne : là où la Française, puis la Chinoise Jiajing Lai, préfèrent ne pas prendre de baguette pour garder plus de souplesse, les deux autres, dont la gagnante Mojca Lavrenčič, n'imaginent pas de s'en passer, au risque pour cette dernière de proposer une interprétation énergique mais très stricte. En passant dernière, la comparaison de la cheffe slovène avec les mélanges de climats et l'attention très particulière aux musiciens de la part de la Chinoise semblait pour nous (et la majorité de nos confrères critiques au même rang) donner une grande supériorité à Lai.
En soirée, les équilibres sont peu ou prou respectés. Molly Turner ouvre à nouveau sans véritable contrôle, avec de grands gestes que l'Orchestre de Paris ne regarde pas plus que le Paris Mozart Orchestra, surtout pour un début de Petrouchka qu'ils ont joué très souvent depuis un an avec leur directeur musical. Alizé Léhon nous raconte bien plus de choses, même si plus en difficulté ensuite dans La Valse de Ravel, œuvre trop complexe pour une finale de concours, tant, même parmi les plus grands chefs actuels, très peu parviennent à y intégrer à la fois l'esprit de danse et le cataclysme du monde que contiennent la partition.
Étonnamment, public et jury préfèreront aussi sur cette œuvre l'approche encore très énergique de Mojca Lavrenčič. Il est vrai qu'elle montre une palette de gestes plus diversifiée que la Française et une main gauche très souple. Mais pour nous, sans réelle proposition, les pages se tournent et s'enchaînent les unes après les autres sans saveur ni aspérité. Par certains aspects, on pense à quelques moments à Tarmo Peltokoski dans cette façon de tout jouer en sautant sur le podium ; on sait que l'époque aime ça. Et d'ailleurs, alors qu'on reste dubitatif face à cette prestation, bien plus convaincu – sans aucun chauvinisme – par les propositions de la Française et la vision mure de la Chinoise, c'est la Slovène de 33 ans qui remporte non seulement le 1er Prix, mais aussi le Prix du comité des orchestres internationaux, le Prix du comité ECHO, le Prix du comité des salles et des orchestres français, le Prix du comité Arte et le Prix des musiciens de l'Orchestre de Paris.
Vu la prestation finale de l'Américaine Molly Turner, on regrette qu'elle n'ait pas laissé sa place en finale à la jeune Palestinienne Lamar Elias (26 ans), favorite de notre confrère du Figaro et qui a remporté le Prix du Paris Mozart Orchestra.
L'intégralité du concours est disponible en vidéo sur Arte ou sur le site de la Philharmonie de Paris.
Crédits photographiques : © Pauline Ballet
Modifié le 5/3/2026 à 9h30
La cheffe d'orchestre Mojca Lavrenčič remporte le concours La Maestra 2026










