Amala Dianor, roi des ambianceurs !
Le talentueux Amala Dianor et sa compagnie posent leurs valises pour une quinzaine de jours au théâtre 13eArt, à Paris. Au programme : la reprise du spectacle DUB, et plusieurs after show vitaminés, animés par le compositeur et DJ Awir Leon.
Créé en 2023 et déjà présenté au Théâtre de la Ville, DUB entend explorer les différentes cultures underground, mais aussi l'héritage de la culture hip-hop dans le monde, au travers de différents styles, incarnés par les onze danseurs et danseuses de la compagnie Amala Dianor. Si le chorégraphe et son compositeur fétiche, Awar Leon, viennent de la scène hip-hop où ils se sont connus, ils aspirent donc à aller au-delà. La chorégraphie d'Amala Dianor permet à chaque interprète d'exprimer au mieux sa propre technique, mais donne aussi aux danseurs la possibilité de travailler ensemble, d'être inspiré, sans gommer ses individualités. Tous les interprètes ont l'occasion de s'exprimer en solo, mais ils finissent toujours par être rejoints par d'autres danseurs ou par le groupe entier pour des ensembles époustouflants et parfois récurrents qui arrivent comme une vague ou une boucle.
Bien que très écrite, la pièce de Dianor, donne parfois l'impression de l'improvisation tant le partage et la joie de danser irradie des interprètes. Les mouvements sont fluides, rapides, nerveux ou sensuels, mais semblent toujours naturels, incarnés.
Joie, diversité, partage sont sans doute des valeurs cardinales pour Amala Dianor. Par l'intermédiaire de ses interprètes et de son compositeur, il ne perd jamais une occasion d'engager ou de faire participer le public qui ne demande qu'à accompagner le rythme impulsé par Awar Leon. Derrière sa boîte à rythmes et ses synthétiseurs, celui-ci mixe en direct et sur scène les sons électro ou reggae, jusqu'aux basses qui remuent les entrailles. DUB ose même un long moment sans musique lorsque Awar Leon rejoint les danseurs sur scène. Avec ou sans musique, le mouvement ne s'arrête jamais. Les danseurs s'interpellent, s'encouragent, jouent les uns avec les autres, se challengent ou se passent le relai, à la façon des battles de danses urbaines. Et puis soudain, une phrase chorégraphique revient, entêtante, comme un écho, sans qu'on s'y attende, et bientôt reprise par l'ensemble de la compagnie.
On a déjà eu l'occasion de parler de la virtuosité des danseurs de la compagnie Amala Dianor, et encore très récemment avec Gesulado passione à Montpellier. Ils impressionnent à nouveau dans DUB. Versatilité, rapidité d'exécution, énergie déployée de bout en bout subliment l'écriture de leur chorégraphe, notamment dans les ensembles ou les mouvements de bras déliés, caractéristiques du vocabulaire chorégraphique de Dianor.
La scénographie, au départ très sobre, de l'artiste visuel Grégoire Korganow s'anime peu à peu au cours du spectacle. Les cubes empilés en fond de scène deviennent habitations urbaines aux styles et éclairages différents, dans lesquels évoluent ou se rencontrent les danseurs. Les saynètes s'enchainent dans les différents cubes/pièces qui se voient prolongés d'un podium, lieu de défilés ou d'acrobaties. Les lumières sculptent l'espace, la lumière bleue fait ressortir des éléments de vêtements ou de décor fluo, tandis que d'autres pièces restent dans l'obscurité ou se parent d'une autre palette de couleurs. Pour le créateur, ces cubes évoquent autant les façades d'immeubles des grands espaces urbains que celles des sound-systems des free parties. Dans tous les cas, l'esprit festif est bien là et le plaisir est partagé, sur la scène comme dans le public.
Crédit photographique : © Pierre Gondard












