Nicanor de Elia propose un El Dorado jovial et attachant
Le Parvis, Scène nationale de Tarbes, a accueilli la troisième pièce de la compagnie NDE, dans laquelle le chorégraphe argentin poursuit son exploration au croisement entre danse contemporaine et jonglage.
Créée par le danseur, chorégraphe et jongleur, Nicanor de Elia, la Cie NDE a vu le jour en 2015 à Bruxelles, dans le but de travailler sur l'expression du corps à travers le cirque, la danse contemporaine, les arts plastiques et la vidéo. Désormais installée à Toulouse, elle compte à son actif trois créations : Copyleft (2018), Juventud (2021) et El Dorado (2024).
Dans la lignée des deux premières pièces, El Dorado approfondit et s'inscrit dans un travail d'écriture faisant fusionner danse, jonglage et acrobatie. Si Copyleft et Juventud faisaient encore appel à du matériel de jonglage, il n'en est rien de ce troisième spectacle qui remplace les anneaux, les balles et les massues par le corps même des danseurs-circassiens. Inspiré par le mythe de la cité d'or, Nicanor de Elia a choisi ici d'interroger la quête d'un idéal. Pour cela, la pièce s'attarde tour à tour sur l'un des six interprètes, de façon à approfondir un concept chorégraphique simple, puisé dans la pratique du cirque.
Le spectacle est donc découpé en différents tableaux, auxquels s'ajoutent des compositions électro originales signées par le compositeur et pianiste italien, Giovanni di Domenico. À l'instar du chorégraphe, il recourt à la répétition et au crescendo pour livrer des ambiances musicales enjouées, dramatiques ou méditatives, entrecoupées de transition dans le silence.
Coulisses retirées et spot latéraux visibles, l'espace est délimité par un tapis de sol blanc rectangulaire, prolongé par un cyclo drapé en fond de scène, sur lequel sont projetées des formes abstraites semblables à des dessins au fusain sur du papier artisanal. Les costumes portés par les interprètes sont dépareillés : pantalon en toile, short simili cuir, chemise à col montant, crop top, dos nu col Mao, veste courte ouverte sur brassière, etc. Mais l'ensemble est toutefois rendu harmonieux par une déclinaison de noir et de doré sur les différents vêtements.
La lumière joue également un rôle important dans la composition et l'utilisation de l'espace, car elle souligne le ton de chaque tableau par des variations de couleurs (jaune, rouge, bleu). Elle vient aussi appuyer la rythmique de la musique et de la chorégraphie par des clignotements ou des apparitions soudaines de découpes, structurant l'espace des danseurs par la même occasion. Ces derniers se déplacent d'ailleurs beaucoup, notamment lorsqu'ils développent une longue séquence dans laquelle une personne jongle, au sens propre, avec trois autres, en impulsant des déplacements en huit à partir des mains.
Le fait que la personnalité et la spécificité de chaque artiste soient mises en valeur confère également une dimension très humaine à la pièce. Les sourires sont sincères, naturels et communicatifs. Les diverses morphologies représentées permettent aussi d'explorer plusieurs pistes intéressantes, comme jongler avec les segments du corps de l'autre, l'humour par le mime ou encore des portées très acrobatiques.
Pour conclure, là où trop de chorégraphes s'enlisent dans des concepts pompeux sans vraiment les approfondir, dans El Dorado, Nicanor de Elia a su sélectionner et aller au bout d'une série d'idées simples et cohérentes, sans s'éparpiller. Le résultat est ainsi bien construit, authentique et sans prétention. Une véritable bouffée d'air frais.











