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Saltarines, le rendez-vous manqué de la danse et du cirque

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Le Parvis, scène nationale Tarbes Pyrénées. 6-I-2023. Saltarines. Conception : Samuel Mathieu, Fabienne Donnio. Composition musicale : Maxime Denuc. Conception lumière : William Lambert, Arthur Gueydan. Conception scénographique : Christophe Bergon. Production : Cie Samuel Mathieu. Avec : Enzo Blond, Steven Chotard, Vladimir Duparc, Elie Fico, Marius Fouilland, Martin Mauriès, Julien Meslage, Salomé Rebuffat, Louison Valette et Cindy Villemin.

Créée au Parvis d’Albi les 7 et 8 novembre 2022, le dernier spectacle de la Compagnie fait se rencontrer les figures de la danseuse et de la circassienne, dans une tentative de redéfinir un schisme corporel historique.


À la suite d’un parcours en tant qu’interprète auprès de grands noms tels que ou encore , c’est en 2001 que fonde sa propre compagnie, désormais basée à Toulouse. Il co-signe aujourd’hui Saltarines avec sa collaboratrice de longue date, , impliquée dans la compagnie sur de nombreux projets en tant que danseuse et assistante à la chorégraphie.

En s’appuyant sur des observations historiques indiquant une distinction entre la « ballerine », incarnant la « belle danse » codifiée et noble, et les « saltarines » (de l’espagnol « sauteuses »), symboles de danses acrobatiques plus outrancières et passionnées, le duo de chorégraphes désire réinsuffler une forme de spontanéité, d’élan vital ou encore de fertilité au geste dansé. Cependant, il est difficile de voir où s’est jouée la redéfinition de la rencontre entre la danse et le cirque dans cette pièce, tant sa forme finale s’apparente tristement au stéréotype de la danse contemporaine, et tant les choix artistiques semblent peu inspirés.

Aucune identité visuelle forte ne se dégage, alors que les onze danseurs se placent en marchant dans le silence sur une scène débarrassée de ses coulisses. Ils évoluent sur et autour d’une grande table en forme de L sur roulettes, encadrés par la machinerie mise à nu du théâtre qui les accueille. Les costumes apportent malheureusement peu à la composition, avec une énième déclinaison de tenues de ville unies aux couleurs naturelles (dans ce cas beige, marron, corail, rouges, etc… avec une touche de bleu), solution si souvent retenue de nos jours.

Seuls ou en duo, les interprètes entament tour à tour une première séquence individuelle qu’ils répétent à plusieurs reprises, avec des variations de dynamiques et d’amplitude. La gestuelle est désarticulée et chargée de prises d’élan diverses, de rebonds et de changements de niveaux, notamment à l’aide de la table. Les jeux de poids jouent un rôle central, entre déplacements, portés, sauts, chutes, relâchements et projections dans l’espace de certains segments du corps. Pourtant, l’originalité n’est pas vraiment au rendez-vous et les quelques petites touches d’acrobaties apportées semblent noyées dans de très longues tirades de danse contemporaine sans véritable style personnel.

Les interprètes, dont il faut noter la grande diversité de profils, sont très investis et font preuve d’un engagement physique qu’il convient de saluer. Néanmoins, là où l’on pourrait s’attendre à ce que l’approche corporelle du cirque vienne redonner un peu de vie à une danse trop engagée sur la voie de la mesure et de la modération, du fait de la rigidité induite par la codification, le ton de Saltarines est désespérément austère. En dépit de toute l’énergie mobilisée sur scène, la pièce ne trouve pas son rythme et l’ensemble de sa construction se révèle très monotone, malgré une diversité de prises d’espace et de mises en situation. La proposition sonore ne vient d’ailleurs pas vraiment contrebalancer ce problème, puisqu’il s’agit d’une alternance de silence et d’une composition électro répétitive aux évolutions très progressives.

Saltarines veut à l’origine proposer une alternative aux conventions, mais reste malheureusement très en surface de sa propre démarche. On se demande également pourquoi prendre le soin de parler d’effacement des genres, s’il s’agit simplement de traiter la réunion des hommes et des femmes sous une identité féminine par le seul biais du costume.

Crédit photographique : © Loran Chourrau

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Le Parvis, scène nationale Tarbes Pyrénées. 6-I-2023. Saltarines. Conception : Samuel Mathieu, Fabienne Donnio. Composition musicale : Maxime Denuc. Conception lumière : William Lambert, Arthur Gueydan. Conception scénographique : Christophe Bergon. Production : Cie Samuel Mathieu. Avec : Enzo Blond, Steven Chotard, Vladimir Duparc, Elie Fico, Marius Fouilland, Martin Mauriès, Julien Meslage, Salomé Rebuffat, Louison Valette et Cindy Villemin.

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