La créativité des danseurs du Ballet de Monaco à l’honneur dans Miniatures
Courtes mais intenses, Les Miniatures imaginées par Jean-Christophe Maillot, chorégraphe et directeur des Ballets de Monte-Carlo, visent à confier six compositions contemporaines à une poignée de chorégraphes, ex-danseurs du ballet. Chacun avait pour mission d'imaginer un ballet d'une dizaine de minutes.
Imaginé en 2004 par Jean-Christophe Maillot dans le cadre du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les Miniatures reviennent vingt-deux ans plus tard, et sont l'occasion pour le chorégraphe et directeur des Ballets de Monte-Carlo d'inviter à ses côtés des « amis de la compagnie », quatre anciens danseurs des Ballets de Monte-Carlo, passés de l'autre côté du rideau pour, à leur tour, mettre en mouvement ce qu'ils entendent.
Le rideau peint par l'artiste Philippe Favier, à qui Les Miniatures sont dédiées, se lève une première fois sur la première pièce, Résonances, chorégraphiée par Jean-Christophe Maillot sur une musique pour violon et violoncelle composée par Ramon Lazkano. Il s'agit d'une nouvelle version de la pièce qu'il avait imaginée en 2004. La sobriété et l'épure sont de mise tant dans le décor que dans les costumes blancs des trois couples de danseurs. On retrouve aussi la précision du geste et des alignements chers à Maillot dans cette sorte de « Je t'aime moi non plus » interprété magnifiquement par les danseurs de la compagnie. Sur un fond sonore de cordes frottées ou grinçantes, la fantaisie de ce ballet très contemporain fait mouche.

Le rideau se lève à nouveau pour la seconde pièce, Caravansérail, créée par Julien Guérin sur une musique de Martin Matalon. Des danseurs vêtus de juste-au-corps sur lesquels de grands yeux peints semblent nous observer évoluent sous le regard d'autres interprètes en fond de scène. Les notes de piano s'égrènent comme les pas des danseurs, d'une grande légèreté. Julien Guérin, qui a notamment été danseurs aux Ballets de Monte-Carlo, créé avec Caravansérail une pièce poétique inspirée de l'univers du peintre surréaliste Francis Picabia. Le jeu de regard et de miroirs créé par la scénographie très réussie de Dominique Drillon, met en valeur la virtuosité des danseurs du ballet de Monte Carlo, leur agilité à passer d'un registre à un autre.

Troisième levé de rideau sur Anémones, créé par Francesco Nappa sur une musique de Violetta Cruz. Ancien premier danseur des Ballets de Monte-Carlo mais aussi du Nederlands Dans Theater, le Napolitain Francesco Nappa, créé ici une pièce onirique, organique, fusionnelle. Les dix danseurs évoluent groupés, mêlés les uns aux autres, glissent ou roulent au sol comme un seul corps qui se déploie ou se replie sur lui-même. Et lorsque deux d'entre eux s'en détachent, c'est pour un duo de toute beauté. Ce que cherche à recréer le chorégraphe, c'est « une vibration sensible du monde sonore, jusqu'à ce que musique et mouvement se cherchent, se répondent, puis se fondent. » Une vraie réussite.

La quatrième pièce est également une nouvelle version d'une miniature de Jean-Christophe Maillot créée en 2004 sur une musique de Bruno Mantovani, directeur de l'Ensemble orchestral contemporain et du Printemps des Arts de Monte-Carlo, à la baguette ce soir, et instigateur de ces nouvelles Miniatures. Time lapse met à nouveau en scène trois couples de danseurs vêtus de blanc là aussi. La musique est minimaliste, les cordes des violons crissent, les couples s'aiment, se déchirent, se rapprochent à nouveau… et puis soudain, en fond de scène un groupe de poupées de bébés apparaît, créant la surprise chez les danseurs. Mais c'est ensuite la stupeur qui les étreint quand on aperçoit, poussant ces bébés sur toute la longueur de la scène, un vieil homme vêtu d'une grande couche blanche et accroché à un déambulateur ! Les trois âges de la vie sont ainsi représentés et s'observent. Interrogations, peurs, attirance ou répulsion traversent les uns et les autres, semblant pour la première fois, être confronté à une autre génération que la sienne. Mais au final, ce n'est pas celui que l'on attendait qui se retrouve terrassé au sol. Maillot surprend et fait réfléchir avec cette création grinçante mais pas dénuée d'humour, inspirée par une partition exigeante pour quatuor à cordes.

Avec Steps for bea(s)ts that never were, le Belge Jeroen Verbruggen nous fait pénétrer dans un univers inquiétant, inspiré de la nouvelle de Philip K. Dick, The Preserving Machine, dans laquelle un inventeur fait construire une machine transformant des partitions musicales en animaux sauvages afin de les préserver d'un potentiel déluge. Un projet ambitieux qui dérange, avec des costumes ressemblant à des écorchés par des additions ressemblant à des muscles rouges sur les justaucorps blancs, ou une étagère à roulette sur laquelle un squelette d'animal circule. Lui aussi ancien danseur des Ballet de Monte-Carlo, Verbruggen allège tout de même cette pièce inclassable par des clins d'œil drolatiques, comme lorsque deux danseuses sur pointes évoluent dans le même tutu, telles des sœurs siamoises. La musique d'Aurélien Dumont, qui a déjà mis en musique plusieurs auteurs, mêle ostinato obsédant qui revient en boucle ou bruits d'animaux dans sa composition originale que le chorégraphe a tenté, sans toujours convaincre, de traduite en énergie dansante.

Dernière à proposer sa création, Mimoza Koike, formée au Conservatoire National Supérieur de Musique et de danse de Lyon et ex-première soliste des ballets de Monte-Carlo, s'est attelée à traduire en mouvement la composition de Misato Mochizuki. Kintsugi, pièce de 10 minutes , met en scène cinq danseurs, ex-solistes de la compagnie. Avec beaucoup de douceur, de gaité et de bienveillance, la chorégraphe donne à voir, à travers ces anciens danseurs des corps différents, une danse différente loin de la performance mais toujours dans la joie, le partage et la recherche de la perfection dans le geste, quel qu'il soit. Comme le dit joliment la compositrice, « Mimoza Kaike a souhaité mettre à l'honneur les anciens solistes qui ont bâti les fondations de la compagnie. J'ai voulu faire écho à cette idée en la rapprochant de l'esthétique japonaise qui vénère la beauté et la profondeur des objets longtemps utilisés, auxquels on attribue une âme et que l'on appelle tsukumogami. C'est dans cet esprit que j'ai conçu une musique ayant un caractère de rituel festif. » Pari réussi pour la compositrice et la chorégraphe .
Au total, un exercice ludique très réussi qui donne à voir le travail et l'univers d'artistes talentueux.







