Jacques Duphly dans le salon de Loris Barrucand
Le claveciniste Loris Barrucand nous propose son choix de pièces de Jacques Duphly, qu'il appelle « éclats et derniers feux ». Ni complètement éclatante, ni encore moins mourante, sa sélection est bien vivante et pleine d'une savoureuse délicatesse.
On sait peu de choses de Jacques Du Phly, ou Duphly. Certes, il était un professeur de clavecin recherché, mais on n'a aucun écrit de lui, aucune autre œuvre que celle des Quatre livres pour clavecin, datés de 1744 à 1768. On peut faire, comme Loris Barrucand le fait, une petite réflexion poétique sur la date de son décès – le 15 juillet 1789 – et justifier ainsi le titre de l'album, mais son style est bien celui du règne brillant de Louis XV. Pour être du genre « galant », l'écriture de Duphly n'en est pas moins d'une grande qualité. Ce n'est pas du Balbastre, et ce n'est pas sans raison qu'on a attribué certaines de ses pièces à Rameau lui-même. Ce galant-là n'a jamais rien de creux ni de décoratif. Il est une forme de légèreté de discours qui ne se détache jamais d'une pensée construite ou parfois même profonde, mais toujours un vrai discours, présenté avec grâce et finesse.
Loris Barrucand tape en plein dans le mile, et tout son album est parfaitement équilibré. Son instrument en tout premier lieu, avec un son à équidistance du cuivre, de l'argent et du boisé. Son jeu est d'une belle énergie, sans trop de célérité non plus. La phrase respire et chante avec charme et simplicité. Les ornementations, discrètes mais bienvenues contribuent à enrichir le discours de Duphly de quelques sourires et traits d'esprit. Son style est ainsi parfaitement juste, entre poésie, vivacité psychologique des portraits (La Potoüin…) et souplesse. Le choix des pièces aussi montre un sens remarquable de l'équilibre, entre les danses traditionnelles des ancienne suites à la française (menuets, allemande, courante…), et les nombreux portraits (La Félix, La de Latour…). La célèbre Chaconne, que tous les clavecinistes ont jouée, démontre à elle-seule le parfait bon goût et l'habileté de l'interprète : on y entre placidement comme dans un simple rondeau, et on en ressort complètement envoûté par ses développements progressivement jubilatoires.
C'est un moment des plus agréables que Loris Barrucand nous fait partager chez Jacques Duphly, mais un moment trop court. Nous invitera-t-il un jour pour l'intégrale des Quatre livres ?








