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« Elle » ou la libération du violoncelle

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Musicora. 10-V-2004. Trio Lineam : Emilie Lawrence, violon (fabrication Florentin Perrin) ; Armelle Bru, alto (fabrication Jean-Paul Bru); Aurélie Streiff, violoncelle (Violoncelle Femme – Œuvre de François Perrin). Jean Cras : Trio à cordes.

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Qu’y aurait-il eu de plus vivifiant et d’intrigant pour ce dernier jour d’un salon de la musique en pleine force de l’âge — 20 ans déjà ! — que d’assister à la double naissance d’un trio ?! C’est sous le voile gris d’un lundi pluvieux de mai que la lumière pu jaillir et nous éblouir.

Rendons tout d’abord hommage aux Hommes en présentant ces trois charmantes et talentueuses jeunes femmes qui forment le Trio Lineam : Emilie Lawrence au violon, Armelle Bru à l’alto et Aurélie Streiff au violoncelle. Issues des différents conservatoires de la région parisienne elles ont toutes leur prix d’excellence et donnent régulièrement des concerts dans toute la France (Massy, Moulin D’Andé, Festival d’Octobre en Normandie …). Puis il est temps de présenter l’« autre » trio, celui des instruments. Ces derniers tous issus de la fabrication de la lutherie A Bru et Perrin ont été élaborés spécialement pour Musicora. Le violon est l’œuvre de Florentin Perrin, l’alto est signé Jean-Paul Bru (notons que son homonyme Armelle Bru est purement fortuit) alors que le violoncelle, issu de l’imagination de François Perrin, luthier aux 40 années d’expérience en la matière, nous révèle quelques surprises …

Voyez-donc sur la photo ci-dessus, cet instrument aux rondeurs suggestives. Vous l’avez deviné, évidemment, il s’agit du premier violoncelle « Femme » ! Après avoir défrayé la chronique en son temps avec le « violoncelle bleu » (l’instrument avait eu l’honneur d’un nouveau vernis élaboré par le Maître, faisant ressortir les fibres de l’érable à travers la couleur bleue, du jamais vu et du jamais revu !) le luthier expérimente un nouveau concept — aux limites de ce que peut supporter l’humain dans l’évocation de ses propres fantasmes. Un fond sculpté par Anne Nicolle, une table peinte en trompe l’œil par Annie Grévy permettent à François Perrin de réaliser l’impossible avec « Elle » comme il l’a baptisé(e). Car quel homme n’a jamais désiré détenir tel pouvoir ? Même s’il s’agit ici d’un musicien, il devient le transfert idéal vers le rêve absolu ! Pour tous les hommes … Mais, l’idée est elle aussi simple dans l’esprit de notre créateur ? Pour lui cet instrument est surtout miroir de toutes les idéologies machistes de notre temps. « La femme est trop souvent enfermée — le violoncelle femme a été exposé dans une cage tout au long de Musicora — et par extension la musique dans toutes ses expressions est piégée par les tabous et mythes de la société actuelle ». Le Trio Lineam a eu seulement quelques minutes pour s’accorder devant une salle encore occupée par des conférenciers peu pressés de quitter les lieux et les derniers réglages du violoncelle femme ont été réalisés avec l’angoisse habituelle du luthier car l’instrument, aussi atypique soit-il, doit encore « sonner » !

En vraies professionnelles les trois jeunes femmes ont répété en offrant aux visiteurs de passage quelques mesures de chaque mouvement du Trio de . Encore une découverte pour bon nombre de mélomanes que cette œuvre du marin compositeur. Ecrit sur le Lamotte-Piquet, le trio présente une alternance de mouvements tantôt très rythmés — les trois instruments jouant en pizzicati — tantôt très mystiques et aux influences baroques. La salle remplie a pu apprécier la qualité du jeu d’artistes qui ont pu exceller grâce à une technique précise et une complicité de tous les instants. La manière toute en nuance et en retenue dans les sons évoquant la mer chère au compositeur et qu’il n’a jamais quittée ont procuré d’intenses vagues d’émotion. Précisons que les musiciennes n’avaient eu qu’une semaine pour s’adapter aux instruments. Le Trio Lineam a été largement applaudi par un public conquis. Les trois instruments se sont, quant à eux, avérés totalement aptes à mettre en valeur l’œuvre et les artistes.

Crédit photographique : (c) ResMusica & Alain Cadioux

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