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Angelika Kirchschlager : Schumann et Wolf, une histoire de fous ?

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Robert Schumann (1810-1856) : L’amour et la vie d’une femme (Frauenliebe und -leben) ; Hugo Wolf (1860-1903) : Le Tombeau d’Anacréon. Angelika Kirchschlager, mezzo-soprano ; Helmut Deutsch, piano. 2 livres-CD La Dogana. ISBN 2940055-57-2. Enregistré en août 2003 et avril 2005. Edition bilingue allemand/français, traduction de Frédéric Wandelère. Essais de Florian Rodari, Frédéric Wandelère, Hédi et Kériel Kaddour. Durée : 68’42’’et 72’23’’

 

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Ce très beau coffret, publié par les Éditions genevoises La Dogana, échappe à toute classification. Plus connu pour ses publications poétiques, l’éditeur s’est cette fois consacré à la mise en musiques des poètes romantiques allemands. Deux livres accompagnent donc cet enregistrement, l’un consacré à – enfin l’occasion de commémorer les 150 de sa tragique disparition – l’autre à .

La traduction juxtalinéaire des poèmes permet au lecteur-auditeur de se pénétrer pleinement de leur lyrisme purement verbal. Ainsi se trouve respectée la volonté de Wolf qui, récitant lui-même chacun de ses lieder avant d’en faire entendre la version musicale en concert, insistait sur la pertinence de toutes les inflexions musicales mises, dans sa partition, au service d’une signification poétique nourrie de notes autant que de mots.

De cette fusion si particulière du texte et de sa musique dans le lied allemand, la version ici présentée rend admirablement compte. Au clavier, l’interprète fait ainsi alterner les séquences les plus épurées et les épisodes les plus tumultueux, en écho aux désordres acceptés de la lyrique romantique. De son côté, Angelika Kirschschlager souligne, de sa voix ronde et chaleureuse, tous les accents qui confèrent les couleurs de la passion à cette poésie convulsive. Ni monotonie ni redondance dans cette interprétation, dont la justesse repose avant tout sur le socle de la réflexion et de l’intelligence prosodique. La magie fusionnelle opère, l’auditeur ne sait plus de quelle houle il est bercé… celle des termes, celle des sons ?

Dans l’ouvrage consacré à Wolf, on apprend – sous la plume de Frédéric Wandelère, Hédi et Kériel Kaddour – que le musicien portait une attention maniaque à tous les bruits de la vie, au point de constamment changer de logement en raison des désagréments auditifs causés par les voisins… ou les oiseaux ! Se dessine ainsi une nouvelle vision de cet étrange compositeur, qui met le lecteur mieux à même de percevoir l’étonnante originalité de son art. Moins heureuse apparaît, dans les pages suivantes, la sollicitation des interprètes quant à leurs choix esthétiques. Les propos sont banals et les explications à peu près inutiles, tant la réussite artistique de leur prestation musicale est évidente.

L’ouvrage sur Schuman semble beaucoup plus travaillé, notamment en ce qui concerne les liens du poétique et du musical dans chaque lied. On trouve ainsi, en annexe documentaire, les circonstances de composition de chaque titre, de précieuses indications relatives aux choix du tempo, des extraits éclairants de la correspondance du compositeur, des réflexions sur l’accueil du public, etc.. Et l’on croit par instants entendre, lointaine mais bouleversante, la voix du grand disparu qui voulut « chanter comme l’oiseau, à en mourir ». Et qui justifia tous ses choix poétiques en une formule lapidaire : « J’ai horreur de mettre en musique des vers médiocres. Je n’exige pas qu’ils soient d’un grand poète, mais au moins qu’ils aient de l’harmonie et qu’ils renferment des sentiments ».

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