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Tchaïkovski vu par Ken Russell

À emporter, Cinéma et musique, DVD

Ken Russell : The music Lovers/La Symphonie pathétique. Réalisation : Ken Russell. Scénario : Melvyn Bragg d’après une collection de lettres recueillies par Catherine Drinker Bowen et Barbara von Meck. Production : Ken Russell. Photographie : Douglas Slocombe. Montage : Michael Bradsell. Pays d’origine : Royaume Uni. Date de sortie : 1969. Avec : Richard Chamberlain : Tchaïkovski, Glenda Jackson : Nina Milukova, Christopher Gable : Chiluvsky, Iza Teller : Baronne von Meck. 1 DVD. Bel Air BAC091. Code-barre : 3 760115 300910. Format image : couleurs-1,85 :1. Format son : stéréo (anglais) et mono (français). Zone 2. Genre : Drame. Durée totale : 122’.

 

, cinéaste aussi mélomane que provocateur sulfureux, s’attaque dans ce film à un sujet tabou : l’homosexualité de , dont la musique symbolise à elle-seule tout l’élan passionné, généreux et fougueux des Romantiques.

Prisonnier de ses pulsions – inavouables à l’époque – Tchaïkovski abandonne son amant Chiluvsky pour se ranger, cédant ainsi aux pressions sociales. De ce fait, il épouse Nina Milukova, une jeune femme idéaliste, fragile et déséquilibrée. Physiquement, il ne peut la satisfaire. Elle sombre peu à peu dans la folie, laissant son époux en proie aux affres de la culpabilité. La progression de la perte des repères de la jeune femme est rendue magnifiquement : elle passe tour à tour de femme délaissée à femme infidèle puis à nymphomane active avant de perdre complètement pied. Leur mariage est un véritable fiasco.

Par ailleurs, les femmes qui entourent ou jalonnent la vie du musicien dans ce film sont pour le moins particulières : hormis sa sœur Sasha, auprès de qui Tchaïkovski arrive à trouver un peu de réconfort, la mère de Nina est vénale et intéressée ; la baronne von Meck, sa mécène, vit à travers lui une histoire passionnée et malsaine, lui refusant d’autres liens qu’une relation épistolaire. Son épouse, qui semble l’aimer véritablement, est en proie à des phantasmes de plus en plus malsains… De fait, la femme dont Tchaïkovski est le plus proche reste sa mère, décédée alors qu’il était très jeune et qu’il réinvente dans un imaginaire idéalisé. Disparue à cause du choléra, elle sera implicitement celle qu’il voudra rejoindre dans la mort, lorsqu’il absorbera en toute connaissance de cause une eau contaminée qui le condamnera au même supplice que celui enduré par sa très chère disparue.

Tous les personnages mis en scène, et particulièrement la gent féminine, semblent vivre une existence particulièrement dramatique, « pathétique », à l’instar de Tchaïkovski lui-même. Le surnom attribué à son dernier chef-d’œuvre – et pris comme titre du film lui-même dans la version française – est en ce sens d’actualité. D’ailleurs, ce morceau occupe une place de choix dans la bande-son, même si le Lac des Cygnes ou encore le premier mouvement du 1er Concerto pour piano et orchestre jouent également un rôle important dans l’évolution de l’intrigue et la compréhension intrinsèque des tourments du personnage principal. Dans cette dernière œuvre, comme dans le reste du film d’ailleurs, Richard Chamberlain, alias Tchaïkovski ici au piano, est magistral : il interprète les célèbres accords de manière imposante et puissante, passionnée et échevelée. L’ensemble de son interprétation de Tchaïkovski est tout aussi époustouflante et il emmène le spectateur dans un tourbillon de sentiments, de musiques, de décors, d’images – si bien pensées par le tout aussi magistral . Magistrale également, Glenda Jackson interprétant, incarnant une femme aimante qui devient démente.

Un film dérangeant au sujet toujours d’actualité où Éros rejoint Thanatos et où la musique sublime les sentiments les plus extrêmes, avec des scènes d’anthologie, comme l’extraordinaire pyrotechnie dessinant le visage de l’artiste magnifié puis déchu. Ken Russell ira encore plus loin à partir de ces mêmes sujets dans son inoubliable Lisztomania dont il n’existe pour l’instant malheureusement pas de version française pour les non-anglophones.

Au total, un film à voir et à méditer pour un plaisir des yeux, des oreilles et de l’intellect à des degrés variés et variables…

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