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Blanche-Neige de Marius Felix Lange, ou la revanche de la Reine

La Scène, ResBambini, Spectacles Jeune public

Paris. Théâtre de l’Athénée. 21-IV-2013. Marius Felix Lange (né en 1968) : Blanche Neige, opéra d’après le conte des frères Grimm sur un livret du compositeur. Adaptation du livret : Benjamin Prins, Waut Koeken. Mise en scène : Waut Koeken. Décors : Florian Angerer. Lumières : Glen D’haenens. Costumes : Carmen Van Nyvelseel. Avec : Sahara Sloan, Blanche-Neige ; Marie Cubaynes, la Reine ; Huub Claessens , le Miroir ; Alexander Schuster, le Chasseur et le Nain Quartz ; Laurent Deleuil : le Marchand ambulant et le Nain Pic ; Guillaume François, le Prince et le Premier Courtisan ; Anaïs Mahikian : le Nain Chouquette et un écureuil ; Sévag Tachdjian, le Nain Api et le Deuxième Courtisan ; Kristina Bitenc, le Nain Oups et une souris ; Jérémy Duffau, le Nain Rubi ; Andrey Zemskov, le Nain Ourson. Musiciens de l’orchestre Lamoureux, direction : Vincent Monteil

Osons nommer l’éléphant qui est sur la scène de l’Athénée, le compositeur qui adapte le conte de Blanche-Neige à l’opéra est nécessairement habité par la référence incontournable du film de Walt Disney, et il sait que le public l’attendra précisément à ce tournant-là.  De cet obstacle Marius Felix Lange, jeune quadragénaire allemand, fait la force de son opéra dont il signe à la fois la musique et le livret : il nous emmène vers le côté sombre de Blanche-Neige, et magnifie le duo maudit et tellement fascinant de la Reine et de son Miroir.

Alors bien sûr, comme il s’agit d’un opéra pour enfants à partir de 5 ans, ce n’est pas dit comme cela, ce n’est même pas dit du tout. On nous explique que cet opéra est une dénonciation de l’obsession de la beauté, de l’éternelle jeunesse, de la dictature de l’apparence et de la chirurgie esthétique, et il est vrai que l’on y trouve tout cela. Mais au fond Marius Felix Lange reprend les bonnes vieilles techniques qu’employa Cecil B. DeMille en son temps pour passer le filtre de la censure, quand il filmait la débauche sous couvert de la dénoncer : le compositeur célèbre la beauté innocente de Blanche-Neige pour mieux donner le beau rôle à sa marâtre. Il développe le Miroir pour en faire un personnage à part entière, qui doute et qui souffre de voir une âme si noire sous un si beau visage, mais au fond ce Miroir ne fait que donner plus d’importance à la reine et à ses obsessions narcissiques.

Car enfin, la Reine et son Miroir occupent l’essentiel de l’opéra, et il faut saluer l’épatante prestation de Marie Cubaynes, qui excelle scéniquement et  vocalement dans son rôle de belle méchante. Charisme, jeu scénique, aisance vocale, tout y est. Sahara Sloan en Blanche-Neige est pénalisée par une émission plus difficile et un rôle d’une candeur qui frise le consternant. Le déséquilibre de l’opéra en faveur de la Reine met du coup le public dans une situation fort embarrassante à l’issue de la représentation : doit-il applaudir davantage l’élue de son subconscient, la Reine donc, ou celle de la morale officielle, Blanche-Neige ? Peut-être parce qu’il y avait trop d’enfants dans la salle, le public de cet après-midi dominical est resté prudemment neutre, ne tranchant ni pour l’une ni pour l’autre.

Huub Claessens en Miroir est l’autre rôle de l’opéra, et son personnage tour à tour mystérieux, servile, moralisateur et parfois cocasse, a quelque ressemblance avec Leporello face à Don Giovanni : il déteste sa Reine diabolique mais que serait-il sans elle ? Et son aura est démultipliée par les cadres géants qui occupent la hauteur de la scène, les miroirs psyché sur roulettes, les miroirs montés en porte d’armoire, ceux qui deviennent tableaux, le miroir rond qui devient lune, et celui qui devient cercueil de verre, et tous qui tournent, valsent, descendent des cintres. L’ingéniosité du décorateur Florian Angerer participe à la réussite de l’entreprise.

Musicalement sans concession à la facilité mais sachant recourir avec à-propos au sprechgesang pour illustrer la fausseté des courtisans, à la déclamation ou à un lyrisme proche de la comédie musicale pour la déploration des nains devant le cercueil de Blanche-Neige ou l’arrivée du Prince charmant (et lui aussi un peu nigaud), Marius Felix Lange trouve le bon équilibre permettant de satisfaire mélomanes exigeants et néophytes.

A côté des forces homogènes de , avec une mention spéciale pour dans le rôle du Chasseur, saluons la direction attentive de et la concentration des forces de l’.

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