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Jean-Guihen Queyras au festival d’Aldeburgh

Dans le cadre du festival d’Aldeburgh, le violoncelliste  nous reçoit, juste après une formidable performance du Quatuor pour la fin du temps, donnée dans l’église de Blythburgh (cf. notre chronique de ce concert et du festival). Il nous parle d’Aldeburgh, des œuvres qu’il y a données, et de ses projets.

Jean-Guihen Queyras © DR

Resmusica : Ce n’est pas la première fois que vous venez au festival d’Aldeburgh : qu’est-ce qui le rend spécial ?
 : D’abord, on a un peu l’impression d’être au bout du monde. C’est un endroit protégé du tumulte de la grande ville. Il y a dans cette campagne et ce ciel une sorte de nostalgie, qui a un lien très fort avec la musique de Britten : les années précédentes, j’ai d’ailleurs joué ses Suites et sa Symphonie concertante pour violoncelle. Bref, c’est un lieu inspirant, on peut le dire sans fétichisme, un peu comme la salle du conservatoire de Moscou, où Sviatoslav Richter a si longtemps joué.

« Aldeburgh est un lieu inspirant. »

R. : Venons au programme d’aujourd’hui : quel lien peut-on faire entre ces pièces de Carter, Ravel et Messiaen ?

J – G. Q. : Naturellement, c’est , le directeur artistique du festival, qui a composé ce programme. La filiation Ravel-Messiaen est assez évidente, on peut vraiment parler d’école française. Quant aux Epigrams de Carter, par delà le contraste, il y a une parenté dans le rapport à la mort : c’est sa dernière œuvre, qu’il a terminée quelques jours avant d’entrer à l’hôpital.

R. : Et la Sonate de Debussy, que vous avez jouée hier, que signifie-t-elle, selon vous ?

J – G. Q. : On est là aussi dans une de ses dernières œuvres : on a l’impression qu’il cherche à se dépouiller de tout poids inutile. La partie de piano est incroyablement décharnée, et le caractère vraiment lunatique.

R. : Et enfin le Trio « Visiones » de , qui a été joué pour la première fois ?

J – G. Q. : C’est une pièce très poétique. Comme le compositeur est un élève de George Benjamin, on retrouve cette influence française. Il y a par exemple du Grisey dans le jeu sur les intervalles et dans la façon dont chaque instrument développe son propre ostinato, ce qui crée un effet kaléidoscopique. C’est une œuvre très réussie, que je serais content de rejouer.

R. : Vous serez en résidence au Wigmore Hall pour la saison 2015-2016…

J – G. Q. : C’est un des plus beaux lieux historiques pour la musique de chambre, et j’étais ravi qu’on me propose cette résidence. Le public londonien est très exigeant, parce qu’il a vu tous les grands, mais il n’est pas prétentieux. C’est une salle que j’aime beaucoup, et puis ce sera l’occasion de retrouver mes amis, comme Emmanuel Pahud, Eric Le Sage, etc., pour jouer les grandes œuvres du répertoire de chambre.

R. : D’autres projets à venir ?

J – G. Q. : Cet été, c’est surtout le festival de Forcalquier (Rencontres musicales de Haute-Provence) qui va m’occuper. Je l’ai fondé il y a 26 ans avec mon frère Pierre-Olivier. Pierre Boulez a toujours été un soutien pour le festival, et nous marquerons évidemment son anniversaire : il y aura une œuvre de lui quasiment à chaque concert, et aussi des compositeurs qu’il aime diriger (Bruckner et Bartók, toujours en musique de chambre), et des œuvres composées pour ses précédents anniversaires. Et puis, on pourra entendre Debussy, Ravel, la seconde école de Vienne, et trois créations : des œuvres de Michael Jarrell, Philippe Schoeller et Jörg Widmann.

Propos recueillis au Cookes Cottage de Blythburg, le 21 juin 2015.

Crédits photographiques : Jean-Guihen Queyras © DR

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