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A Aix, un festival de Pâques riche en émotions

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Aix-en-Provence. Grand Théâtre de Provence. 02-IV-2016. André Prévin (né en 1929) : Nonet pour deux quatuors à cordes et contrebasse ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1043 ; Antonio Vivaldi (1678-1741) : Les Quatre Saisons op. 8. Mutter Virtuosi ; Anne-Sophie Mutter, violon et direction.

Aix-en-Provence. Grand Théâtre de Provence. 03-IV-2016. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Cinq pièces pour deux violon et piano ; César Franck (1822-1890) : Sonate pour violon et piano en la majeur ; Fritz Kreisler (1875-1962) : Liebesleid, Schön Rosmarin, Syncopation ; Maria Theresia von Paradies (1759- 1824) : Sicilienne en mi bémol majeur ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quintette pour piano en fa mineur op. 34. Nicholas Angelich, piano. Khatia Buniatishvili, piano. Ivry Gitlis, violon. Renaud Capuçon, violon. Guillaume Chilemme, violon. Maxim Vengerov, violon. Adrien La Marca, alto. Edgar Moreau, violoncelle.

 

toronto,_roy_thomson_hall,_november_21st_2014,___vladimir_kervorkov_(3)En quatre ans, le Festival de Pâques à Aix-en-Provence est devenu un rendez-vous incontournable du paysage musical. Outre la diversité et la qualité du programme proposé, il permet des rencontres inédites, des moments rares de partage au plus haut niveau. Retour sur un dernier week-end particulièrement riche en émotion.

Concert quasiment à guichets fermés pour la venue de la violoniste le samedi 2 avril 2016. A ses côtés, l’ensemble Mutter Virtuosi qu’elle a crée, de jeunes virtuoses talentueux avec lesquels elle se produit aux quatre coins du monde.

En ouverture, le Nonet d’André Prévin juxtapose plusieurs lignes mélodiques qui semblent s’éloigner les unes des autres mais dont on suit aisément la progression. Entre mystère et lyrisme, la variété de ses thèmes lui confère du charme.

Le Concerto en ré mineur de Bach pour deux violons met à l’honneur un soliste différent pour chaque mouvement, capable de réellement faire chanter son instrument. Phrasés sensibles, tempi soutenus tandis que le discours reste limpide. On regrette juste un surplus au niveau du volume de la basse continue – violoncelles et contrebasse – et le clavecin qu’on entend comme s’il jouait derrière nous. Cette étrange projection acoustique fausse les plans sonores.

Contre toute attente, notre vision des Quatre saisons de Vivaldi  ressort toute neuve, totalement dépoussiérée. La dimension de cette œuvre qui a traversé les siècles ne peut que laisser un sentiment d’humilité. Son modernisme, sa fraîcheur restent plus vrais que nature. Seul violon solo, apparaît sûre de son art, lumineuse sans rechercher le coup d’éclat. Chaque volet est caractérisé de façon saisissante avec une multitude de détails picturaux. La mise en tension est captivante de bout en bout et nous ressortons galvanisés par ces Saisons colorées aux dynamiques brillantes. Au public conquis sont offerts trois bis dont à nouveau l’Eté et l’Hiver puis un extrait religieux de la Suite orchestrale n° 3 de Bach.

Carte blanche à

FESTIVAL DE PAQUES 2016Le lendemain, dernier rendez-vous du festival avec ce bel hommage à , violoniste de légende. Le programme surprise a dû être modifié à la dernière minute suite à l’annulation de , souffrante. La venue de permet ainsi d’entendre le Quintette de Brahms au lieu de celui de Schumann.

Cette soirée réserve de belles surprises à commencer par la présence du jeune violoniste . Parfaitement à son aise dans des pièces de Chostakovitch aux côtés de et , il ne semble pas impressionné du haut de ses 14 ans. La variété de son jeu et sa dimension interprétative révèlent un potentiel immense. Le trio se fond avec fluidité dans ces pages évocatrices parfois teintées de mélancolie.

Interprétée par et , la Sonate de Franck atteint des sommets. Le Russe éblouit par la précision de son jeu solaire. Avec le style qui le caractérise, il va chercher la note en fin de phrasé dans un corps à corps sensuel avec son instrument. Dans un grand jour, la pianiste semble saisir l’instant, inspirée, portée par un sens aigu de l’improvisation. Son toucher trouve un dégradé de couleurs et de nuances aux dynamiques contrastées. Les deux musiciens conversent avec finesse sans omettre des passages fiévreux dont un climax final étourdissant. Après l’entracte, la Géorgienne accompagne au clavier son complice pour la page d’émotion de la soirée. Micro en main, il nous délecte de son précieux sens de l’humour pour introduire les morceaux de Kreisler puis de Maria Théresia Von Paradies. À presque 94 ans, il n’a pas son pareil pour nous transporter en quelques mesures dans un autre lieu.

En fin de concert, place au Quintette de Brahms avec un casting de choix. Aux violons, Renaud Capuçon et Guillaume Chilemme, à l’alto , au violoncelle et au piano . L’entrée virile du clavier retentit avec poigne et montre un regard tourné vers l’avenir. Le final passionné est joué sans réserves à bras le corps. On a connu des lectures plus romantiques et tourmentées mais la construction d’ensemble est pleinement cohérente. La standing ovation du public en dit long sur ce bonheur partagé, conscient d’avoir assisté à un moment d’exception.

Crédits photographiques: Mutter Virtuosi (photo Vladimir Lervorkov); © Caroline Doutre

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