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Le Requiem de Patrick Burgan : du murmure à la clameur

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Patrick Burgan (né en 1960) : Requiem pour mezzo-soprano, chœur mixte, clarinette, saxophone, violoncelle, deux percussions et orgue. Marion Delcourt, mezzo-soprano ; Louise Marcillat, clarinettes ; Paul Lamarque, saxophones ; Fabrice Bihan, violoncelle ; Lionel Le Fournis, Jean-Christophe Garnier, percussions ; Vincent Grappy, orgue ; Choeur Mikrokosmos ; direction : Loïc Pierre. 1 CD Klarthe. Enregistré en juillet 2015 dans l’auditorium « La Décale » de Vierzon et en novembre 2015 sur le grand orgue de la Cathédrale de Blois. Texte français / anglais. Durée : 63′.

 

3149028097023_600 aime la voix et une certaine dimension narrative du propos musical. Son catalogue compte aujourd’hui quatre opéras et bon nombre d’œuvres vocales, tant profanes que sacrées, telle l’épopée lyrique et historique 1213 – Bataille de Muret. La puissance du texte latin du Requiem, traité ici in extenso, libère un imaginaire sonore flamboyant où s’opère l’alliage du Verbe et de la matière sonore.

L’économie du dispositif instrumental imposée par la commande semble stimuler les ressources de l’invention chez le compositeur qui donne à son Requiem le relief et l’envergure théâtrale que lui dicte le texte latin : à travers une écriture chorale remarquablement diversifiée – épatant et omniprésent – et le choix des couleurs, souvent étonnantes, des instruments solistes (saxophone, clarinette et violoncelle) auxquels la percussion et le plein-jeu de l’orgue prêtent main forte. Pour autant, l’aigu fulgurant autant qu’inquiétant de la clarinette en mi bémol qui parcourt toute l’œuvre suffit à lui seul à galvaniser la masse chorale : lumineuse trouvaille pour exprimer « le surgissement de l’énergie primaire devant les peurs éternelles » où s’origine l’idée de ce Requiem.

Les stratégies sont nombreuses pour traiter « l’orchestre des voix » s’éployant dans un espace mouvant, du murmure à la clameur. Les douze sections du Dies Irae comme l’Offertoire en renouvellent d’autant l’écriture et les configurations sonores : tantôt nuages de mots/sons sur lesquels s’inscrivent les parties solistes, scansion rythmique presque tribale du Sanctus jouant sur l’effet sifflant de la première lettre ou mouvements giratoires des mots (Libera me) sous la ligne expressive de la chanteuse. Le fléchissement subit du chœur sur « de profondo lacu » (de l’abîme sans fond) dans le début de l’Offertoire signale de manière presque ludique le figuralisme traditionnellement attaché à ce passage. Essentiellement choral et moment de pure émotion, l’Agnus dei se déploie sous l’action d’un lent processus intensifiant puis éloignant jusqu’au silence la trame vocale micro-polyphonique. La voix de mezzo-soprano (chaleureuse ) comme les solistes instrumentaux (violoncelle de Fabrice Bihan très sollicité) empruntent aux profils du plain-chant ainsi qu’au melos populaire, puisant aux sources traditionnelles. Rituel de terre, le Requiem de en appelle aux sens comme à l’esprit. Sous la direction de , chœur et instrumentistes lui confèrent une rare intensité.

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