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Début de l’intégrale pour piano de Boris Tichtchenko

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Boris Tichtchenko (1939-2010) : Œuvre complet pour piano, vol. 1. Sonate n°1 op.3/121 (1957, rév. 1995), Egosuite op.6 (1957), Sonate n°2 op.17 (1960), Trois énigmes op.19 n°1 et Trois Polyphonudes op.19 n°2 (1960). Boris Tichtchenko (Sonate n°2) et Dinara Mazitova, piano. 1 CD Northern Flowers. Enregistré en 1963 (Sonate n°2) et entre 2005 et 2012. Durée : 74’38

 

boris_tishchenko_mazitovaAprès une apparition furtive il y a quelques années, le début de la première intégrale discographique de l’œuvre pour piano de  redevient disponible. Le premier volume contient une pépite, la Sonate n°2 interprétée par le compositeur en concert en 1963. 

Le label Northen Flowers se consacre aux musiciens de Saint-Pétersbourg, et c’est grâce à lui que nombre d’œuvres-clé de Boris Tishchenko sont accessibles, comme son cycle symphonique Beatrice (Clef ResMusica) inspiré de Dante, ou l’intégrale de ses quatuors (Clef ResMusica également). L’œuvre pianistique, composé des onze sonates et de quelques pièces courtes, n’était pas encore documenté au disque, et la pianiste biélorusse , née en 1984, s’est attachée à l’enregistrer depuis le milieu des années 2000. Erratiquement disponible il y a quelques années, ce premier volume qui réunit les partitions de jeunesse semble enfin être sur le marché de manière durable.

a dédié ses deux premières sonates respectivement à (op.3, 1957, révisée en 1995) et à (op.17, 1960), ce qui en dit long sur les figures musicales, esthétiques mais aussi morales, sous lesquelles le jeune homme se plaçait. Bien que séparées par peu d’années, l’évolution est fort nette entre les deux pièces, et la différence est accentuée par le fait que la Sonate n°2 est ici interprétée par le compositeur lui-même, enregistré en concert en 1963. Sensiblement plus courte (vingt minutes, contre presque trente pour la Sonate n°1), elle montre un compositeur déjà en pleine possession de son style : c’est une musique qui se veut la quintessence de l’âme leningradoise, granitique, motorique, mystérieuse, étendue, où le temps et l’eau s’écoulent lentement, mais également brutale, dure, dansante aussi et emportée jusqu’à la folie dans son finale. L’interprétation du compositeur paraît idéale, par une froideur, une percussivité et une neutralité de façade qui ne cachent rien de la sensibilité brûlante qui anime la composition. L’œuvre avait été récompensée en son temps par le prix Glinka de l’État de Russie.

La Sonate n°1 est l’autre pièce de résistance de ce programme. Si elle peut surprendre par ses intonations jazzy dans le deuxième mouvement et son introspection presque hypnotique dans le troisième mouvement Sostenuto dolce, elle n’a pas encore la concentration obtenue dès la sonate suivante, mais ouvre dignement le corpus pianistique du compositeur.

Les pièces complémentaires sont en contraste des miniatures qui durent entre 12 secondes et deux minutes et demie. L’Egosuite de 1957 esquisse un autoportrait qui n’est pas dépourvu d’ironie (le deuxième mouvement « Réfléchis d’abord, parle ensuite »), et où le compositeur affirme fermement qui il est (le dernier mouvement « Toujours moi »). Les Trois énigmes, conçues dans l’esprit des pièces pour enfants de Bartók et Prokofiev, et les Trois Polyphonudes de 1960, en référence aux polyphonies de Bach, sont des expérimentations de musique condensées qui, pour être abouties en elles-mêmes, resteront à peu près sans suite dans l’œuvre pour piano seul du compositeur.

, qui est également compositrice, n’a pas ce tranchant clair très particulier de Tichtchenko, mais est à l’évidence en affinité avec cette musique encore trop rarement jouée et diffusée, y compris en Russie.

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