philharmonie de paris 0718

Plusieurs visages de Beethoven avec les frères La Marca et David Kadouch

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Grand salon des Invalides. 9-IV-2018. Jan Ladislav Dussek (1760-1812) : Les souffrances de la reine Marie-Antoinette op. 23. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Duo des lunettes ; Sonate pour violoncelle et piano n° 5 en ré majeur op. 102 n° 2 ; Trio en si bémol majeur op. 11 n° 4. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate n° 2 en la majeur. David Kadouch, piano ; Adrien La Marca, alto ; Christian-Pierre La Marca, violoncelle

Musicales-de-Pommiers-le-meilleur-du-classique-a-rendez-vous-dans-la-Loire_exact1024x768_lDans le grand salon des Invalides, trois artistes qui ont le vent en poupe (lire notre entretien) se retrouvent avec complicité : au piano, au violoncelle et son frère Adrien à l’alto.

Le programme, supposé s’articuler avec l’exposition sur Napoléon stratège, ne brille ni par sa cohérence ni par son souci d’ancrage dans l’histoire, même si l’on connaît les sentiments ambivalents de Beethoven pour l’empereur. Il reflète cependant une sorte d’humeur du siècle, entre légèreté jubilatoire et passion pré-romantique, et a le mérite de permettre différentes combinaisons entre les trois instruments.

En guise d’introduction au concert, fait redécouvrir Les souffrances de la reine Marie-Antoinette de Dussek, pièce qu’il a jouée par ailleurs dans des concerts sur le thème de la révolution. Attentif au public, il rappelle l’histoire de cette œuvre : favori de Marie-Antoinette, Dussek quitta la France en 1789 pour l’Angleterre avant de composer cette œuvre l’année même de l’exécution de la reine, en 1793. Il s’agit d’une musique à programme sous forme de saynètes allant de son emprisonnement à sa décapitation. L’œuvre, qui semble d’abord une curiosité historique, entre classicisme et pré-romantisme, offre quelques moments à la grâce mozartienne qui contrastent avec des scènes dont le côté dramatique (glissando à l’appui) est pleinement assumé par le pianiste.

david_kadouch_c-Gregory-FavreLe duo suivant de Beethoven en deux mouvements est intitulé avec bouffonnerie et un peu mystérieusement « Duo pour deux lunettes obligées ». Sa formation rare, pour l’alto et le violoncelle, offre une belle association de timbres. C’est un jeu entre les deux instruments que servent les interprètes, par leur sens de la répartie entre les voix et la clarté des lignes mélodiques, et il faut déjà une belle maturité pour jouer cette pièce avec cette apparente simplicité et cette élégance. Le ton de la Sonate n° 5 pour violoncelle et piano contraste par son sérieux et sa profondeur. Créée en 1815, elle appartient à la dernière période beethovénienne : s’y retrouvent condensés l’art du contraste, rendu avec volontarisme par les interprètes, le lyrisme douloureux et introspectif du second mouvement, ici poignant et juste, et le style fugué complexe qui annonce la sonate Hammerklavier, véritable performance. Notre seul regret tient à l’équilibre sonore entre les deux instruments qui semble moins bon que dans les autres œuvres : est-ce lié à l’acoustique de la salle ou au piano qui résonne et domine parfois le violoncelle ?

Un changement de programme prive le concert du Nocturne de Beethoven au profit d’une Sonate n° 2 de Brahms réussie, dont chaque phrase est portée d’un souffle commun à l’alto et au piano (à son sommet dans cette pièce), et un investissement total des deux interprètes. Le Trio n° 4 « Gassenhauer » de Beethoven clôt le concert de manière jubilatoire. Tout est vivant et clair, l’attention au jeu des partenaires est évidente, jusqu’au final en forme de thème et variations (repris avec gaîté pour le bis) qui, bien que joué avec rigueur, semble tourner au « bœuf » musical à partir d’un trille endiablé du piano, par son style improvisé joyeux. Ce Beethoven-là est remède à la mélancolie !

Crédits photographiques : Christian-Pierre et © Caroline Doutre ; David Kadouch © Grégory Favre

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