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À Lyon, Anastasya Terenkova conclut la saison Blüthner de l’Institut Goethe

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Lyon. Goethe-Institut. 16-V-2018. Tōru Takemitsu (1930-1996) : Rain Tree Sketch n° 2. Claude Debussy (1862-1918) : Clair de Lune, extrait de la Suite Bergamasque. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Variations sur un thème de Corelli op. 42. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : 32 Variations en do mineur WoO 80 ; Sonate pour piano n° 21 en do majeur op. 53, « Waldstein ». Anastasya Terenkova, piano

ATerenkovaCinq concerts à Lyon et six à Paris ont permis aux habitués de l’Institut Goethe, ainsi qu’aux mélomanes de passage, de découvrir tout au long de l’année le talent de jeunes pianistes, lauréats de la fondation Blüthner-Reinhold. À revient le mot de la fin.

Le cadre de l’Institut Goethe est idéal pour qui veut faire la connaissance d’une interprète : un « loft » accueillant coiffé d’une verrière, un public réduit, et la proximité du piano. Pour débuter son programme d’une heure, d’un seul tenant, a choisi d’enchaîner une courte pièce de Tōru Takemitsu, Rain Tree Sketch II, au Clair de Lune de Debussy. Le rapprochement est ingénieux et éclairant : les sonorités aquatiques et brouillées de Takemitsu doivent beaucoup à ses inspirations françaises. Tant le jeu de la pianiste que l’acoustique de la salle approfondissent cette double rêverie introductive, toute en résonances et en tintements.

Après la France, la Russie, et une pièce aux accents typiquement russes écrite en France : les Variations Corelli de Rachmaninov. Un phénomène de mode tend à faire d’elles une pièce d’étude ; c’est regrettable, car la faconde juvénile et les aspérités d’un jeu encore vert sont du pire effet, dans cette musique que vrille la mélancolie de la patrie perdue. Anastasya Terenkova, heureusement, possède assez de sang russe pour percer à jour le sens véritable de la virtuosité de cette partition : avec légèrement plus de pédale qu’il n’en faut, une science aiguë du rubato, et une énergie savamment dosée, elle parvient à tisser sans accroc la suite des variations, et à la mener jusqu’à son terme, cette coda désespérée où, comme dans le dernier Prélude de Chopin, la main gauche martèle le glas d’un abyssal. La quatrième variation, et sa délicieuse modalité russe, ou l’ « intermezzo » cadentiel entre les variations XIII et XIV, conviennent à merveille à Terenkova, à son jeu volontiers souple et chantant, à son aisance digitale.

Les Beethoven qui suivent ne sont sans doute pas si aboutis. Ils constituent le versant allemand du récital, et en quelque sorte, la dîme versée à l’institution qui reçoit. Les 32 Variations en do mineur ont cette fois le goût franchement amer de ces partitions en faveur chez tous les professeurs de piano du monde, et que l’on entend beaucoup plus que leur qualité intrinsèque ne devrait le leur mériter. Dans la plus sérieuse Sonate « Waldstein », Anastasya Terenkova, avec une grande clarté expressive, rend justice au bref mouvement lent, et à son thème hésitant ; dans un autre registre, elle trouve le timbre approprié aux rugosités percussives du premier mouvement, qu’elle exécute sans excès de rudesse, mais sans gommer la surprise qu’engendre en l’auditeur le contraste des tessitures. Si l’ensemble manque de conduite et d’un souffle unificateur, ou si certains passages souffrent de n’être pas suffisamment habités, nul doute qu’Anastasya Terenkova, portée par ses solides facultés, saura peu à peu bâtir une compréhension pleinement cohérente de ces œuvres célèbres.

Crédit photographique : © Michael Terraz

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