Cecilia Bartoli : Triumphans pour Vivaldi

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Antonio Vivaldi : Airs d’Opéras, Airs Sacrés et Concertos. Cecilia Bartoli – Il Giardino Armonico, direction Giovanni Antonini. Réalisation : Brian Large. Théâtre des Champs-Elysées, Paris, 2000. [Opéra Inconnu] – L’Olimpiade – Tito Manlio – Ottone in Villa – Gloria en ré majeur – Juditha Triumphans – Foà 28 – Farnace – Bajazet (Il Tamerlano) – La finda ninfa – La Griselda – Giustino – Concerti pour flûte à bec RV 443, et pour luth RV 93. 1 DVD Arthaus n° 4 006680 102283.

 

Une Cecilia Triumphans pour VivaldiOn le sait : le disque « The Vivaldi Album » de a été une preuve – et il en était apparemment besoin – qu’on peut associer curiosité érudite, grand succès public et unanimité critique. Et avant le présent concert du T.C.E., la diva romaine a chanté quelques-uns de ces trop rares trésors vivaldiens à Paris ; mais au Châtelet, avec William Christie et ses Arts Florissants, plus tôt dans la même année. Récital mixte en vérité, où le Vénitien, comme Haendel, connurent grâce à elle un véritable triomphe.

Ici, la cantatrice retrouve ses partenaires du CD (Decca). Ceux qui ont assisté à la démonstration du Châtelet pourront éprouver une – infime – pointe de déception. Elle tient d’abord à un minuscule manque d’aplomb dans la vocalise périlleuse (« Gelosia » d’Ottone in Villa, nettement meilleur, ce qui n’est pas peu dire, cette année à Salzbourg ; « Agitata » de Bajazet, un peu – si peu – émoussé depuis le temps de « Live in Italy » ; et « Anch’il mar » du même opéra, légèrement plus expéditif qu’au studio).

Elle découle surtout – nous sommes dans le domaine vidéographique, ne l’oublions pas – d’une captation (Brian Large, encore et toujours), qui ne sert pas toujours cette immense artiste. Parfois, son port n’est guère si gracieux ; et il n’est pas davantage élégant de la part de la caméra de souligner quelques tics et défauts du visage dans le feu de l’action (clignements, torsions, dandinements, etc…). Depuis « Live en Italy » précisément, ses progrès sont malgré tout extrêmement nets ; on s’en félicitera par conséquent.

Rendons tout de même hommage au réalisateur vétéran d’avoir succombé à un minois au sourire irrésistible, bien plus madone que matrone ; et qui, pour être parfois un peu cabotin, parvient à trouver mille expressions pour chaque affect. La performance musicale est sidérante : l’agilité, malgré les toutes petites réserves évoquées plus haut, reste hors d’atteinte de quelque rival que ce soit. Les écarts de registre terrifiants, que le Prêtre en courroux affectionne, sont tous admirablement maîtrisés (des chutes dans le grave nettement moins artificielles que par le passé pour « Agitata » par exemple). La voix continue de prendre de l’ampleur – vérification faite in loco -, les inflexions sont infiniment variées, et le sens donné aux mots en perpétuel renouvellement.

De cette profusion, qui permet à l’amateur d’apprécier quasi physiquement ce qu’est la technique du bel canto de cette époque, ressortent tout particulièrement deux joyaux. D’abord, le « Gelido in ogni vena » de Farnace, paroxysme émotionnel autant qu’une magistrale leçon de souffle et de grâce, plus abouti – s’il est possible – que sur le CD. Et, par-dessus tout, le fameux « Armatae Face » du Vagaus de la Juditha Triumphans, très souvent donné en bis ; un modèle de réalisme baroque, dans son appel sans répit aux châtiments les plus délirants : des « Furie » coupantes comme des haches… ce qui rend bien gentillette la (grande) Elly Ameling de la belle intégrale Negri (Philips) !

Soulignons pour conclure que la partie instrumentale (deux beaux Concertos, dont celui pour luth, très célèbre), pour vivante et colorée qu’elle soit, nous vaut un « Jardin d’Harmonie » lui aussi un soupçon automnal, si l’on songe aux gerbes fleuries de l’intégrale Teldec, un modèle ; ou au flautino de Sébastien Marcq, avec William Christie précité, dans une œuvre différente il est vrai. Malgré des réserves dont on a compris qu’elles restent extrêmement marginales, ce DVD est un « must » à posséder impérativement, comme prolongement – et raffinement – de « The Vivaldi Album ». Comble de luxe et de joie, tous les airs ne se recoupent pas de l’un à l’autre : une véritable corne d’abondance.

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