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Benoît Lecoq, organiste baroque normand

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En 1979, l’historien Marcel Degrutère découvre l’orgue baroque de Saint Martin de Boscherville en ruine mais miraculeusement épargné par les réformes des facteurs d’orgues romantiques. En 1983, l’orgue est classé monument historique par le Ministère de la Culture et attend une restauration qui s’achèvera en 1993. , titulaire de ce grand-orgue historique, nous parle de son association destinée à faire connaître le répertoire baroque normand et du festival qu’il a créé pour honorer l’instrument sur lequel il joue, à la tribune de la prestigieuse abbaye Saint Georges de Boscherville.

« Notre région n’est pas dans l’avant-garde en ce qui concerne la valorisation et la communication autour de l’orgue. »

ResMusica : Qui est donc Guillaume Lesselier ?

: C’est le nom du premier facteur d’orgue de l’orgue de Saint Martin de Boscherville, il a construit plusieurs orgues en Normandie mais il en reste peu en l’état d’origine. Il reste celui de Néville, près de Dieppe et le buffet de l’orgue de la cathédrale du Havre. C’était en fait un irlandais, qui, fuyant son pays, a débarqué en Normandie dans les années 1620. Son véritable nom est William Lesseler.

RM : Quand l’association est-elle née ?

BL : En 2001. Avec plusieurs amateurs et spécialistes d’orgue comme François Berdoll ou le Père Girard, curé de la paroisse, j’ai voulu valoriser le patrimoine de cette commune qui a restauré ce bel orgue. La commune a pris conscience de la valeur de cet orgue, reste à nous de le faire connaître pour qu’il soit pleinement un atout pour la région. Nous cherchons aussi à promouvoir le patrimoine musical normand, qui est d’une richesse insoupçonnée. Voilà la raison du festival.

RM : Pourquoi faire un festival ?

BL : Cet orgue est un témoignage très convaincant de la compétence des facteurs rouennais de cette époque, il ne peut continuer à ne servir qu’aux offices, il doit impérativement être un lieu de diffusion culturelle. Les grandes festivités de 1994 pour son inauguration ne doivent pas passer au rang de souvenirs. Plusieurs grands organistes étaient venus se produire dans ce haut-lieu de l’art roman, quelques récitals furent même l’objet d’enregistrement pour France-Musiques…Pourquoi ne pas poursuivre aujourd’hui l’aventure ?

RM : Recevez-vous une aide financière supplémentaire pour cette manifestation ?

BL : Pas encore. Nous sommes évidemment à la recherche de partenaires privés et publics, d’un soutien régional et les adhérents pourraient être une grande force pour faire vivre cette association. On les attend donc nombreux pour aider ce tout premier festival !

RM : Y a-t’il d’autres manifestations de ce type en Normandie ?

BL : L’association ATAR, qui anime beaucoup le domaine Abbatiale sous l’angle « tourisme et patrimoine » propose une belle programmation musicale sacrée. Cependant, elle ne défend pas essentiellement l’orgue, c’est pourquoi elle nous aide d’ailleurs pour ce festival ainsi que l’exemplaire association Connaissance de l’Orgue, située au Havre et présidée par Jean Legoupil.

st-martin-boscherville_04RM  : Quels sont les projets de l’association ?

BL : On souhaiterait enregistrer les œuvres de compositeurs normands du XVII et XVIIIe siècles comme Boyvin, Titelouze, Corrette sur cet orgue. Nous aimerions aussi organiser plus de visites commentées sur le grand-orgue de tribune, son histoire, sa restauration et pas seulement pour la Fête de la musique et la journée du Patrimoine mais en collaboration avec le Rectorat de Rouen, les différentes classes d’orgue de la Région, sur toute l’année.

RM : En « président d’honneur », vous avez convié André Isoir, pourquoi ?

BL : André Isoir est un organiste qui a activement participé au renouveau de l’orgue classique et c’est aussi un artiste de renommée internationale qui habite d’ailleurs notre région. Il a accepté d’être président d’honneur de l’association et c’est avec sa participation que nous proposons ce premier festival.

RM : Comment s’est faite la programmation du festival ?

BL : Tout d’abord, il fallait des intervenants qui connaissent les particularités de l’instrument. Cet orgue est accordé au tempérament mésotonique, ce qui empêche de jouer certaines tonalités. Par exemple, certaines œuvres de Couperin ou la très grande partie des œuvres de Bach ne peuvent être jouées ici. Cela dit, nombreux sont les compositeurs du XVIIe et XVIIIe siècles qui ont laissé des œuvres écrites pour ce type d’instrument, je pense à Jehan Titelouze, Jacques Boyvin, Gaspard et Michel Corrette ou François Dagincour qui sont d’ailleurs au programme.

RM : Vous disiez votre volonté de faire « vivre » l’orgue pendant le festival, comment ? 

BL : Par des moments d’échanges entre les artistes, les membres de l’association et le public après ou avant les concerts. Nous organisons un repas le dimanche soir pour rendre notre festival plus convivial puis il y aura également des visites historiques et musicales pour ceux qui le veulent bien.

RM : L’intérêt porté aux orgues normands par les institutions régionales vous paraît-il suffisant?

BL : Certaines régions françaises ont pris conscience de la richesse de leur patrimoine organistique. Elles créent et développent des festivals locaux et régionaux, elles ont pris conscience que l’orgue, de par le fait qu’il soit dans les églises, n’est plus un instrument populaire comme lors des siècles précédents. Il est désormais nécessaire que les pouvoirs publics se mobilisent davantage pour sensibiliser les populations à cet instrument. Notre région n’est pas dans l’avant-garde en ce qui concerne la valorisation et la communication autour de l’orgue. Heureusement, certaines associations locales font depuis de nombreuses années un travail conséquent qui, parfois s’étend à toute la région.

Crédits photographiques : portrait de Benoît Lecoq © DR ; orgue de Saint Martin de Boscherville © Jean-René Phelippeau

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