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Splendide Jenufa

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Nancy. Grand Théâtre. 20-VI-02. Leoš Janáček, Jenufa. Eva Jenis, Kevin Anderson, John Horton Murray, Sheila Nadler Helga Thiede, etc. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy. Chœurs de l’Opéra de Nancy et de l’Opéra de Montpellier. Direction Sebastian Lang-Lessing. Mise en scène : Jean-Louis Martinelli. Décor : Gilles Taschet,. Costumes : Patrick Dutertre. Lumières : Marie Nicolas. Chorégraphie : Odile Befve.

/ Jean-Louis Martinelli

Au terme de sa première programmation à la tête de l’Opéra de Nancy, , ex-directeur du Festival Musica de Strasbourg et de l’Opéra du Rhin, proposait le 20 juin la création nancéenne du premier grand chef-d’œuvre lyrique de Leos Janacek, Jenufa, spectacle qui parachève une saison caractéristique de son concepteur, originale et diversifiée. Ayant mis en résidence le compositeur Georges Aperghis, nommé le jeune chef allemand directeur musical du théâtre et de son orchestre, Spielmann a pris le pari de l’exigence artistique et de la témérité programmatique, s’appuyant il est vrai sur une tradition novatrice du lieu instaurée par , puis par , ce théâtre se montrant ainsi plus audacieux que son proche voisin, l’Opéra de Metz.

Alternant intelligemment grand répertoire et œuvres plus rares et exigeantes, l’Opéra de Nancy propose jusqu’à samedi une production inédite de Jenufa particulièrement prenante. Il est vrai que cette partition exceptionnelle par le traitement proprement extraordinaire du verbe qui se fait mélodie sur laquelle se fond l’orchestre est théâtre authentique, Janacek ayant écrit une musique si naturellement dramatique que la langue est musique, au point que l’on ne sait d’où naît le chant. Agé de cinquante ans, Janacek se montre extraordinaire novateur par son discours musical qu’il déploie aussi rapidement qu’un texte dramatique, car fondé sur une écriture musicale d’une fluidité insolite qui se développe de façon si naturelle que l’œuvre est la vie même, et l’on ne peut qu’adhérer au drame qui se déroule sous nos yeux, Janacek réussissant ainsi ce que Berg réussira à son tour dans Wozzeck, mais avec des moyens autres et plus diversifiés, mais tout aussi confondant de naturel.

Aussi Jenufa est-il de ces opéras dont il semble impossible de rater la moindre production, pas même par le plus iconoclaste des metteurs en scène. Avoir confié à un homme de théâtre, Jean-Louis Martinelli, actuel directeur du Théâtre des Amandiers de Nanterre, sa première mise en scène lyrique dans un tel cadre est une excellente idée en soi, l’univers du théâtre dramatique étant ici omniprésent. Plantant l’action dans un décor unique signé Gilles Taschet bien éclairé par Marie Nicolas dans lequel un seul élément mobile suffit à délimiter le moulin et la maison de la Sacristine, Martinelli sert cette effroyable histoire d’infanticide que l’humanisme de Janacek rend particulièrement émouvante sans la détourner le moins du monde de la volonté du compositeur, également auteur du livret, n’imposant sa griffe que par une direction d’acteur à la hauteur des intentions de Janacek. Et même les danses villageoises réglées par Odile Befve n’ont rien de désuet et ont le mérite de ne pas nuire à la bonne tenue du spectacle. Un peu réservée au début, a rapidement pris ses marques et la mesure de la fosse, campant la plus bouleversante, avenante et vraie des Jenufa. Voix chaude, ligne de chant impeccable, timbre rayonnant, la jeune soprano slovaque a imposé sa radieuse présence à l’ensemble de la distribution, y compris à ses deux prétendants, Kevin Anderson, Steva séduisant, et, surtout, John Horton Murray, Laca au chant d’une radieuse beauté. Sheila Nadler est une émouvante Grand-Mère Buryja. Seule ombre, la bruyante Sacristine de Helga Thiede, qui ne cesse de crier au point de couvrir l’orchestre, confondant assurément Jenufa et Elektra, n’ayant apparemment pas évalué l’acoustique du beau théâtre nancéen. Le héros de la soirée est indubitablement l’, qui a fait d’impressionnants progrès, sonnant clair, précis et homogène, vivant comme de la lave en fusion, tendu tel un arc par la direction à la fois ferme, poétique et nuancée de Sebastian Lang-Lessing.

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Nancy. Grand Théâtre. 20-VI-02. Leoš Janáček, Jenufa. Eva Jenis, Kevin Anderson, John Horton Murray, Sheila Nadler Helga Thiede, etc. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy. Chœurs de l’Opéra de Nancy et de l’Opéra de Montpellier. Direction Sebastian Lang-Lessing. Mise en scène : Jean-Louis Martinelli. Décor : Gilles Taschet,. Costumes : Patrick Dutertre. Lumières : Marie Nicolas. Chorégraphie : Odile Befve.

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