Diabolus in Musica – Honi soit qui mal y pense !

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Diabolus in MusicaHoni soit qui mal y pense ! Polyphonies des chapelles royales anglaises
(1328-1410) ALPHA 022, sortie juin 2002.

 

Diabolus in Musica - Honi soit qui mal y pense !C’est dans la riche Touraine musicale que l’ensemble de musique médiévale d’, réside. Malgré les rigueurs météorologiques de quelques journées de la mi-automne 2001, l’enregistrement (pour Alpha) du huitième disque de l’ensemble à la Collégiale de Bueil-en-Touraine, a comme premier mérite de rendre à la musique liturgique vocale a capella du XIVe siècle sa chaleur et sa vivacité d’expression, rythmique et mélodique. Si certains auditeurs ont encore aujourd’hui une profonde aversion pour la musique polyphonique des origines, c’est parce qu’ils l’entendent parfois glaciale et neutre, faussement monacale et assez brouillonne. Heureusement, les ténors Raphaël Boulay, Olivier Germond et , le baryton Jean-Paul Rigaud, le baryton-basse puis la basse sont là pour détourner pleinement ces auditeurs-là de leur ressentiment. Le second mérite des Diabolus ici est d’allier reconstitution historique et naturel avec grand art. Aussi le texte de présentation du programme par est l’exemple littéraire de cette heureuse conciliation entre agrément, histoire et musicologie.

La musique de ce disque nous transporte principalement dans l’Angleterre du souverain Edouard III. La devise « Honi soit qui mal y pense ! » qui titre le disque, fut celle du célèbre ordre de chevalerie de la Jarretière fondé en 1348 par ce même roi responsable de l’édification des premières chapelles royales. L’essentiel des chants liturgiques est à trois voix, notamment le Servant regem / Ludiwice / Rex regum, magnifique motet chanté au très jeune Edouard III le jour de son mariage. Ce motet contient un émouvant duplum chantant les mérites de Saint Louis, parent du marié royal que Raphaël Boulay, Olivier Germont et interprètent avec panache ; la voix du baryton-basse étant partout précieuse dans l’alchimie vocale du groupe. De nombreux textes à la virginale Marie jalonnent le programme, spécialement le conduit à trois voix Salve regina, qui semble être le plus ancien de notre histoire polyphonique, le Virgo pudicicie ou le motet à quatre voix Virgo Maria / O stella / Flos genuit / Virgo qui a la particularité d’être écrit à partir de quatre textes distincts. Ces conduits et motets sont autant de chants religieux embellis par les spontanés chanteurs de . Puis certaines partitions ne sont ni des plus attendues stylistiquement, ni des plus évidentes d’interprétation : Le O laudanda virginitas dédié à la sainte martyre Catherine d’Alexandrie ne manque pas d’intériorité et le difficile Quare fremuerunt, sur le texte d’un psaume, oblige deux des chanteurs à observer un parallélisme quasi constant, rythmique et mélodique, bien difficile à mettre en place mais remarquablement rendu ici. Aussi le Christi messis nunc à trois voix renferme des accords particuliers et le motet à quatre voix Campanis / Honoremus / Pes / Pes, sur une imitation du son des cloches et de l’activité de leur balancier percussif, trouvera encore pendant longtemps grâce à nos oreilles. Très intérieur, le motet à trois voix Balaam / Balaam / Balaam pour la fête de l’Epiphanie, chanté par Raphaël Boulay, Olivier Germond et Jean-Paul Rigaud est un des plus remarquables sur le plan des effets sonores. Le Gloria à cinq voix reste aussi d’une écriture profondément étonnante.

La plus belle chose que réussit ce disque, c’est probablement l’alliage subtil des voix et on n’hésitera pas à redire que c’est la composition même de l’ensemble Diabolus in Musica qui est une trouvaille sonore tant les timbres des voix le composant sont particuliers et complémentaires. Ainsi la palette sonore est d’une richesse harmonique inestimable et l’amplitude des sons, en terme d’intensité, est par conséquent toujours impressionnante. Les trois ténors par exemple, ne quittent jamais leur personnalité vocale, même dans les pièces à deux voix par pupitre. Sur un plan technique, le débit des syllabes, les respirations, l’élan des nuances sont saisissants de cohésion.

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