Concerts, La Scène, Musique symphonique

Hommage à Dutilleux et Daniel-Lesur

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Paris. Samedi 14 septembre 2002. Salle Olivier-Messiaen de Radio France (Paris). Daniel-Lesur : Andrea del Sarto, Béla Bartók : Divertimento pour orchestre à cordes, Henri Dutilleux : L’Arbre des songes (Concerto pour violon), Josef Haydn : Symphonie n° 85 « La Reine de France ». Orchestre National de FranceKurt Masur. Violon : Luc Héry.

Figures d’ouverture à Radio France

Les 13, 14 et 15 septembre derniers étaient l’occasion du premier week-end de concerts gratuits de Radio France, week-end consacré aux « Figures d’ouverture ».

Un petit rappel du principe de ces week-ends : une série de concerts gratuits donnés par les quatre formations de Radio France (le National, le Philharmonique, le Chœur et la Maîtrise) auxquelles se joignent des formations de jazz et de musiques traditionnelles. Au programme : des raretés et surtout des chefs-d’œuvre méconnus regroupés par thème (Figures sacrées, Figures antiques, Figures érotiques, Figures doubles, etc.). Le public : des amateurs profitant de l’occasion pour aller à un concert classique et des mélomanes friands de raretés profitant de l’occasion pour entendre enfin en concert quelques belles partitions négligées.

Grand succès public pour ce premier week-end, puisque les deux concerts auxquels j’ai assisté ont rempli intégralement la Salle Olivier-Messiaen, ce qui n’était pas toujours le cas l’année dernière au cours de ces mêmes week-ends.

Le concert du samedi soir correspondait à la rentrée de l’ avec son tout nouveau chef, (et aussi une nouvelle et fort ravissante première violon solo). , après dix années passées à la direction du New York philharmonic, a expliqué récemment son envie de transformer le National en formation de tout premier niveau mondial. Il a aussi indiqué son intention de jouer régulièrement des jeunes compositeurs français. Aucune œuvre annoncée pour le programme 2002-2003, mais espérons pouvoir entendre dans les saisons suivantes des compositeurs tels que Connesson, Escaich, Cavanna, Florentz, Zygel, Dubugnon, di Tucci.

Principale pièce du programme : le concerto pour violon et orchestre L’Arbre des songes d’. C’est le National qui avait créé ce concerto en 1985, avec son dédicataire, Isaac Stern. L’œuvre avait été ensuite reprise en 1996 avec (premier violon au National) et c’est encore qui tenait la partie soliste ce soir. Dutilleux est probablement le plus grand compositeur français vivant. Du moins, c’est le compositeur qui arrive à rassembler le plus grand nombre de suffrages et de mélomanes à sa musique en passant au travers des anciennes luttes de classe entre sériels et minimalistes. Et c’est largement mérité, car si sa musique ne fait aucune concession aux modes du jour et du public, elle reste profondément accessible et directe, pour peu qu’on se laisse entraîner par sa poésie toute personnelle. Dutilleux a écrit peu d’œuvres, mais quand il écrit, c’est qu’il a quelque chose à dire, ou plutôt une beauté intérieure à faire passer, car sa musique n’a pas de message à exprimer, mais des sensations à transmettre. L’Arbre des songes est un concerto de pure beauté sonore, et le passage où le violon et le hautbois d’amour chantent ensemble est particulièrement envoûtant. Mais attention, il faut une écoute attentive et pleine si on veut entrer dans cet arbre où la cohérence et la magie de l’écriture n’apparaissent que progressivement. Ce n’est pas un concerto de bravoure, le violon et l’orchestre sont intimement liés. Pour prendre une image, on pourrait représenter ce concerto par un chef d’orchestre dont la main gauche, le violon, ne serait que la partie la plus visible et expressive. A la fin du concerto, , présent dans la salle, reçut une véritable standing ovation. Un bien bel hommage à un compositeur qui, avec Olivier Messiaen, restera à coup sûr dans le cœur des mélomanes futurs.

Autre hommage, celui à , mort le 2 juillet dernier à l’âge de 93 ans. L’œuvre de ce musicien discret n’a pas eu la même popularité que celle de Dutilleux, mais elle n’en possède pas moins autant de qualités. Son Cantique des Cantiques reste l’une des plus belles pages chorales a cappella de ce siècle et tout le monde devrait, sinon l’aimer, du moins la connaître. Son opéra Andrea del Sarto (1969) d’après Musset reste son œuvre la plus importante. On en attend avec urgence un enregistrement ou une reprise ! Mais avant cet opéra, Daniel-Lesur avait déjà écrit en 1949 un poème symphonique sur le même sujet. Cette soirée était une occasion unique de juger les beautés de cette œuvre rare en concert et au disque, et je dois dire que je n’ai pas été déçu. La musique de cet organiste, élève et successeur à Sainte-Clotilde de Tournemire, a une évidente dette envers l’école franckiste. Mais dans ce poème symphonique dramatique à souhait, on se prend parfois à entendre une musique de film à la Bernard Herrmann avec toute la richesse et la rigueur d’une écriture soignée. Magique. Rien de révolutionnaire, mais que c’est beau, et c’est bien le principal ! A la fin de l’œuvre, n’a pas hésité à saluer la partition face aux applaudissements.

En complément, cette première partie marathon, d’une durée d’une heure trente (!!!), le Divertimento pour cordes de Bartók. Je suis loin d’être un fan de Bartók, mais je dois dire que j’ai été totalement charmé par cette partition réjouissante où les airs populaires se glissent avec un réel bonheur à un traitement des plus audacieux. Le mouvement lent funèbre, véritable panoplie d’effets dramatiques (rythmes pointés, accords stridents et tendus, polyphonie serrée), est particulièrement émouvant.

En seconde partie, la 85ème symphonie de notre cher Haydn. Avec cent-huit symphonies à son compteur, il n’est pas évident de toutes les connaître et de les entendre en concert. Et j’espère que Haydn m’excusera, mais après l’émotion intense de la première partie, je me suis discrètement éclipsé à l’entracte pour garder en moi le souvenir de Dutilleux et de Daniel-Lesur. A une prochaine fois, Haydn.

Autre concert du week-end donné par l’Orchestre français des jeunes et Emmanuel Krivine, le dimanche fut l’occasion d’entendre la très jolie Deuxième symphonie « Ukraine » de Tchaïkovski, qui est certes moins célèbre et jouée que les sœurs Quatrième, Cinquième et Sixième, mais qui n’en est pas désagréable pour autant. Donné en première partie, le 22ème concerto pour piano de Mozart est lui aussi étrangement beaucoup moins connu que ses voisins 20ème, 21ème, 23ème et 24ème, alors qu’il en possède les mêmes qualités.

Au programme éclectique des prochains week-ends de Radio France, on retrouvera encore nombre d’œuvres remarquables et de raretés que je conseille très largement pour les avoir goûtées : la Musique des sphères de Langgaard, les Souvenirs de voyage de Bernard Herrmann, l’intégrale des Années de pèlerinage de Liszt en une journée, le Premier quintette avec piano de Sgambati, la Quatrième symphonie de Nielsen, le Journal d’un disparu de Janacek, une orchestration de la Sonate « Hammerklavier » de Beethoven, Lonesome de Kancheli, la Symphonie pour trombone d’Ernest Bloch… que de belles choses que nous propose René Kœring ! Sans oublier des opéras totalement inédits, en version de concert : Le Rêve d’Alfred Bruneau, Sancta Susanna de Hindemith, Edgar et Le Villi de Puccini !

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Paris. Samedi 14 septembre 2002. Salle Olivier-Messiaen de Radio France (Paris). Daniel-Lesur : Andrea del Sarto, Béla Bartók : Divertimento pour orchestre à cordes, Henri Dutilleux : L’Arbre des songes (Concerto pour violon), Josef Haydn : Symphonie n° 85 « La Reine de France ». Orchestre National de FranceKurt Masur. Violon : Luc Héry.

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