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VIIe Festival de Pâques : Florilège de jeunes interprètes

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Deauville. Salle Elie de Brignac. 10.IV.2003. Chostakovitch : Trio pour violon, violoncelle et piano n° 2 (1) ; Schubert : Quintette « La Truite » (2). Marina Chiche, Alexander Gerbert, Jean Vitaud (1) ; Alina Ibragimova, Lise Berthaud, Jérôme Pernoo, Yann Dubost, Jérôme Ducros (2).

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Voilà sept ans, un groupe de jeunes musiciens français alors quasi inconnus (Renaud Capuçon, , François Salque, David Grimal, Stéphanie-Marie Degand, Nicholas Angelich, Jérémie Rhorer, les membres des Quatuors Danel et Castagneri, Florent Héau et Benjamin Berlioz) se sont réunis pour une académie ayant pour objet la musique de chambre et d’orchestre. Dès les débuts du projet, ces instrumentistes ont acquis le soutien amical de plusieurs de leurs aînés, Augustin Dumay, Maria Joao Pires, Emmanuel Krivine, le Quintette Moraguès. Puis Ion Marin, Bruno Weil, Marc Minkowski, Christopher Hogwood, bientôt rejoints par Véronique Gens, Nora Gubisch, Christopher Coin, entre autres, avec qui ils réalisent d’ambitieux programmes couvrant tous les répertoires, du baroque au XXe siècle. Yves Petit Devoize, ex-directeur de la rédaction du magazine Diapason et ex-directeur artistique du Festival de Montreux, est chargé de la direction artistique de la manifestation qui, depuis 1996, a fait florès. En effet, elle s’est démultipliée, avec un Août musical, campus de jeunes solistes venant de toute l’Europe, et une Saison d’hiver, série de concerts d’octobre à mai. Le renouvellement des effectifs se faisant par cooptation, plus de deux cents jeunes musiciens se sont succédé en ce lieu mythique qu’est la Salle Elie de Brignac – où se tient chaque été la prestigieuse vente de yearlings -, le renouvellement des effectifs se faisant par cooptation.

Pour sa septième édition, le Festival de Pâques de Deauville a accueilli quarante-neuf interprètes (quatorze violonistes, six altistes, sept violoncellistes, trois contrebassistes, neuf instruments à vent, quatre pianistes, un pianofortiste, quatre chanteurs et un claveciniste chef d’orchestre) pour un programme courant de Telemann à Chostakovitch en passant par Bach, Haydn Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Tchaïkovski Bruch et Prokofiev. Toute la journée, de neuf heures jusqu’au petit matin, les musiciens vivent au rythme des répétitions, des concerts et des après-concerts, joyeux moments où les commentaires sur les prestations des uns et des autres et sur les partitions vont bon train. Lorsque les uns et les autres se produisent en public, leurs collègues sont présents, prêts à faire la claque au cas où le public se montrerait réservé. Chacun soutient l’autre, ce qui peut étonner le profane, convaincu que l’émulation entre ces jeunes musiciens, appelés pour la plupart à des carrières solistes, suscite rivalité et antagonisme.

Ainsi, assister aux premières répétitions du concert de clôture dirigées par Jérémie Rhorer, chef assistant à la fois de William Christie et de Marc Minkowski, est un véritable bain de jouvence. Dans une atmosphère studieuse mais détendue, où chacun discute avec son voisin ou le chef d’un trait d’archet ou d’une phrase, les airs de concert et d’opéras de Mozart fredonnés par la jeune soprano espagnole Sylvia Schwartz sont déjà inondés de lumière, alors qu’il reste encore deux pleines journées de travail avant le concert. Dans la foulée, les musiciens, qui se produisent le soir même, répètent à leur tour une dernière fois leur programme, avant que le public ne prenne à son tour possession de la salle.

Le cinquième concert du festival s’est ouvert sur le Trio n° 2 pour violon, violoncelle et piano en mi mineur op. 67 de . De cette œuvre écrite en 1944 – en écho au second conflit mondial dans laquelle le compositeur mêle douleur et sérénité –, Marina Chiche, Alexander Gebert et Jonas Vitanel ont donné une lecture distanciée, les musiciens ne s’engageant guère, comme s’ils ne se sentaient pas concernés par le propos du compositeur soviétique, surtout dans le mouvement lent. Seul le finale a atteint une juste densité.

Dans le célébrissime Quintette pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse en la majeur « la Truite » D. 667 de Schubert, Augustin Dumay était attendu. Mais, victime d’une tendinite qui le maintient depuis plusieurs semaines éloigné de la scène, le violoniste français a été remplacé par une Russe de dix-sept ans, . Chaleureusement recommandée par Claudio Abbado, choix entériné par Dumay, cette jeune fille prometteuse manque encore de projection, et a connu quelques difficultés, principalement dans l’Andantino où le fameux thème du lied « Die Forelle » est repris et varié cinq fois. Problèmes techniques qui se sont produits par deux fois au même endroit, ce morceau ayant été repris en bis. Mais le son de son instrument est ardent et ferme, et ses compagnons d’un soir ont été particulièrement vigilants à la soutenir et à suivre la moindre de ses inflexions. Sous la conduite du piano aux sonorités charnues mais capables des nuances les plus fines de , qui, comme les grands pianistes chambristes, joue à instrument grand ouvert, ce qui magnifie la présence de celui-ci sans nuire pour autant à ses partenaires, a imposé la chaleur de son jeu, le fruité des timbres de son violoncelle. Il s’est fait avec tact l’animateur du quatuor des cordes, couvant des yeux ses deux partenaires, la violoniste russe et l’altiste à l’alto de velours, alors que le jeune dominait le propos et donnait l’impulsion de sa haute et filiforme stature.

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