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Saint Denis, Légion d’honneur. 14.VI.2003. Franz Schubert (1797-1828), Sonate Arpeggione et piano en la mineur D. 821 ; Sonatine n° 2 pour violoncelle et piano. Ludwig van Beethoven (1770-1827), Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur Op. 5 n° 2 ; Variations pour violoncelle et piano sur «  Ein Mädchen oder Weibchen » de La Flûte enchantée de Mozart, en fa majeur Op. 66. Peter Wispelwey (violoncelle), Dejan Lazic (piano)

pieter_wispelwey-214x328Festival de Saint Denis

Dans le pavillon de musique de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, le rideau s’est levé sur cette deuxième journée consacrée à Schubert avec un public généreux, fervent et passionné. Au programme, la célèbre Arpeggione et la Sonatine n° 2 pour violoncelle et piano. A ces pages de Schubert était associées deux œuvres très émouvantes de Beethoven, la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur O ; 5 n° 2 et les Variations pour violoncelle et piano sur « Ein Mädchen oder Weibchen » de La Flûte enchantée de Mozart, en fa majeur op. 66. Le violoncelle était tenu par le Néerlandais , élève du grand Anner Bylsma qui sera en résidence au Concertgebouw d’Amsterdam en 2004. Ce magnifique musicien joue indifféremment, et avec le même talent, du violoncelle baroque et du violoncelle moderne, et jongle entre les deux avec maestria. Son répertoire embrasse quatre siècles de musique, de Vivaldi à Carter. On se souvient de son enregistrement des Suites de Bach et de ses échanges d’instruments entre chaque suite. Au piano, le jeune Croate de vingt-six ans Dejan Lazic, également clarinettiste, qui a suivi les cours de perfectionnement du Mozarteum de Salzbourg avant de se produire au Konzerthaus de Vienne et au Concertgebouw d’Amsterdam. Au cours de l’été 2002, il était aux Schubertiades d’Edinburgh avec , et il a donné des concerts de musique de chambre avec Vadim Repin. Ses vrais débuts remontent au Festival de Lockenhaus et au Festspielhaus de Salzbourg avec le Deuxième Concerto de Beethoven

Ces deux bouillonnants interprètes se sont lancés dans une interprétation enthousiaste de cette sonate écrite pour l’Arpeggione, instrument imaginé en 1823 à Vienne par J. G. Staufer. Cet instrument reprend l’archet et la forme du violoncelle avec les filets métalliques sur le manche et les six cordes de la guitare. Cela donne un hybride de guitare et de violoncelle. Vincenz Schusster, qui s’y intéressait et en jouait remarquablement, commanda une sonate à Schubert. Pour y répondre, ce dernier composa une pièce en trois courts mouvements. . La beauté de cette partition attachante, qui tient beaucoup du lied instrumental et qui est d’une richesse inépuisable, a suscité de nombreuses transcriptions pour violoncelle d’abord mais également pour violon, alto, guitare, luth.

Pieter Wispelwey a su retrouver le chant intime du violoncelle, le charme nostalgique de l’œuvre avec une virtuosité discrète et élégante. Avec son complice pianiste, ils font percevoir cette mélancolie légère qui baigne l’œuvre tout entière et l’immense génie musical de Schubert. Le premier mouvement est une merveille de pureté dans la ligne mélodique. Le dialogue des deux musiciens est de toute beauté. Leurs instruments chantent et font briller tout le lyrisme et le raffinement de l’orchestration de cet Allegro moderato. Pour l’Adagio en mi majeur, ils révèlent l’esprit du lied qui anime l’ensemble du mouvement, notamment dans le finale de l’adagio. On est touché par le chant du violoncelle virtuose de Pieter Wispelwey dans l’Allegretto en la majeur. Les deux interprètes se permettent quelques clins d’œil bienvenus au folklore populaire que l’on peut percevoir dans cette œuvre sublime. Changement de registre avec la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur Op. 5 n° 2 de Beethoven écrite en 1796 avec une dédicace à Frédéric Guillaume II de Prusse. Cette œuvre préfigure la grande Sonate à Kreutzer : concentration, force, tension, fièvre, fougue en un dialogue virtuose, lyrique, généreux et plein d’émotion entre les deux instruments. Dès les premières mesures, on est captivé par cet échange. Pieter Wispelwey et Dejan Lazic structurent à merveille leur univers, tout en allant à la rencontre de l’autre dans une alchimie d’une très grande souplesse.

Retour au grand raffinement schubertien avec la Sonatine pour violoncelle et piano en quatre mouvements, originellement écrite pour violon et piano en 1816 et publiée par Diabelli en 1836. Cette pièce à la ligne mélodique extrêmement élaborée et chantante, fait partie des œuvres les moins connues de Schubert. Elle exige de la part de ses interprètes de la virtuosité et une solide maîtrise technique. Pieter Wispelwey et Dejan Lazic relèvent le défi avec une brillante simplicité.

Ce très beau concert s’est achevé avec l’hommage généreux et émouvant du génie de Beethoven à celui de Mozart, via les Variations pour violoncelle et piano sur « Ein Mädchen ober Weibchen » de La flûte enchantée écrites en 1796 et publiées à Vienne en 1798. Les deux complices explorent dans un équilibre parfait la légèreté, la profondeur et l’humanité de l’œuvre. Ils se comprennent à la quadruple croche près. Leurs instruments chantent avec une générosité et un enthousiasme communicatifs qui a su toucher le public du Festival.

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Saint Denis, Légion d’honneur. 14.VI.2003. Franz Schubert (1797-1828), Sonate Arpeggione et piano en la mineur D. 821 ; Sonatine n° 2 pour violoncelle et piano. Ludwig van Beethoven (1770-1827), Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur Op. 5 n° 2 ; Variations pour violoncelle et piano sur «  Ein Mädchen oder Weibchen » de La Flûte enchantée de Mozart, en fa majeur Op. 66. Peter Wispelwey (violoncelle), Dejan Lazic (piano)

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