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Albert Roussel (1869-1937) – Un marin musicien

À emporter, Biographies, Livre

Albert Roussel. Un marin musicien. Damien Top. Editions Atlantica-Séguier. Collection « Carré Musique ». Septembre 2000. 170p. 12,19 €.

 

Les ouvrages de la collection «Carré musique» des éditions Atlantica-Séguier, fidèles au credo de Verlaine «De la musique avant toute chose !», invitent à redécouvrir ces musiciens presque oubliés, mais qui ont, chacun à leur manière, marqué l’histoire de la musique d’une empreinte quasi inaltérable.

Sous-titrée «Un marin musicien» et éditée au mois de septembre 2000, cette biographie haute en couleurs d’ (1869-1937) est une pure merveille dans le style employé, la richesse de sa documentation et le sens poétique de la narration de son auteur, le ténor Damien Top. Ce dernier est aussi un spécialiste de la musique française des XIXe et XXe siècles, il donne une multitude de conférences et master classes très appréciées, et est l’auteur de nombreuses publications musicologiques, ainsi que de la présente biographie de Roussel. C’est également en tant que président du Centre International Albert-Roussel que Damien Top a créé le festival en 1997.

Fort de sa connaissance de l’homme et de son imprégnation de la musique du compositeur français, Damien Top raconte avec une grande aisance ce que fut . Le texte est agrémenté de multiples citations et de renvois à des figures poétiques mettant en valeur la vie, la personnalité et l’œuvre au combien foisonnante, sensible et rayonnante du marin musicien. De son enfance passée à Pau, sa mère voulant protéger au soleil la santé déjà fragile de son unique enfant, jusqu’à sa mort survenue à Royan, où la maladie qui aura raison de lui ne l’empêche pas d’écrire à Fratzele, sa femme, une ultime et extraordinaire déclaration d’amour : «Je m’en vais avant toi […] tu pourras dire avec orgueil, en entendant la musique que mes oreilles n’entendront plus : “C’est moi et moi seule qui ait été l’inspiratrice” car c’est de l’amour que sortent toutes les belles symphonies». La vie du compositeur est faite de soif de découverte, de voyages vers des contrées de rêves, l’appel du large le pousse à devenir officier de la Royale. Il compose depuis longtemps déjà pour échapper à un quotidien qui l’a fortement perturbé. Il a huit ans quand sa mère meurt de la tuberculose qu’elle avait contractée de son défunt mari. Roussel se réfugie dans la musique comme dans le rêve, sa mère lui manque terriblement. Plus tard, ce sera la mer qui lui offrira de nouveaux horizons avant qu’il ne se décide à cause d’une santé trop fragile à consacrer sa vie à la composition.

Tout au long de l’ouvrage, la vie et l’œuvre de Roussel nous est contée de cette façon, précise et poétique. L’humilité du compositeur fait corps avec une joie de vivre immense. Ses compositions sont reconnues d’emblée comme appartenant à une nouvelle forme d’expression musicale tout en gardant un véritable attrait. Vincent d’Indy évoque avec louange une fugue entendue à la Schola cantorum : «Excellent. Il y a un réel intérêt musical et expressif, en outre du travail de recherche et de combinaison». En entrant à la Schola, Roussel apprend l’orchestration et découvre Charpentier, Rameau, Monteverdi… Il enseigne dès 1902 et aura, entre autres, Paul le Flem et Erik Satie pour élèves. Ce n’est pas par hasard si, en 1930, Boston accueille le compositeur français avec une effervescence presque démesurée si l’on compare sa venue à celle qu’aurait pu avoir un Wagner en pleine possession de ses facultés créatrices. La première mondiale à Boston de la Troisième Symphonie est un énorme succès. Mais l’humour et la joie de vivre du compositeur vont aussi jusqu’à le faire créer des œuvres à scandale comme Le Testament et la Bouline en 1937.

Les circonstances de la composition des œuvres les plus connues de Roussel, le Festin de l’Araignée, Sinfonietta, Bacchus et Ariane, Aeneas, sont exposées clairement dans l’ouvrage de Top, ouvrage d’un intérêt capital pour retrouver l’essentiel de la personnalité et de l’œuvre d’un des plus grands compositeurs français du XXe siècle. Le livre est aussi accompagné d’un indispensable catalogue des œuvres classé par genres musicaux.

Références discographiques

1. Albert Roussel. Concertos pour orchestre. Jean-Guihen Queyras, violoncelle ; Alexandre Tharaud, piano ; Ensemble Orchestral de Paris ; David Stern, direction. Enregistrement 1998. V 4846. Naïve. 55’31’’.

2. Roussel. Le Festin de l’Araignée . op. 17. Sinfonietta. Pour orchestre à cordes op. 52Bacchus et Ariane, ballet en deux actes, op. 43. Pour une fête de printemps, op. 22.Petite Suite, op. 39.Suite en Fa, op. 33, Aeneas, ballet, op. 54. Jean Martinon, Jean-François Paillard, Charles Dutoit. 1998. 3984-24240-2. Erato.

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