bandeau RES MUSICA

3ème Festival de musique Vocale de Silvacane

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

La Roque d’Anthéron, Abbaye de Silvacane. 18.VIII.2003. Anonymes : Estampies françaises et italiennes. Raphaël Picazos, Missa semitonium tonus (propre grégorien de la St Jean-Baptiste). Jean-Claude Mathon : livret et choix de texte. Ensemble Obsidienne, direction : Emmanuel Bonnardot.

credit phtographique réservé Emmanuel Bonnardot Pour cette 3ème édition d’un passionnant et subtil festival créé par Marie Padlewski et (Directrice artistique) et soutenu par le Centre des Monuments Nationaux et l’Académie du Chant Ancien, «  l’Abbaye de Silvacane s’est faite cette année « Porte de la Lumière », pour un festival placé sous le signe de la dualité, à la recherche du seuil et du passage entre les contraires : de l’éclat de jour aux ténèbres et de la nuit profonde à la lumière. De même que le passé et l’avenir s’épousent et se séparent dans la fragilité du présent, la tradition médiévale et la musique contemporaine trouvent ici leur point de jonction et de dissociation au cœur même de la matière vocale » (Marie Padlewski).

Ce festival a le don et l’intelligence de susciter la rencontre de deux répertoires : celui de la musique médiévale, tel qu’il a pu revivre, notamment au sein de l’Académie du Chant Ancien, et celui, en devenir, de la création contemporaine. Une volonté peu fréquente, qui mérite d’être soutenue et entretenue au-delà de toutes contingences financières et politiques. Et l’on a toutes les raisons d’être inquiet face à l’avenir de la création française, soumise au diktat d’un MEDEF arrogant et tout-puissant qui dicte sa loi à un gouvernement idéologique et autoritaire.

Loin d’être une simple juxtaposition, ou une mise en regard, et loin de se fonder sur l’imitation de caractères extérieurs, cette belle, sensible, intelligente et généreuse rencontre culturelle prend place au cœur même de la matière vocale. A l’initiative d’, ce festival est également le fruit d’une conversation entre la musique et le lieu qui l’accueille. A cet égard, la pause entre première et deuxième parties permet une agréable rencontre construite sur un dialogue en pleine liberté avec les musiciens, les auteurs et les organisateurs.

Chanteuse diplômée du département de Musique Ancienne du Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon, Anne Quentin s’est formée principalement auprès de Marie-Claire Cottin, Dominique Vellard et Marie-Claude Vallin. D’abord soliste des Chœurs de Lyon, elle devient par la suite membre des Ensembles Doulce Mémoire, Gilles Binchois, Eloquentia, avec lesquels elle enregistre plusieurs disques. Elle participe aux productions des Ensembles Akademia, Discantus, Alla Francesca…, et se produit dans le domaine de la musique contemporaine en participant à plusieurs créations avec Francisque Lucque, Alain Besson et André Serre. Elle fonde en 1990 l’Ensemble Musica Nova (musique du Moyen-Age) et en 1991 le Trio Dafne (musique baroque). En tant que spécialiste de musique médiévale et Renaissance, Anne Quentin a animé des ateliers au sein de l’Académie du Chant Ancien de Marseille. Elle est conseillère artistique de la Chifonie (Ensemble médiéval de Haute-Saône) et déléguée artistique de l’association « Musiques et Interprètes ». Elle intervient également en milieu scolaire (collège d’Hauteville). À l’occasion du XXIe festival d’Ambronay, Anne Quentin a conçu et dirigé un programme intitulé « Inconstance et Vanité du Monde », musique du XVIe siècle, avec un ensemble de quinze musiciens. Ce programme a été enregistré en CD et donné en concert le 15 Septembre 2000.

L’Abbaye de Silvacane, à l’acoustique digne d’un Stradivarius, est un écrin idéal pour ces trois jours d’un programme passionnant et rare. Construite au début du XIIe siècle par les moines de l’ordre de Cîteaux, elle offre un ensemble d’architecture médiévale d’une harmonie sereine. Simplicité et perfection, puissance et équilibre, beauté et dépouillement la caractérisent. Elle fait partie du groupe des trois sœurs cisterciennes de Provence, Sénanque, le Thoronet et Silvacane qui ont chacune leur caractère propre, quoiqu’elles partagent une même vocation originelle. Si les deux premières sont lovées dans des vallons secrets, paysages qui favorisent l’intériorité, Silvacane est édifiée sur une plaine, invitation à l’ouverture.

Pour inaugurer cette troisième session, « la Puerta de la luz » (La porte de la lumière) pour 13 chanteurs, trio à cordes et un percussionniste est une référence à la pièce de Patrick Burgan, cette porte qui s’ouvre sur l’existence ou qui se referme dans les ténèbres. Ce fut ensuite la création d’une pièce de Jean-Christophe Marti : « Déméture sur déméture » avec l’ensemble instrumental et vocal , dirigé depuis sa fondation en 1987 par Roland Hyrabedian. Cet ensemble fait entendre des répertoires vocaux ou instrumentaux sans exclusion d’époques ni de genres. Son souci constant de mise en regard d’époques différentes lui offre de présenter des programmes inspirés par des thèmes ou des ferments communs aux œuvres composées.La voix, élément fondateur et fédérateur du répertoire, est souvent accompagnée de formations variées ; concerts à douze ou seize voix, a capella ou accompagnées de formations instrumentales diverses. suscite également la création musicale et a été à l’origine de plus d’une centaine d’œuvres, dont celles de Philippe Hersant, Patrick Burgan, Edith Canat de Chizy, Régis Campo ou Luis de Pablo…

En miroir à cet ensemble vocal de grand talent et de grande réputation dans le domaine de la musique contemporaine, Catherine Sergent, grande interprète du répertoire médiéval, a donné à entendre toute une série de monodies sacrées composée de proses, lectures, prophéties et antiennes grégoriennes.

Ce 18 août, le programme célébrait Jean-Baptiste, traditionnellement associé à la fête de la lumière, dans une alternance entre hymnes festives accompagnées aux instruments et les mouvements de la Messe à seize voix de .

Compositeur, chanteur et pianiste, a été formé à l’Ecole Nationale de Musique de Toulon, puis au C.onservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il obtient divers premiers prix. Il complète ensuite durant quatre ans sa formation au Centre de Musique Médiévale de Paris. Il se définit lui-même comme un compositeur préoccupé avant tout par « l’humanisme musical ».

L’, composé de seize chanteurs-instrumentistes, est reconnu pour ses interprétations de musique ancienne médiévale et renaissance. Il fait aussi une large place à la création. Tour à tour chanteurs, instrumentistes, compositeurs, arrangeurs, les musiciens d’Obsidienne forment un groupe original dans l’univers multiple du spectacle vivant. Les concerts qu’ils proposent sont caractérisés par leur variété : la monodie populaire et le plain-chant y côtoient la polyphonie savante, sacrée ou profane. La voix, soliste ou ample du chœur s’y écoute a capella ou accompagnée aux instruments.

La première partie était consacrée aux estampies françaises et italiennes des XIVème et XVème siècles (estamper voulant dire taper du pied, danser). L’ travaille avec des instruments anciens représentés dans l’iconographie médiévale qui montrent l’instrumentarium souvent stylisé de la musique savante, populaire ou champêtre, mais aussi des références aux instruments bibliques et symboliques. A l’image de la virtuosité médiévale et Renaissance, les musiciens maîtrisent indifféremment le chant, les instruments à cordes frottées (vielles, violes, rebec), ceux à cordes pincées et frappées (sistre, tympanon, psalterion…), les instruments à vent (cornemuses, flûtes douces à bec et traversières, chalemie -ancêtre du hautbois-), le claquebois (ancêtre du xylophone) et les tambours à cordes…

Après une pause dialoguée entre le public et les musiciens, tout le monde se retrouva dans l’abbatiale pour la Messe de Raphaël Pizacos, commande de la Ville de Sens.

L’œuvre, messe brève (sans credo) a capella, produit un alliage musical nouveau entre styles musicaux d’hier et d’aujourd’hui. Les quatre parties polyphoniques de l’ordinaire que nous livre le compositeur sont conçues pour être associées aux monodies grégoriennes du propre, aux choix des interprètes.

Sur le plan mélodique, c’est une œuvre de la continuité modale, signant son attachement à la clarté harmonique française. Cependant, l’influence contrapunctique des polyphonistes franco-flamands de la Renaissance est présente. « Comme les grandes messes des XVe et XVIe siècles, la Missa semitonium tonius est construite sur un motif unificateur. Ici, c’est le maillon mélodique ton/demi-ton qui, reproduit et échelonné sur huit sons, forme la base compositionnelle de l’œuvre. Ce mode est bien connu depuis le XVIIIe siècle et fut largement utilisé dés le XIXe siècle. J’aime cet univers musical décloisonné… », explique le compositeur. Et, le public, trop peu nombreux hélas, pour une soirée d’une telle qualité, a été particulièrement sensible à cette écriture musicale raffinée qui crée une superbe alliance avec le chant grégorien. Les voix féminines en particulier étaient de toute beauté, et l’utilisation scénique de l’espace abbatial très réussi.

Les textes ont été choisis et très bien dits par Jean-Claude Mathon. Ils sont extrait des évangiles de Marc, Luc, Matthieu et Jean ainsi que des textes de JMG Le Clezio et Jean-Claude Mathon, qui explique : « je me suis moins attaché à la vérité historique qu’à la flânerie ; j’aime musarder au gré des rencontres et des lectures, et mon seul souci est de faire partager ces petites parcelles de bonheur glanées dans les chemins creux de la lecture, de la réflexion, de la peinture, de la Foi ».

Le 19 août, le festival donnait carte blanche à un ensemble étonnant, composé de quatre instrumentistes : flûte, vièle, oud, et percussions, réunis sous le nom surprenant de Polis’sons, qui, par leur parcours atypique, apportent au répertoire médiéval un éclairage nouveau. Anne Quentin s’est jointe à l’ensemble pour interpréter une œuvre contemporaine de Paul Boissieux Luz nocturna (Lumière nocturne).

Après une licence de musicologie, Paul Boissieux intègre les classes d’analyse et d’écriture du .Conservatoire National de Région de Lyon. Il obtient trois médailles d’or en harmonie, contrepoint et fugue. Il est admis au C.N.S.M. Il enseigne actuellement l’écriture et la culture musicale à l’E.N.M. de Belfort. Ses activités de compositeur et d’orchestrateur sont marquées par des influences aussi variées que les musiques de et de Georges Crumb, le jazz, les musiques traditionnelles et les musiques du Moyen-Age. L’ regroupe 4 instrumentistes venus d’univers différents et qui, entre restitution et création, se sont lancés sur les traces de la musique du Moyen-Age. Dans une confrontation honnête et impitoyable des notations médiévales et de l’improvisation expérimentale, Polis’sons s’est associé à plusieurs reprises avec le trio de clarinettes « non facturé », et Benoît Rullier, pour mener le public dans un étonnant labyrinthe musical

Ce Festival est aussi une Académie de musique vocale qui travaille à la fois autour de la pratique des répertoires du Moyen Age, mais aussi autour de la découverte des répertoires contemporains. Plusieurs ateliers proposaient un travail approfondi, dans la lignée d’une tradition orale où l’improvisation et le jeu vocal sont à l’honneur. Anne Quentin dirigeait l’atelier consacré Aux sources du chant monodique et polyphonique et Ivan Domzalski assurait une Initiation au répertoire vocal contemporain.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.