Widerkehr – Grand cru d’Alsace

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Jacques Christian Michel Widerkehr (1759 – 1823) : Duo (sonate) en mi mineur pour pianoforte et hautboisTrio n° 2 en do majeur pour flûte, hautbois et bassonDuo (sonate) en fa majeur pour pianoforte et hautboisTrio n° 3 en ré mineur pour flûte, hautbois et basson. Omar Zoboli : Hautbois – Felix Renggli : Flûte – Alberto Guerra : Basson – Jean-Jacques Dünki : pianoforte. 1 CD Pan Classics n° 510 119. Durée : 75’38. DDD, 2002

 

Pan Classics invite à découvrir – ou redécouvrir – , né à Strasbourg en 1759. Violoncelliste et compositeur, il se rend à Paris en 1783. Il n’y fait pas une brillante carrière de violoncelliste, malgré un poste au sein du Concert Spirituel mais gagne une renommée comme compositeur de symphonies concertantes, genre dont il a laissé douze partitions. Son héritage compte également quantité de duos pour violons, ou pour violon et violoncelle, ainsi que des sonates, des quatuors et des quintettes à cordes… sans oublier quelques nocturnes, pour divers instruments. Les sources de l’Alsacien sont diverses : Haydn, Devienne (célèbre flûtiste, bassoniste et compositeur français), Cannabich, Mozart, Beethoven… voire Schubert. Notons que les deux Duos et les trois Trios sont gravés ici pour la première fois avec des instruments anciens.

Ces œuvres sont interprétées par quatre excellents musiciens évoluant au sein d’une formation à géométrie variable. La partie de hautbois – seul instrument présent tout au long de ce CD – est tenue par Omar Zoboli, qui a participé à une cinquantaine de disques et fait l’unanimité de la critique dans un enregistrement du « Paganini du hautbois », Pasculli. Il mène en outre une carrière concertante. Zoboli s’adjoint, dans les deux Trios, le flûtiste suisse Félix Renggli, au parcours tant soliste, que chambriste et enseignant, ainsi que le bassoniste Alberto Guerra, dont le profil éclectique et les multiples compétences rejoignent ceux de Rengli. Pour les deux Duos, le hautboïste est accompagné de Jean-Jacques Dünki, pianiste et compositeur suisse.

Le remarquable Duo (Sonate) en mi mineur, pour pianoforte et hautbois, requiert une technique solide de la part des instrumentistes. Dès les premières mesures, les notes s’envolent, légères, sur un rythme effréné. Suit un Menuetto, lui aussi rapide, entrecoupé de deux trios : les deux instruments dialoguent, les thèmes sont exposés par le hautbois, auquel répond le pianoforte qui les développe. Le troisième mouvement, un Adagio, sans lenteur pourtant, calme un peu le jeu, et apporte la sérénité. Il se termine par un Allegro endiablé – où à l’inverse du Menuetto, les thèmes sont exposés au pianoforte, le développement étant confié au hautbois. Le Finale, olympien, conclut de la façon la plus contrastée qui se puisse imaginer.

Dans la foulée, on admire le Trio n° 2 en ut majeur pour flûte, hautbois et basson. Ouvert sur une courte exposition au hautbois et à la flûte, l’Allegro initial comporte de nombreux développements pour les trois instruments, formant ainsi une sorte de symphonie en miniature. Cet Allegro est suivi d’un Grazioso magistral, ce qui confère une allure théâtrale à cette section. L’Allegro final découle du mouvement précédent, et apporte, suivant la même méthode, un majestueux couronnement à cette partition si caractéristique de l’esprit français.

Retour au Duo (Sonate) pour pianoforte et hautbois, avec celui en fa majeur. Il débute par un Allegro plutôt mozartien d’une grande légèreté. L’Adagio qui lui fait suite contraste par une grande tristesse – le hautbois pleurant littéralement – qu’éclaire toutefois une lueur d’espoir médiane, apportée par le piano. Le Minuetto ramène à la gaieté originelle par la grâce du piano. Une valse lente vient s’insérer en guise de trio, complétant le sentiment de joie exprimée au début comme à la fin. Tout dans le très virtuose Finale (Allegro) respire le bonheur de vivre ambiant.

Pour conclure cet aperçu éloquent du génie (le mot n’est pas trop fort !) de Widerkehr, un autre Trio. Nettement plus dramatique que tout ce qui précède, ingénieusement structuré, ce petit bijou se rehausse d’un cantabile central très prenant. Remercions l’éditeur de la réalisation soignée, que ce soit pour les prises de son, ou pour le livret explicatif. On y trouve de bonnes biographies du compositeur et des interprètes, ainsi que quelques notes sur les œuvres. Seule – légère – imperfection dans cet ensemble de haut niveau, une bruyante respiration du flûtiste à l’attaque du premier mouvement du trio final, qui aurait pu être coupée à la post-production.

http://www.panclassics.com6

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