Dénes Várjon – In memoriam Géza Anda

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Ernö Dohnányi (1877-1960) Rhapsodies op. 11 N° 2 et 3 ; Béla Bartók (1881-1945) Suite op. 14 ;Franz Liszt (1811-1886) Consolations, six pensées poétiques ; Robert Schumann (1810-1956) Carnaval op.9. Dénes Várjon (piano). 1 CD Pan Classics 510 140, 2003. Prise de son claire manquant un peu de chaleur, texte légèrement confus.

 

Dénes Várjon - In memoriam Géza AndaLe jeune pianiste hongrois Dénes Várjon, lauréat du concours en 1991, rend hommage dans ce récital au maître trop tôt disparu (1921-1976), au travers de quelques-uns de ses compositeurs fétiches : Dohnányi, le mentor, dont il remporte le concours à Budapest, Bartók et Schumann qu’il a si bien servi – au disque comme au concert. Mais rien dans tout cela qui relève d’une imitation servile ; seulement de l’admiration fructueuse et le partage d’un héritage culturel commun, tant est évidente la familiarité de Várjon avec ces répertoires pourtant si différents.

Ce qui frappe avant tout à l’audition : l’incroyable beauté de la sonorité – claire, appuyée sur des basses toujours amples et riches, d’une extrême netteté, mais pourtant jamais tranchante ou agressive. On sent dans ce contrôle extrême du toucher une technique hors pair, bien plus que dans la crâne assurance des traits virtuoses jetés à profusion dans les brillantes pièces de Dohnányi. À ce titre, le sommet du programme est peut-être à chercher dans les six Consolations de Liszt, emplies d’une grâce éthérée, aux sonorités larges et cristallines ; à la poésie touchante à force de simplicité.

Ce naturel de la pensée musicale est d’ailleurs ce qui rapproche le plus profondément Dénes Várjon de son illustre modèle. Pas une seule pièce ici qui sente l’esbroufe, l’épate du pianiste sûr de ses moyens et les affichant avec ostentation. Seulement de la musique faite avec une compréhension intime de l’univers de chaque compositeur, soigneusement différenciés et abordés avec une maturité exceptionnelle.

Le Carnaval, pourtant largement et admirablement servi au disque, trouve ici une interprétation de grande qualité, le pianiste rendant avec une parfaite évidence le kaléidoscope des sensations évoquées par Schumann. Un tournoiement, certes, mais où toujours la maîtrise de la construction ordonne le frémissement des émotions, où les phrases avancent avec une droiture qui se refuse à tout effet facile ; et dont, pourtant, se dégage un intense lyrisme, d’autant plus touchant qu’il ne fait aucune concession à l’artifice.

Un pianiste à découvrir d’urgence (dont on attend une exploration plus approfondie de ces compositeurs après ses premiers enregistrements Schumann chez Naxos). Plus encore : un récital passionnant d’un interprète majeur.

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