Maxim Vengerov – Violon « champagne » et sanglots longs…

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Edouard LALO (1823-1892) : Symphonie espagnoleCamille SAINT-SAËNS (1835-1921) : Concerto N°3 Op.61Maurice RAVEL (1875-1937) : Tzigane. Maxim VENGEROV, violon. Philharmonia Orchestra, Dir. : Antonio PAPPANO. 1 CD EMI Classics 7243 5 7593 2 0. Sortie : octobre 2003. DDD, 74’04’’.

 

Maxim Vengerov  - Violon « champagne » et sanglots longs…De la célébrissime Symphonie Espagnole de Lalo, au luxueux bis de concert que peut constituer le Tzigane de Ravel (mais c’est tellement plus que cela!) — en passant par le troisième Concerto de Saint-Saëns —, les violonistes « démonstratifs », soucieux d’asseoir ou conforter leur réputation ont fait trois de leurs chevaux de bataille. , pour qui ces trois œuvres ne constituaient pas un passage obligé dans l’optique précitée, relève cependant fièrement le défi. Sur fond sépia, dans un décor un tantinet kitsch, œil noir de matador, il lance ce cri : » Me voici, je suis le torero ! » (C’est ainsi, confie-t-il dans le livret d’accompagnement qu’il « sent » le violoniste de la Symphonie Espagnole.) Et, de fait, il ne lui manque que l’habit de lumière.

Il est vrai que ce dernier tiers du XIX° siècle (et il en sera de même au début du XX°) est une période pendant laquelle la musique française emprunte volontiers à l’exotisme ibérique. Glanons ici ou là : Symphonie Espagnole de Lalo, en 1875 — La Carmen de Bizet la même année — España de Chabrier, en 1883 — Le Cid de Massenet en 1885 — Le Caprice Andalou de Saint-Saëns (1904) — Les Debussy de Soirée dans Grenade (1903) ou d’Iberia (1909)… Et, naturellement, l’incontournable relais ravélien de la Rhapsodie espagnole (1907), l’Heure espagnole (1911) ; le fameux Boléro (1928) s’ajoutant à l’explicite Pavane pour une infante défunte (1902) !

Mais cet hispanisme n’est cependant jamais caricatural, pas plus que simple documentaire acoustique. La Symphonie Espagnole, dédiée au violoniste virtuose Pablo de Sarasate (comme le sera, cinq ans plus tard, le troisième Concerto de Saint-Saëns) comprend cinq mouvements, joués ici dans leur intégralité. Vengerov ne dédaigne pas l’Intermezzo, fréquemment écarté dans de précédentes versions, pour des raisons inhérentes à ce volet de la partition ; et aussi sous le prétexte qu’il aurait été surajouté pour la seule circonstance de la « première ».

, chef essentiellement opératique, « théâtralise » (outrancièrement, estimeront d’aucuns) chaque point fort de la partition, faisant de son soliste, davantage qu’un Escamillo du violon, une véritable Diva. Contrastes accusés entre rugosités des graves et d’ineffables tendresses lyriques, que la phalange londonienne — remarquable écrin sonore — valorise superbement.

Le Troisième Concerto de Saint-Saëns (de loin de ce compositeur, le plus apprécié des violonistes), doté d’une structure conventionnelle en trois mouvements, donne à entendre une musique certes brillante ; mais où le brio ne prend jamais le pas sur le chant. Lequel pourrait illustrer magnifiquement, comme cette interprétation le confirme, ces quelques vers du poète allemand Arno Holz (1863-1929) : « Soudain d’une fenêtre / légers, / filés, enflant leur onde, / purs et profonds, grâce perlée / essor qui se débat / désir qui fuse, joie qui chante / eau mouvante, flamme qui monte / or qui palpite, / douceur, lumière, moelleux d’argent / les sons fondants / d’un violon… »

Ravel a dédié en 1924 Tzigane à la jeune violoniste hongroise Jelly d’Aranyi. Cette page est souvent — et à juste titre — redoutée des solistes : indépendamment des difficultés techniques qui se posent à l’interprète, la tentation est toujours grande de « tziganiser » à outrance, dans un molto rubato du style Les Yeux Noirs ! en livre une version « Rom », nourrie du Bartok des Danses, habitée, sombre et prenante ; que nous placerions volontiers parmi les meilleures de la discographie. L’accompagnement orchestral est toujours aussi valorisant et d’une rare transparence : à noter l’entrée saisissante de la harpe après le Lento quasi cadenza du violon.

Au cours de ces trois partitions, la technique du virtuose est confondante : doubles cordes, glissandi, détachés, ascensions chromatiques vertigineuses. Ou encore « dégringolades » échevelées, pizzicati de cristal, trilles lumineux, aigus impériaux de justesse et de ductilité. Toutes ces difficultés semblent pour lui enfance de l’art… Rodolph Kreutzer peut dormir tranquille : son Strad est entre de bonnes mains !

La prise de son est particulièrement soignée ; la présentation des œuvres dans le livret d’accompagnement, conventionnellement trilingue, est assortie d’un petit commentaire personnel du violoniste. Que notre « mélomaniaque » mémoire soit — ou non — habitée par les belles réussites du passé (Perlman, Amoyal, Francescatti…), cet enregistrement-là ne laisse certes pas indifférent. Il devrait tenter bien des amateurs, voire des… collectionneurs.

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