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Nicolas Chalvin à Lausanne

chalvin_1_yannick_perrinAu terme de sa formation au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon, est engagé comme hautbois solo dans les rangs de l’Orchestre National de Lyon. Il occupe plus tard le même poste au sein de l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg. Il débute sa carrière de chef à l’Opéra de Lausanne avec Lucio Silla de Mozart au cours de la saison 2000-2001, tout en y demeurant assistant durant plusieurs années. En novembre 2001, il assiste Armin Jordan pour Le Nez de Dimitri Chostakovitch, toujours à Lausanne. Parmi ses autres expériences dans les murs de la maison d’opéra de la capitale vaudoise, a dirigé l’opérette Véronique d’André Messager ainsi que Niobé et Medeamaterial du jeune compositeur français Pascal Dusapin. Il nous parle d’Orphée et Eurydice de Gluck, plus précisément de la version Berlioz à l’affiche à Lausanne en mars. En fin de saison, le public retrouvera une nouvelle fois Nicolas Chalvin pour un Don Pasquale.

ResMusica : Berlioz a apposé une vision foncièrement romantique sur un ouvrage-clé du pré-classicisme. Comment, sur un plan musical, le chef peut-il parvenir à réaliser le mariage de ces deux esthétiques ? Sinon, est-il possible de « tirer » l’interprétation vers un style plutôt qu’un autre ?

Nicolas Chalvin : Berlioz a plutôt été l’un des premiers à mener un travail de reconstitution visant à retrouver l’original de Gluck, qu’il avait tellement aimé. Il avait lu les partitions bien avant d’entendre l’œuvre et a par la suite été pris de stupeur en s’apercevant des ajouts, suppressions et réorchestrations qui étaient venus dénaturer l’œuvre. Si Berlioz s’est tant intéressé à l’Orphée et Eurydice de Gluck, c’est qu’il y a vu tous les aspects novateurs, notamment la présence de récitatifs accompagnato en lieu et place des récitatifs secco. Gluck, d’une certaine manière, est plus un pré-romantique, un « Sturm und Drang » qu’un pré-classique, encore que ces catégories soient difficiles à définir, surtout lorsqu’on essaie de l’y ranger. Orphée est un mythe auquel tout le monde se réfère. Avec le personnage d’Orphée, chez Gluck, l’individualisme apparaît. Il parle à la première personne. Plus encore, les rapports qu’entretient la musique avec le texte, les effets orchestraux, font de Gluck un compositeur qui ouvre d’innombrables perspectives annonçant Berlioz, voire Wagner. Nous allons en définitive, à la manière de Berlioz, « tirer » l’interprétation plutôt du côté de Gluck.

RM : Le metteur en scène Ludovic Lagarde fait ses débuts à Lausanne. Aviez-vous déjà eu l’occasion de travailler avec lui auparavant ?

NC : Non. J’ai vu en revanche son spectacle intitulé « Retour définitif et durable de l’Etre aimé », sur un texte d’Olivier Cadiot. Un spectacle formidable. J’ai pleinement confiance en lui.

RM : L’intention de Ludovic Lagarde est de faire sortir les couleurs contemporaines de l’œuvre. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

NC : Un des thèmes est la position de l’artiste face à la société. Dans l’opéra, seul Orphée va oser braver l’interdit. Cela va être l’une des trames de la mise en scène permettant de retrouver Eurydice. Ceux qui pleurent la mort d’Orphée sont aussi ceux qui lui interdiraient de se rendre aux enfers. Les décors, les costumes suivent un axe permettant de rendre le mythe atemporel ; un élément qui se retrouve dans la pièce, également. Il y a aussi la notion du désir : Eurydice qui ne désire pas Orphée autant que lui la désire. On peut supposer que la brutalité de la morsure de serpent, symbole d’un supposé viol, l’aurait fait retomber dans un monde naïf, quasi enfantin, les Champs-Élysées, à la douceur magnifiquement illustrée par Gluck. Un élément recherché dans la mise en scène est de rattacher l’ensemble au monde du conte. Et finalement Amour qui ordonne à Orphée de réprimer son élan pour qu’il puisse se rapprocher d’elle. Cela symbolise une certaine domestication des pulsions, de la sauvagerie. Un des buts de Ludovic Lagarde est, je pense, que le spectateur soit en mesure de retrouver différents niveaux de lecture. Il ne faut pas que les thèmes de l’ouvrage mis en exergue le soient d’une manière hermétique. Le travail est mené à bien avec un profond respect de l’œuvre.

RM : Chostakovitch, Dusapin, Mozart les saisons passées, Gluck/Berlioz en 2004 ainsi que Donizetti. Quel créneau musical préférez-vous, le cas échéant ? Y a-t-il des ouvrages que vous pensez ne jamais diriger ?

NC : j’ai eu des gens autour de moi qui ont des goûts très éclectiques et qui m’incitent à aborder un large éventail de partitions. Je pense en particulier à François-Xavier Hauville qui m’a offert beaucoup de belles occasions. J’aime les challenge, me lancer, découvrir et me confronter à des œuvres qui me permettent de découvrir d’autres mondes musicaux. C’est le seul moyen de progresser, musicalement comme techniquement. Je m’estime trop jeune pour trier et définir que je dirigerai ceci plutôt que cela. Comme jeune chef, il faut que je reste ouvert à tous les répertoires. Il n’y a par ailleurs pas de compositeurs que je n’aime pas, malgré des préférences (Haydn, Mozart, Brahms, Bruckner, Bartók, Stravinsky…). Il y a tellement de chefs d’œuvre que ça ne vaut pas la peine de se priver ! J’aime plancher sur une partition comme s’il s’agissait à chaque fois pour moi de rendre un travail de thèse à son sujet, à la façon d’un étudiant.

Crédits photographiques : © Yannick Perrin

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