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Masur et Brahms… deux allemands ?

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Paris.Théâtre des Champs-Élysées. 26-III-2004. Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thème de Haydn opus 56a ; Double Concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur opus 102 ; Symphonie n°2 en ré Majeur opus 73. Violon : Anne-Sophie Mutter. Violoncelle : Daniel Müller-Schott. Orchestre National de France. Direction : Kurt Masur.

daniel_muller_schott-300x427Cycle Brahms par et l’ONF

Après le somptueux cycle Mendelssohn offert il y a tout juste un an qui succédait lui-même à une exploration beethovénienne, cette année nous a conduit sur les pas du Brahms symphonique, héritier naturel des précédents. Doit-on d’ailleurs évoquer le curieux hasard des programmations parisiennes qui annoncent deux cycles… Mendelssohn (?!) et … Brahms (le même, oui) pour la saison 2004-2005 de l’Orchestre de Paris, cette fois-ci. L’histoire musicale est-elle si peu riche et le public parisien si crédule ?

Schumann était peut-être davantage attendu or celui-ci regarde sans doute trop ailleurs, comparé à Brahms, souvent perçu comme l’artiste de synthèse qui échappe à la période d’émancipation et de recherches des romantiques comme Schumann. Son ancrage dans une certaine tradition,tout en s’en distinguant radicalement, a semble-t-il séduit notre chef qui nous a principalement offert un Brahms des plus classiques et pourtant des plus passionnants. Rejetant tout emphase au profit d’une sobriété à toute épreuve, Kurt Masur a suivi avec exactitude la volonté du maître allemand, dont il aime à dire qu’il se sent très proche, allant d’ailleurs jusqu’à penser qu’il aurait aimé écrire la même musique à la même époque ! Si Brahms a tardé à écrire ses quatre symphonies, malgré les nombreux encouragements de Schumann, il n’en demeure pas moins que pour Masur, contrairement à d’autres, le compositeur innove ! D’ailleurs, Masur se refuse à séparer et à classer en blocs isolés les différentes œuvres brahmsiennes tel un élément disparate. Non ! Pour le grand chef allemand, Brahms n’a pas écrit quatre symphonies comme Schumann mais neuf, comme Beethoven. L’œuvre comptant donc les quatre œuvres baptisées « symphonie » ainsi que les quatre concertos (celui pour violon, les deux pour piano et le double, pour violon et violoncelle) serait donc à prendre comme un tout dont le corpus, cohérent, fait preuve d’un grand pouvoir dramatique. Brahms – peut-être trop pudique pour s’essayer à l’opéra – fait entrer en force ce dernier dans ses grands opus orchestraux. Ainsi, l’orchestre de Masur a sonné immédiatement ce vendredi soir, bien qu’un des plus grands journaux ait émis quelques bémols sur la soirée du jeudi soir… les jours se suivent mais ne se ressemblent a priori pas. Prenant une certaine distance, notre chef a su, plus que jamais, laisser la musique exister sans jamais chercher à se mettre lui même en valeur. D’une manière souveraine, l’, dirigé par la modeste et non moins éclatante main de son chef, nous a proposé un Brahms d’une intense sensibilité et d’une précision de jeu plus que minutieuse et dynamique. Curieusement, et merveilleusement, les Variations sur un thème de Haydn (dont le thème n’est autre qu’un ancien thème populaire figurant dans un divertimento du dix huitième siècle attribué par erreur à Haydn) furent interprétées dans un esprit classique et sonnèrent pourtant à notre oreille comme un doux souvenir debussyste. Cette originalité masurienne, magnifiée dans les dernières variations, fut un véritable délice sonore répété, à notre plus grand plaisir, tout au long de cette soirée, principalement dans l’interprétation de la Deuxième Symphonie où notre chef n’a jamais cherché à prouver la soi-disant homogénéité allemande. « Après tout, Brahms, comme Mozart et comme Beethoven, a composé de la musique pour tout le monde, et non pas seulement pour les allemands » tel sont les mots de Kurt Masur à et telle fut l’idéologie musicale de cette soirée. Non, la musique allemande ne nécessite pas systématiquement une orchestre lourd, compact, massif et imposant ! Voilà ce que traduit la gestique du grand chef allemand ! Sa baguette a prouvé que, bien au contraire, les notes de Brahms pouvaient s’imposer par une légèreté du phrasé et une musicalité toute vaporeuse. Dans le même esprit, , tel un ange des plus gracieux et des plus lumineux, s’est envolée sur ce somptueux tapis sonore pour ne dévoiler que sensualité, lyrisme et sensibilité jusqu’aux arpèges virtuoses, et rendus aériens, du finale. Plus expansif peut-être, mais tout aussi troublant, Daniel Müller-Schott a su épouser la belle violoniste pour ne faire qu’un avec elle, tant au niveau de la pensée que du geste musical afin d’hisser l’œuvre au rang de « concerto symphonique » et non de « simple » « concerto brillant », étant bien sur entendu que dans le premier cas la virtuosité est de mise. Une rare intimité mais aussi une rare ampleur qui n’ont pu que subjuguer.

Brahms, comme il est rare de l’entendre loin de toutes frontières et de tous repères temporels, projeté dans un ailleurs — un ailleurs des plus hypnotiques et des plus masuriens.

Pour clore ce cycle Brahms : Requiem Allemand par Kurt Masur et l’, mercredi 2 juin et jeudi 3 juin à 20h30 à la Basilique de Saint-Denis dans le cadre du Festival de Saint-Denis (27mai-30juin 2004).

Crédit photographique : (c) DR

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Paris.Théâtre des Champs-Élysées. 26-III-2004. Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thème de Haydn opus 56a ; Double Concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur opus 102 ; Symphonie n°2 en ré Majeur opus 73. Violon : Anne-Sophie Mutter. Violoncelle : Daniel Müller-Schott. Orchestre National de France. Direction : Kurt Masur.

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