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Felix Mendelssohn – L’intégrale des trios avec piano

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Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847). Intégrale des trios avec piano : Trio opus 49 en ré mineur pour piano, violon et violoncelle :Molto allegro agitato – Andante con moto tranquillo – Scherzo. leggero e vivace – Finale. Allegro assai appassionato. Trio opus 66 en ut mineur pour piano, violon et violoncelle : Allegro energico e con fuoco – Andante espressivo – Scherzo. Molto allegro quasi presto – Fianle. allegro appassionnato. Trio Parnassus : Wolfgang Schröder , violon, Michael GroB, violoncelle, Chia Chou, piano. Un CD DG Gold, enregistré en septembre 2003, N°MDG 303 1241-2 – durée totale 56’45’’.

 

Felix Mendelssohn - L’intégrale des trios avec pianoOn a souvent reproché à son romantisme trop « raisonnable » et même de représenter un certain classicisme, par opposition à nombre de ses confrères comme Schumann ou Berlioz, qui lui vouaient pourtant une grande admiration. Certes, la clarté, l’harmonie de proportions et l’énergie qui imprègnent son écriture musicale pourraient sous-entendre une prédominance de la raison sur le sentiment, presque une tyrannie de l’équilibre, mais ces a priori s’évanouissent lors d’une écoute attentive de certaines de ses oeuvres et en particulier de sa musique de chambre.

Natif de Leipzig, Mendelssohn mena au sein de cette ville prospère une existence courte, mais heureuse, de notable pétri d’humanisme et bien intégré à la société de son temps. Lorsqu’il fut nommé en 1835 maître de chapelle du célèbre Gewandhaus, il se trouva confronté à un public cultivé et connaisseur, issu en majeure partie de la bourgeoisie, et pour lequel la pratique musicale jouait un rôle important. La musique de chambre qui fut souvent réservée, à l’époque baroque, au cercle restreint des salons et à une élite plutôt aristocratique, vit aux XVIIIème et XIXème siècles son auditoire s’élargir et se « démocratiser », si l’on peut dire, dans la mesure où l’art musical n’était plus un amusement superficiel, mais se trouvait plus étroitement lié à la raison, à la culture, au bon sens et au monde des affaires.

Mendelssohn a pratiqué tous les styles du genre, mais on note une évolution très marquée entre ses premières oeuvres, où le piano joue un rôle prédominant, et celles plus tardives, où il privilégie les instruments à cordes. Dans le Trio Opus 49 en ré mineur, on perçoit encore nettement le rôle majeur du piano. La première audition en fut donnée le 1er février 1840 à Leipzig, dans le cadre d’une « Soirée Musicale ». Le compositeur tenait la partie du piano, Ferdinand David, premier violon de l’orchestre du Gewandhaus, celle du violon et Carl Wittman était au violoncelle. Le succès fut retentissant, et Schumann dit à propos de cette oeuvre qu’elle était « le meilleur trio contemporain, (…) une très belle composition qui, après des années, réjouira encore des générations entières ». Il écrira encore : « Mendelssohn est le Mozart du XIXème siècle, le musicien le plus intelligent qui perce le mieux à jour les contradictions de l’époque et le premier qui les réconcilie ».

L’œuvre ne tarda pas à être inscrite au répertoire des salles de concert et fut aussi beaucoup jouée dans les salons privés. C’est en décembre 1845 qu’eut lieu, également à Leipzig, la première du Trio opus 66 en ut mineur dédié à Louis Spohr. Bien qu’il semble que le compositeur n’ait pas été totalement satisfait de son oeuvre, l’écriture musicale en est pourtant différente, assez nouvelle. En effet, elle s’ouvre sur un « premier mouvement symphonique » tandis que l’andante est caractérisé par beaucoup d’ampleur et de profondeur. Le troisième mouvement, plus représentatif du style habituel de Mendelssohn, a un finale inspiré du choral « Vor deinem Thron tret ich hiermit », une mélodie du psautier genevois du XVIème siècle. Ce trio avec piano fut composé à la même époque que l’oratorio Elias, à un moment où la religion se trouvait au centre des préoccupations du compositeur.

L’interprétation que nous livre aujourd’hui le Trio Parnassus, fondé en 1982, est proche de la perfection. Equilibré et précis, certes, mais aussi passionné et fervent, leur jeu met en lumière cette ambivalence douloureuse qui traverse l’oeuvre de Mendelssohn et le retiendra toujours au bord de l’abîme où Schumann et Brahms se jetteront avec délices. Pourtant, au détour de certaines pages, et en particulier, dans l’opus 66, le drame pointe son visage poignant et le déchirement des grands romantiques tourmentés n’est pas loin. On peut donc remercier chaleureusement ces formidables musiciens de nous avoir fait entrevoir le désespoir chez le grand Felix et saluer aussi la royale sonorité de leurs instruments et l’insatiable curiosité, doublée d’éclectisme, qui les fait enregistrer aussi bien les trios d’Edouard Lalo, d’Ernest Bloch, de Joseph Haydn, que la Sonate de chambre de Hans Werner Henze. Un disque à recommender sans aucune réserve et à écouter sans modération.

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