Du côté de chez Hahn

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Reynaldo Hahn. Premières Valses, Portraits de Peintres, Orient, Sonatine, en Ut Majeur. Laure Favre-Kahn, piano. Pro Piano Records, réf. PPR 224538.

 

Du côté de chez HahnC’est aujourd’hui encore surtout par ses mélodies que l’on connaît . Ces six pièces charmantes, pleines de l’élégance et du raffinement des salons de la Belle Epoque, ne sont pas sans rappeler les peintures faites de cette société mondaine par Proust. On connaît en effet les affinités — et plus encore ! — qui liaient Hahn et le grand homme de lettres. C’est de l’époque de leurs relations amoureuses que datent les Portraits de Peintres enregistrés sur le présent Cd. Inspiré par les poésies homonymes de Proust, ce cycle, bien que chronologiquement le premier composé de ceux que l’on peut entendre dans cette nouvelle publication, est certainement le plus intéressant. Hahn réussit à retranscrire à merveille l’atmosphère si particulière des œuvres des grands peintres du XVIIe siècle tout en suivant à merveille les évocations proustiennes. La correspondance entre le texte et la musique est parfois confondante. Ainsi, comment ne pas entendre dans la première partie de la pièce intitulée Albert Cuyp ce « soleil déclinant, dissous dans l’air limpide » figuré par des répétitions d’accords légers et modulants dont la régularité est à peine perturbée par une gamme éthérée répondant sans nulle doute au vers « qu’un vol de ramiers trouble comme de l’eau »…

A côté de ce recueil si original, les Premières Valses, de 1898, semblent par contre bien fades. On y retrouve certes le grand talent de mélodiste de , mais point d’œuvre qui ne mérite mieux que le qualificatif de « morceau de salon ». Tout juste peut-on citer le nocturne « A l’Ombre rêveuse de Chopin » qui, bien plus que le Maître polonais, rappelle par son mouvement et ses délicates modulations le Mendelssohn des Romances sans Paroles.

Avec Orient, Hahn succombe à la mode orientalisante alors en vogue. Là encore, on ne peut que louer la beauté mélodique la hardiesse harmonique, (empruntée aux modes arabes en fait) des 6 pièces qui composent le cycle, mais on reste quand-même très loin des géniales trouvailles de Szymanowski quelques années plus tard. Le programme de ce disque s’achève avec la délicieuse Sonatine en Ut Majeur de 1907. Cette pièce dédiée au virtuose Louis Diemer est un joyeux pastiche des époques baroque et classique. On se rappelle à cet égard que Hahn fut le premier à introduire à Paris Don Giovanni et La Flûte enchantée du Maître de Salzburg et qu’il écrivit une opérette tout simplement intitulée Mozart, qui retrace la vie du compositeur. Sa maîtrise de l’écriture classique est évidente, et Hahn s’amuse tour à tour à pasticher Bach (le début du troisième mouvement n’est pas sans rappeler le Concerto italien), Haydn et bien sûr Mozart. Le premier thème du mouvement initial semble même préfigurer par sa joyeuseté contagieuse et sa rythmique si particulière… Poulenc !

La jeune pianiste , que d’aucuns ont déjà pu apprécier tant au concert qu’au disque (chez Arion et plus récemment Transart), signe avec ce Cd sa première collaboration avec le label New-yorkais Pro Piano Records. Son jeu, franc et précis dans la Sonatine, sa sonorité riche en couleurs dans les Portraits de Peintres et son attention portée à la caractérisation de ces pièces méritent toutes les louanges. Elle s’impose sans équivoque comme l’une des jeunes pianistes françaises les plus prometteuses du moment.

Quant au programme, on ne saura que louer l’initiative du label New-yorkais Pro Piano Records. Non content de nous faire découvrir de nouveaux talents, tels l’excellente Esther Boudiardjo ou encore Sergei Babayan, ce label poursuit son exploration des répertoires rares, comme ce fût déjà le cas avec la Java Suite de Godowsky. Qui plus est, la qualité de l’enregistrement est plus qu’honorable, ce qui ne gâche rien.

La finesse de jeu de la pianiste ajoutés à la diversité des ambiances des cycles présentés, font de ce disque la meilleure approche actuelle de l’œuvre pianistique de Reynaldo Hahn, bien plus encore que le recueil Le Rossignol éperdu enregistré il y a quelques temps par Earl Wild (Ivory Classics). Chaudement recommandé donc, en particulier pour les mémorables Portraits de Peintres !

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.