Banniere-ClefsResmu-ok

Antonio piu furioso !!

À emporter, CD, Opéra

Antonio Vivaldi. Orlando finto pazzo. Opéra en III actes, livret de Gracio Braccioli, 1714 RV 727. Antonio Abete, Orlando. Gemma Bertagnolli, Resilla. Marina Comparato, Tigrinda. Sonia Prina, Origille. Manuela Custer, Argillano. Martin Oro, Grifone. Marianna Pizzolato, Brandimarte. Chœur du Théâtre Regio di Torino. Claudio Marino Moretti, chef de chœur. Orchestre de l’Academia Montis Regalis, direction, Alessandro De Marchi. Production Opus 111, 3 CD, Naïve réf : OP30392, 2004.

 

Antonio piu furioso !!La Musique — merveilleuse machine à remonter le temps — nous emmène ici en 1714, dans l’une des 130 loges du théâtre San Angelo, afin de découvrir le premier des opéras de la production prolifique — mais méconnue — d’. De part sa virtuosité violoniste, le compositeur est encore associé à son opus 8 et aux nombreux concertos pour instruments que pour ses écritures lyriques. C’est grâce à la bibliothèque de Turin où sont conservées la plupart des œuvres signées par le prêtre roux (49 livrets), que les prospections ont pu remettre à jour ces splendides redécouvertes que nous ne nous lassons pas d’écouter.

Cet Orlando est une des plus remarquables productions vénitiennes. En 1714, nous ne sommes plus à l’apogée du luxe et des représentations diplomatiques qui donnaient à Venise la reconnaissance d’être une capitale culturelle des plus modernes et plus prestigieuses du moment car c’est maintenant Naples qui brille — notamment avec Scarlatti. Vivaldi trouve une place royale dans la République de Venise avec son librettiste de prédilection Grazio Braccioli (la saison précédente les avaient portés aux nues avec Orlando Furioso — avec la signature apocryphe de Giovanni Maria Ristori ). Que dire des grands chanteurs qu’ils choisissent ? Ils sont au plus haut niveau de leur art car la grande Margherita Gualandi pour Ersilla, Anton Francesco Carli pour Orlando et le castra le plus prestigieux du moment — Andrea Pacini pour le rôle d’Argillano — leur assureraient un succès extraordinaire. C’est peut-être le modernisme de l’écriture que le public bouda en son temps ?

Nous sommes ici à l’écoute d’un travail sensationnel qui marie l’Histoire, l’amour de la musique et un professionnalisme sans équivalent. Que se soit du côté de l’orchestre comme des voix, c’est un véritable régal qui force le respect. dirige l’Academia Montis Regalis depuis 1999 avec un réel sens artistique baroque. Le choix d’ pour l’interprétation d’Orlando n’est évidemment pas un hasard, c’est un des chanteurs les plus prisés du moment dans le répertoire de l’incontournable XVIIe siècle. Pour cette création, avoir pu réunir aussi Gemma Bertagnolli et (elle connaît déjà le feeling du Maître de cérémonie avec sa prestation dans la précédente mise en musique comme Juditha) sont comme pour Vivaldi, des morceaux de Roi. N’ayant — heureusement — plus de castra à notre époque c’est le haute-contre Martin Oro qui tient le rôle de Grifone. Le choix de jouer sur des instruments d’époque peut susciter la polémique mais dans ce modèle de production c’est un choix qui nous engage, au moins déjà, dans une réflexion de perfectionnisme visant un idéal exquis.

L’écriture permet aux instrumentistes et aux chanteurs de posséder un panel d’improvisations de vocalises et d’expressions musicales qui changent radicalement notre idée de l’opéra baroque de la mode vénitienne en cette période historique. La notice qui accompagne cet enregistrement est riche en révélations musicales. Elle fait une mise à jour sur les préjugés et tous les écrits sur Vivaldi. Le label « Opus 111 » a entrepris un travail phénoménal en prêtant un crédit à toutes les re-créations proposées. Dans le troisième Cd, quelques délicieuses surprises nous attendent car elles nous offrent des alternatives aux différentes versions des airs de la plume du grand Maître de Venise.

Le libretto est une intrigue où l’amour, le rire, et l’univers extravagant donne à cet opéra une plus grande dimension que le premier Orlando ; Ersilla magicienne d’un monde féerique, amoureuse de Brandimarte, mentor d’Orlando, sera abusée par le jeu de fou qu’Orlando utilise pour arriver à ses fins, renverser la puissance d’Ersilla. Dans un décor luxuriant de beauté on rêve aisément à un metteur en scène de la trempe d’un Peter Brook pour en réaliser un spectacle mémorable.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.