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Carlos Kleiber (1930-2004), disparition du chef d’orchestre

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Déjà légendaire de son vivant, par son excellence dans un répertoire très restreint dans lequel il était inégalable et par son extrême rareté, le chef d’orchestre autrichien , né le 3 juillet 1930 à Berlin, est mort le 13 juillet en Slovénie, à Konjsica, pays natal de sa mère et de son épouse, disparue en décembre dernier.

Le fils du grand Erich Kleiber (1890-1956), qui avait à Berlin dans les années vingt créé les grands chefs-d’œuvre que sont « Wozzeck » d’Alban Berg et « Jenufa » de Janacek, s’était fait un prénom dans la direction d’orchestre malgré l’opposition de son père qui voulait faire de lui… un chimiste. Mais, précisément, jamais aucun chef n’a su distiller comme lui la chimie des valses, marches, polkas, galops et autres csardas de la dynastie des Strauss de Vienne, ni porter plus haut la pâtisserie sentimentalo-viennoise du « Chevalier à la Rose » du bavarois Richard Strauss. Personnage secret, fantasque et imprévisible, ayant la réputation de ne diriger que quand son portefeuille était vide et d’annuler aussi facilement des projets échafaudés à coup d’exigences, artistiques il est vrai, Kleiber n’aura guère dirigé qu’à Vienne, Munich et Berlin, un peu aussi à New York et au Japon. Le reste du monde l’a attendu en vain…

L’ayant beaucoup vu et entendu diriger au Bayerische Staatsoper de Munich, on garde de lui le souvenir d’un chef d’une suprême élégance physique avec une silhouette droite et élancée, à la battue d’une extrême précision et efficacité. Il avait le don de manier dans les mouvements de valse, autant au premier degré comme dans « Die Fledermaus » de Johann Strauss que dans la parodie avec « Der Rosenkavalier » de Richard Strauss, l’indispensable rubato qui laissait souvent l’auditoire au bord du vertige. Son sens dramatique n’était pas moindre comme on pouvait l’entendre quand il dirigeait « Otello » de Verdi ou « Tristan » de Wagner. D’un instinct infaillible dans le choix des interprètes, il pouvait sur la première scène lyrique bavaroise qui, à l’époque de l’intendance de Wolfgang Sawallisch, était prête à tous les sacrifices pour l’avoir dans la fosse, aligner des distributions somptueuses qui lui étaient fidèles pendant de nombreuses saisons. Comme pour « Die Fledermaus » avec Julia Varady, Eberhard Waechter, Lucia Popp ou encore ce merveilleux trio du « Der Rosenkavalier » dans la luxueuse et splendide production créé à Munich pour les Jeux Olympiques de 1978 par Otto Schenk et Jürgen Rose (qui n’a jamais quitté l’affiche depuis), composé de Gwyneth Jones, Brigitte Fassbaender et Lucia Popp, et dans le rôle du Baron Ochs, Hans Sotin ou Kurt Moll. De même il n’a dirigé à Munich « La Bohème » de Puccini qu’avec Mirella Freni et Luciano Pavarotti et « Otello » de Verdi dans lequel il soulevait l’orchestre comme les houles de la mer avec Margaret Price et Plácido Domingo ! Seul regret de festivalier, ce « Wozzeck » qu’il aurait du diriger en 1983 à Munich et où, sous prétexte d’un changement de musiciens de l’orchestre en cours de répétition, il s’était désisté au profit de Gary Bertini. L’ombre paternelle était-elle trop lourde pour cet ouvrage qu’il n’a finalement jamais dirigé ?

Heureusement sa discographie officielle n’est pas si mince avec chez Deutsche Grammophon un « Tristan et Isolde » de Wagner au bord de l’hypnose avec la Staatskapelle de Dresden, Margaret Price, René Kollo, Brigitte Fassbender et Dietrich Fischer-Dieskau et surtout un « Freischütz » de Von Weber inégalé avec Dresden également, Gundula Janowitz, Theo Adam, Berndt Weinkel et Peter Schreier une « Chauve-Souris » parfaite et une « Traviata » de légende avec Ileana Cotrubas, Plácido Domingo et Richard Milnes. Plus récemment Orfeo a publié une « Symphonie Pastorale » de Beethoven dirigée le 7 novembre 1983 à la tête du Bayerisches Staatsorchester, l’unique Sixième qu’il ait jamais dirigée et probablement la parution symphonique la plus excitante de l’année (en déplorant que la Quatrième ne soit plus disponible chez le même éditeur). Au DVD, il faut absolument connaître (Deutsche Grammophon/Universal) sa « Chauve-Souris » de Munich, son « Chevalier à la Rose » de Vienne avec Felicity Lott, Anne Sofie von Otter, Barbara Bonney et Kurt Moll (1994) en attendant celui de Munich qui avait déjà été édité sur Vidéo Laser Disc ainsi que le Concert du Nouvel An à Vienne de 1989, au risque de n’en apprécier ensuite plus jamais aucun autre.

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