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La symphonie des chefs, par Robert Parienté. 2004. Editions de La Martinière. 811 pages. (Voir qui est Robert Parienté en fin d’article)

 

Éditions de La Martinière

La partition de cette «Symphonie des chefs» contient «tout simplement» une étude biographique passionnante relative aux plus grands maestros du XXème siècle, voire du XIXème. Si la toute première partie est consacrée aux Maîtres du passé, tels, entre autres, Toscanini ou Furtwängler, Mahler ou Walter, Munch ou Monteux, Klemperer ou Karajan, Bernstein ou Ansermet, qui, à l’évidence, n’ont pu être interviewés par l’auteur, mais dont les monographies abondent par ailleurs, le reste, très copieux, est consacré à plus de 70 maestros, y compris les «maestras», qui, lors de la rédaction de ce livre, étaient bien vivants et en activité, pour la très grande majorité.

Pour ces derniers, l’analyse biographique et artistique est, la plupart du temps, déduite d’interviews des intéressés eux-mêmes. Quand, rarement il est vrai, certains ne furent pas accessibles, l’auteur s’est entretenu avec des musiciens, des amis, des collaborateurs ou des parents qui les avaient approchés de très près. Avec des citations entières de passages de ces entretiens, nombreux et bien conduits. Ces interviews se sont déroulés, pour la plupart, en 2002, et en 2003 pour quelques uns. Dans ce cadre, Parienté s’est entretenu avec plus de 100 personnes, ce qui est remarquable compte tenu de sa «spécialité», qui n’a rien à voir avec la musique. Et il lui a fallu beaucoup de patience, d’obstination et de relations pour obtenir tous ces rendez-vous.

Le «prélude», plus qu’une préface, est de , que l’auteur a eu le bonheur de rencontrer, avant son décès en 2003. Robert Parienté a pu s’entretenir avec la plupart des plus grands qui, comme d’autres d’ailleurs, l’ont remarquablement reçu. Nous aimerions citer, entre autres, mais excusez du peu, Boulez, Harnoncourt, Haitink, Jansons, Ozawa, Davis, Gardiner, Rattle, Giulini – oui ! Giulini ! – Abbado, Muti, Chailly. Les citer tous serait fastidieux, mais il faut signaler particulièrement le chapitre relatif à tous les chefs étrangers qui ont été ou sont encore directeurs musicaux en France, tels, entre autres, Janowski, Chung, Eschenbach, Sawallisch ou Masur.

La grande lueur à l’Est cite, en bonne place, Mravinski, décédé en 1988, «les» Sanderling, Svletanov, Gergiev, Slava ou ceux de Bohème. De même que les «maestras», telles , ou . Sans oublier l’annonciatrice, . Les scandinaves – les étoiles du nord – sont bien représentés, de même que les prophètes ou les exilés, ou certains «oubliés». Les chefs français sont hélas nombreux dans ce chapitre. Enfin, un chapitre entier est consacré à l’art du baroque, avec Christie, Hogwood, Malgoire, Rousset ou Minkowski. La plupart de ces géants de la connaissance musicale dévoilent leur cursus, plus ou moins précoce, plus ou moins facile. Ils parlent souvent de ceux qu’ils ont eu la chance de rencontrer, au bon moment, et qui leur ont fait confiance. Ils parlent bien sûr de la conception de leur art, mais aussi de leur famille, de leur carrière à venir, de leurs bonheurs ou de leurs déceptions. Si nous les voyons à la fois comme d’immenses artistes et comme possesseurs incomparables de leur métier, nous les voyons aussi comme des humains tout court.

Si Parienté, sans compromission, a l’art d’éviter les sujets qui fâchent, il nous laisse entrevoir quelques rancœurs ou quelques critiques. Mais, généralement, c’est la passion et l’admiration qui les animent. Grâce à ces entretiens bien menés, tous nous parlent de leur approche de la direction d’orchestre. Malgré cette diversité dans la conduite des musiciens avec lesquels ils travaillent, tous convergent vers le même but, inaccessible pour ces insatisfaits : la volonté de perfection, dans leur vision de l’interprétation du chef-d’œuvre. Et si l’on peut reprocher quelques «défauts» à Parienté, entre autres le côté répétitif de la présentation de chaque maestro, sa passion exacerbée pour les symphonies de Mahler, ou, à la fin de chaque entretien, la question systématique de «l’île déserte», l’on peut aussi considérer que ce ne sont là que des défauts mineurs. Enfin, un grand nombre de photos, en noir et blanc, viennent illustrer cette grande et remarquable fresque.

Qui est l’auteur ? Pendant 40 ans, Parienté, né en 1930, a été un des piliers les plus solides du…. journal sportif «L’EQUIPE», à partir de 1954. Il en a gravi tous les échelons : chroniqueur d’athlétisme, chef de rubrique, rédacteur en chef, directeur de rédaction. Il est l’auteur de «La fabuleuse histoire de l’athlétisme», de «La fabuleuse histoire des Jeux Olympiques», et d’une splendide rétrospective de «l’Equipe» de 1946 à 1996. Sa mémoire des événements sportifs, de l’athlétisme mondial notamment, a toujours été réputée comme étant extraordinaire. Mais, grâce à ce livre, on apprend qu’il est aussi un fabuleux mélomane, passionné et compétent, depuis son adolescence.

D’ailleurs, dans les années 60, il avait mené, en compagnie de Marcel Hansenne, ancien grand champion de demi-fond, des chroniques musicales dans l’Equipe. Lui s’occupait du classique, et Marcel Hansenne, du jazz. Cet ouvrage démontre aussi que Robert Parienté possède une grande culture dans de nombreux autres domaines, notamment dans ceux de la littérature et du maniement de la langue, puisque son ouvrage est remarquablement écrit.

Donc, un ouvrage original, de par son contenu et de par son auteur.

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La symphonie des chefs, par Robert Parienté. 2004. Editions de La Martinière. 811 pages. (Voir qui est Robert Parienté en fin d’article)

 
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