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Trois visages de Balanchine à Toulouse

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 30-X-2004. Ballet du Capitole, Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Fayçal Karoui. Thème et Variations (1947), musique de Piotr Illitch Tchaïkovski, Apollon Musagète (1928), musique d’Igor Stravinsky, Slaughter on 10th Avenue (1968), musique de Richard Rodgers, arrangements de Hershy Kay ; chorégraphies de George Balanchine réalisées par Nanette Glushak et Susan Hendl ; lumières : Paul Heitzmann.

Apollon Musagète / Vincent Gros (Apollon)  - Photo (c) Patrice Nin

Après quinze mois de travaux et une saison entière hors les murs, le Théâtre du Capitole vient de rouvrir ses portes au public toulousain. On retrouve avec bonheur les lieux après un second lifting (la salle et le bâtiment avaient été refaits à neuf en 1996). Cette fois c’est la machinerie qui a été mise à jour de la technologie la plus moderne, le plafond surélevé et le plateau abaissé de quelques centimètres, permettant une amélioration de la perspective. Les coulisses aussi ont été réaménagées et modernisées. Bref, un de nos meilleurs théâtres français remis quasiment à neuf ! Pour fêter dignement cette réouverture, Nicolas Jœl, Directeur artistique du théâtre a choisi de mettre en scène pour la première fois à Toulouse « Jenufa » lire l’article dans nos colonnes et de faire suivre ces représentations par un hommage au chorégraphe américain dont on fête cette année le centenaire de la naissance. Ainsi, le Ballet réintègre son théâtre et peut à nouveau bénéficier de l’accompagnement du superbe Orchestre du Capitole dans la fosse, dirigé pour ces représentations par , avec Thème et Variations, Apollon Musagète et Meurtre sur la 10 e Avenue, soit trois visages très contrastés de l’art du maître du néoclassicisme américain.

Quel bonheur que ce Thème et Variations, véritable hommage du maître américain, né pétersbourgeois, à Marius Petipa son père spirituel ! Réglé en 1947 à New York sur le dernier mouvement de la Suite n°3 en sol majeur, opus 55 de Tchaïkovski et intégré en 1970 à cette même Suite chorégraphiée dans sa totalité sous le nom de Tchaïkovski Suite n#3, il s’agit d’un véritable concentré de tout ce qui fait la saveur de la trilogie classique de Petipa et Tchaïkovski. Balanchine y cite même dans plusieurs des variations La Belle au Bois dormant et la Polonaise finale rappelle fort celle du Lac des Cygnes. Sur un simple fond bleu ciel, le bleu Tiffany tout simplement, avec deux lustres de cristal pendant des cintres, seize danseurs merveilleusement disciplinés et rompus à la technique balanchinienne déclinent avec beaucoup de chic et d’élégance ces douze variations tandis que les solistes, qui vient d’être nommée première soliste et ce soir là (chaque spectacle du Ballet de Toulouse comporte une double distribution), en assurent avec grande virtuosité les solos. Avec Apollon Musagète (Apollon conducteur des muses), c’est le visage néoclassique de Balanchine que l’on découvre, celui d’une modernité absolue dans sa seconde collaboration en 1928 avec Stravinski (après Le Chant du Rossignol) qui influença durablement l’écriture chorégraphique au XXe siècle. Le Ballet du Capitole en donne la version complète avec le Prélude et , premier soliste, bel athlète au charisme indéniable, est un Apollon convaincant qu’entourent, fascinées, ses trois muses Paola Pagano (Terpsichore), Juliana Bastos (Polymnie) et Lucille Robert (Calliope). C’est , Directrice de la Danse et élève de Balanchine, qui a réglé dans un respect total de la technique et des traditions ces deux chorégraphies avec l’accord du Trust.

Slaughter on Tenth Avenue qui complétait ce triptyque est encore une autre facette du Maître, celle du collaborateur de Broadway qui régla les chorégraphies de quatre musicals de Rodgers and Hart, montré – sauf erreur – pour la première fois en France, a déchaîné l’enthousiasme du public toulousain. Meurtre sur la 10 e Avenue est un extrait de la comédie musicale On your Tœs que le Royal Festival Hall de Londres a remonté l’an dernier (voir article sur le site) avec le danseur Adam Cooper connu du grand public pour avoir incarné Billy Elliot adulte à la fin du film éponyme et des initiés comme le Prince Siegfried dans le très provocateur Swan Lake de . Le musical parodique de Broadway et du Ballet soviétique créé à Broadway en 1936, dont Balanchine lui-même avait réglé les deux immenses ballets qui finissent chaque acte, a donné lieu à une réduction de la scène finale qui se passe dans un cabaret new-yorkais, créée en 1968 au New York State Theater. Susan Hendl, une des administratrices du Balanchine Trust, a remonté ce savoureux final tragi-comique dans lequel un danseur russe commandite à un gangster l’assassinat d’un danseur de claquettes. L’Italien Luca Massala, premier soliste, passe avec une aisance déconcertante des rôles de prince charmant au swing parfait d’un danseur de claquettes et sa partenaire Frédérique Vivan est impayable dans le rôle de la strip-teaseuse. L’Orchestre du Capitole aussi change de casquette pour offrir une performance digne d’un grand orchestre de jazz sous la direction vivifiante de . Une grande soirée en hommage à l’art du plus sophistiqué des chorégraphes.

Crédit photographique : (c) Patrice Nin (, Apollon) et Patrick Riou (Meurtre sur la 10ème Avenue)

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 30-X-2004. Ballet du Capitole, Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Fayçal Karoui. Thème et Variations (1947), musique de Piotr Illitch Tchaïkovski, Apollon Musagète (1928), musique d’Igor Stravinsky, Slaughter on 10th Avenue (1968), musique de Richard Rodgers, arrangements de Hershy Kay ; chorégraphies de George Balanchine réalisées par Nanette Glushak et Susan Hendl ; lumières : Paul Heitzmann.

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