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Ludwig van Beethoven/Franz Liszt. Symphonie N° 9 en ré mineur op. 125 transcrite pour piano. Konstantin Scherbakov (piano). 1 CD Naxos réf : 38. 557366. Livret bilingue (anglais-allemand). TT : 65’03.

 

Par ce volume 21, Naxos continue avec succès son intégrale de l’œuvre pour piano de Liszt, pour l’heure seule rivale à l’intégrale très remarquée de chez Hyperion qui compte elle 57 disques. Naxos a préféré confier les divers volumes de cette vaste entreprise, regroupant plus logiquement les œuvres par thème et non chronologiquement, à différents pianistes. Ce n’est en soi pas une mauvaise idée, d’autant que nous ont ainsi été révélés des interprètes fort intéressants comme Valérie Tryon, Philip Thomson, Yung Wook Yoo, Oxana Yablonskaya, Arnaldo Cohen et, donc, a qui est imparti l’enregistrement des transcriptions des symphonies de Beethoven (manquent encore les n° 7 et 8).

En tant qu’intégrale, cette série à prix réduit concurrence très bien celle d’Hyperion à prix fort, les pianistes précités apparaissant dans l’ensemble plus engagés et imaginatifs que , sobre et probe mais souvent un peu prudent. Par contre, le choix du sévère et parfois cassant Jenö Jandó pour interpréter les grands cycles (Années de pèlerinage, Etudes d’exécution transcendantes, Rhapsodies hongroises) ne s’imposait peut-être pas, le pianiste-à-tout-faire de la marque affrontant une concurrence chargée et autrement subtile. Ajoutons que les textes, seulement en anglais et en allemand dans ce volume, sont corrects sans être toutefois aussi exhaustifs que ceux, remarquables, d’Hyperion. Pour une discothèque de base, le mélomane moyen pourra donc s’en tenir aux anthologies à prix maintenant réduit de Claudio Arrau ou Jorge Bolet, sans oublier les versions isolées de Cziffra, Berman, Horowitz, Ciccolini et autres. Mais pour les « à-côtés », l’intégrale Naxos propose des versions toujours intéressantes d’œuvres peu enregistrées.

Cela est particulièrement vrai de ces transcriptions des symphonies de Beethoven. À une époque où n’existaient ni disque ni radio (et même pas la télé, mais comment faisaient-ils ?) la seule façon de pouvoir avoir de la musique chez soi était… tout simplement d’en jouer. Ainsi fleurirent les arrangement, fantaisies et autres pots-pourris sur les opéras ou les symphonies à la mode qui hantent aujourd’hui encore les greniers des grands-mères et les étalages des bouquinistes. Quel pianiste amateur n’a pas un jour planché sur les arrangements de symphonies de Beethoven par Charles-René ? Le propos de Liszt est bien sûr tout autre. Il ne s’agissait pas tant de mettre des chefs-d’œuvre à la portée de tous que de pouvoir jouer lui-même en concert ces symphonies, souvent encore trop difficiles pour les orchestre de province. Inutile alors de dire quel niveau technique demandent ces transcriptions, ni qu’elles dépassent de très loin le pur exercice utilitaire.

C’est en fait à une véritable radiographie de la partition que nous assistons, Liszt ayant parfaitement respecté la moindre ligne du texte ; plus, même, il a également essayé de rendre par les artifices de son écriture les couleurs et effets de volume de l’orchestre idéal qu’était pour lui le piano. Le Scherzo de cette 9° symphonie est une remarquable exemple de ce travail : chaque entrée du fugato est claire comme rarement à l’orchestre, les accents rythmiques bondissent avec une netteté et un élan incroyable. Partition en main, on a ainsi l’impression étonnante d’absolument tout entendre, le piano mettant toutes les voix sur le même plan sans pourtant sacrifier le dynamisme d’ensemble. Il faut dire que est époustouflant de maîtrise dans la construction comme dans le détail, d’une lisibilité totale. La prise de son, très claire, sert d’ailleurs bien son jeu même si les basses manquent de rondeur. Les deux premiers mouvements sont à ce titre assez fascinants, la clarté du jeu et la qualité de la réduction donnant l’impression de suivre la pensée de Beethoven, non pas réduite à son squelette, mais plutôt mise en lumière par la nudité du piano. Dans l’Adagio molto e cantabile, le piano n’égale bien sûr pas le cantabile des violons, mais Scherbakov sait faire vivre avec beaucoup d’intelligence ses phrasés et jamais l’attention ne retombe. Peut-être est-ce dans le finale que l’exercice est le moins probant, non pas tant par l’absence des voix que par un certain retrait expressif, comme si la volonté de clarté extrême du pianiste tempérait un peu son ardeur naturelle. C’est bien sûr grandiose, mais on a si souvent entendu plus véhément à l’orchestre que cette relative réserve déçoit légèrement. Cependant, en tant qu’intégrale des symphonies de Beethoven transcrites par Liszt, cet ensemble en cours s’annonce déjà comme sans concurrence. Un disque conseillé à tous les amoureux de Beethoven curieux d’entendre cette symphonie sous un jour nouveau, avec l’impression d’en découvrir sous l’épure des détails jusque-là cachés.

Rappel

Symphonies N° 1 et 3. 1 CD Naxos réf. 8. 555354
Symphonies N° 2 et 5. 1 CD Naxos réf. 8. 550457
Symphonies N° 4 et 6. 1 CD Naxos réf. 8. 557170

Mais aussi : Transcriptions de Lieder de Beethoven (dont le cycle À la Bien-aimée lointaine) et Cappriccio alla turca d’après la « Marche Turque » des Ruines d’Athènes. Yung Wook Yoo. 1 CD Naxos réf. 8. 554839

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Ludwig van Beethoven/Franz Liszt. Symphonie N° 9 en ré mineur op. 125 transcrite pour piano. Konstantin Scherbakov (piano). 1 CD Naxos réf : 38. 557366. Livret bilingue (anglais-allemand). TT : 65’03.

 
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