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Mahler/Chailly : Brumes persistantes sur la IXe Symphonie

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°9 en Ré majeur. Enregistré du 14 au 18 juin 2004, Grote Zaal, Concertgebouw, Amsterdam. Royal Concertgebouw Orchestra, direction musicale : Riccardo Chailly. 2 Sacd : Durée sacd 1 : 30’29. Durée sacd 2 : 59’17. Decca. Réf. : 475 6191.

 

Portée aux nues par Alban Berg, visionnaire et expérimentale voire plus audacieuse que bien des œuvres des « modernistes »— Webern, Schönberg et Berg — avec l’Andante comodo initial, la Symphonie n°9 de est une montagne musicale qui repousse les frontières connues de la forme, dans l’esprit et l’intuition des mondes perceptibles par nos sens familiers. Des ivresses tendres du début aux spasmes les plus convulsifs, tout œuvre ici vers l’inéluctable achèvement de la conscience, dans le renoncement absolu et dans la rémission de toute souffrance. C’est un hymne à la vie où la mort est frontalement assumée.

Pour conclusion triomphale, que nous offre ? Une exécution brillante parfois lumineuse et plasticienne, souvent opaque, toujours détaillée presque linéaire. Le chef, à la tête d’une phalange malhérienne indiscutable, achève son intégrale des Symphonies dans cette lecture certes somptueuse côté sonorités et alliances de timbres (les vents frôlent la perfection dans la rondeur habitée), mais dénuée, et c’est là notre déception, d’une franche vision unitaire.

Tenté par l’inconnu, Mahler malaxe le matériau orchestral sans aucune conception classique : la forme sonate est éclatée, mêlée, avec la forme du scherzo et du rondo, les modes mineurs et majeurs y alternent en de terrifiants abysses contrastés. D’un tel foisonnement émancipé, Chailly capte les climats par épisodes ou par intermittence, jamais selon une gradation solide. Le Concertgebouw rugit avec une élégance impériale mais il manque la construction de l’urgence, la nécessité exaspérée, le sentiment de l’irréparable et la résolution de la grâce finale (ici consulter sans délai Bernstein et Abbado, tous deux directeurs du Berliner chez DG). Si Mahler côtoie souvent le vide sidéral, une sorte d’absolu et d’accomplissement qui nous fait traverser le miroir, Chailly se retient toujours. Sa plaine est morne, sans guère d’élévation…. elle reste brumeuse et ses horizons bouchés. « Chant de la Terre » sans paroles (Mahler reprend le motif de l’adieu pour son ultime symphonie), il s’agit d’exprimer le poids et l’expérience de toute une vie afin de mieux la quitter. Hélas, malgré les efforts de Chailly, la contemplation des cimes et la sensation de l’infini – à la manière d’un Caspar Friedrich ou d’un Turner, tous deux également cosmiques —, nous sont refusées : préférez la lecture qu’en donne avec le même orchestre, Bernard Haitink chez Philips. Prenez ensuite, le même chef à la tête du Berliner — 1992, toujours chez Philips — dans l’adagio de la Xe symphonie : vous y suivrez (enfin) la Voie sublime qu’a brossé pour nous, le marcheur infatigable que fut Mahler, avant de s’éteindre.

Alors, décevant Chailly? Pas réellement. Le chef avait pourtant convaincu dans les Symphonies n°2 et 5. Que reste-t-il ici de l’expérience des épisodes précédents? Une sonorité conquise et radieuse (spacialisée/valorisée par la technique SACD) en « travaillant » un orchestre de premier choix… Après tout, ce n’est déjà pas si mal.

Pour vous, « frères mahlériens » : vous pourrez comparer à Bernstein et Abbado, Karajan (sophistiqué mais juste) avec le même Berliner (DG). Mais dans le rayon des « historiques atemporels », délectez vous des versions de Karel Ancerl (Supraphon) et Giulini (DG). Pour toutes les autres lectures légendaires (et il y a en beaucoup), il nous faudrait un dossier complet pour en exposer les inestimables attraits.

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°9 en Ré majeur. Enregistré du 14 au 18 juin 2004, Grote Zaal, Concertgebouw, Amsterdam. Royal Concertgebouw Orchestra, direction musicale : Riccardo Chailly. 2 Sacd : Durée sacd 1 : 30’29. Durée sacd 2 : 59’17. Decca. Réf. : 475 6191.

 
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