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Heinrich Schütz – Histoire de la Nativité

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Heinrich Schütz (1585-1672) : Historia der Geburt Jesu Christi SWV 435 ; Deux extraits des Petits Concerts Spirituels (vol. II) : O Misericordissime Jesu SWV 309 et Sei gegrüsset, Maria SWV 333 ; Magnificat SWV 468 ; Veni Sancte Spiritus SWV 475 ; Alleluja ! Lobet den Herren in seinem Heiligtum SWV 475. Ensemble vocal et instrumental Akadêmia, direction : Françoise Lasserre. Enregistrement 2004. Durée 71’15. 1 CD Zig-Zag Territoires (ZZT 041101 ) distribué par Harmonia Mundi.

 

Parmi les œuvres de l’éminent Kappelmeister de la Cour de Dresde, l’Histoire de la Nativité est, à juste titre, considérée comme l’un de ses chefs-d’œuvre, avec les Passions et le Magnificat : autant de partitions composées dans les dernières années de sa vie. Elles représentent en effet une période où le compositeur ayant de longue date assimilé tradition chorale allemande et les techniques polyphoniques italiennes (à la suite de deux voyages-séjours qu’il effectua à Venise, et bénéficiant ainsi des enseignements de Gabrieli et Monteverdi), il peut livrer la quintessence de son art. Cette Histoire de la Nativité, pleine de fraîcheur et d’allégresse, préfigure, près d’un siècle avant J. S. Bach, ce que sera l’Oratorio de Noël du Cantor de Saint-Thomas, avec ses récits d’évangéliste, continuo et chœurs alternés. Schütz nous propose ici, en prime, les épisodes de la Fuite en Egypte, du Massacre des Innocents et du retour de la Sainte Famille.

Dans un souci d’allégement et de « plus grande fluidité », précise qu’en ce qui concerne le récit de l’évangéliste, elle a privilégié la version primitive (1660), de quatre ans antérieure à celle habituellement considérée comme référence. Or, cette version ignore les cadences de continuo ponctuant chaque récit ; un élément qui ne nous paraît cependant pas dénué d’intérêt. Par ailleurs, au chapitre des détails stylistiques, l’amateur d’interprétations spécifiquement « baroques » (et nos oreilles, aujourd’hui, y sont tellement habituées!), regrettera peut-être que cela ne « pulse » pas autant qu’on pourrait le souhaiter. Et si l’Evangéliste (Jan Van Elsacker) donne à entendre la « belle et claire voix de ténor » recommandée par le compositeur, son phrasé n’est pas exempt d’un rien de maniérisme qui peut agacer. Enfin, dans sa première intervention, l’Ange (Cécile Kempenaers), à la voix réellement angélique, montre toutefois quelque « frilosité » à lancer aux bergers son « Fürchtet euch nicht! » (Soyez sans craintes!), si bien qu’on a le sentiment que c’est elle qu’il faudrait rassurer…. Mais ce qui, surtout, tempère quelque peu notre enthousiasme à l’écoute de cet enregistrement, c’est, semble-t-il, un problème d’ordre technique (question de « balance »?), puisque touchant à la prise de son, car en effet, si les parties instrumentales sonnent toujours magnifiquement (le continuo : orgue, basse de viole et théorbe, flûtes et cornets, en particulier), et si les soli vocaux accompagnés irradient de pureté, le climat s’assombrit dès qu’intervient la polyphonie du chœur (et cela dès le chœur d’entrée), trop en retrait par rapport aux instruments et constituant un plan sonore manquant singulièrement de netteté.

On peut cependant se laisser tenter par ce disque – de circonstances – au programme judicieux et généreux.

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