Hélène Couvert et Beethoven, libre improvisation

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : sonates pour piano n°1 opus 2 n°1, n°13 opus 27 n°1 et n°28 opus 101. Hélène Couvert, piano. 1 CD Zig-Zag Territoires ZZT 041001 (distribué par Harmonia Mundi)

 

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Depuis quelques décennies, l’histoire de l’interprétation souffre d’une certaine popularisation de la musique : que dire actuellement du nombre d’interprètes qui se bousculent sur la scène internationale? Comment s’y retrouver parmi une telle liste de noms, tous en concurrence dans les bacs des disquaires? Heureusement, nos mémoires et surtout nos oreilles peuvent opérer un tri, et bien souvent retiennent naturellement ce qui leur ait apparu comme le plus singulier et le plus marquant. Elles nient toute banalité, et gardent donc le souvenir d’idées nouvelles et parfois pertinentes. Des sonates de Beethoven gravées maintes et maintes fois, de surcroît par les plus grands noms, que reste-t-il à dire? Ce peut donc être un pari fou que d’enregistrer un disque au risque qu’il disparaisse sous les amas d’autres interprétations.

, pianiste française remarquée récemment par un disque Haydn (chez le même éditeur Zig-Zag territoires) marque d’emblée ses idéaux en accouplant trois sonates qui ne figurent pas parmi les plus jouées. Choix inédit que la jeune femme justifie par le caractère improvisé commun aux trois sonates. Et c’est précisément cet élément qui dessert d’un bout à l’autre l’interprétation…. semble avoir enregistré d’un seul jet, insufflant sa propre jeunesse à des œuvres qui semblaient figées. La spontanéité du discours est certes privilégiée par rapport à l’intelligibilité de la forme, mais celle-ci n’est pas pour autant négligée. On a déjà entendu des sonates plus claires, précises (fugue de la sonate opus 101 un peu écrasée par la densité du son), intellectuelles mais en rien elles n’avaient une assurance et une force de conviction pour autant supérieures… La pulsation n’est certes pas toujours stable, mais la nervosité mise en œuvre, apparaît et c’est rarement le cas, comme un élan d’euphorie plus qu’un acharnement à ciseler les contrastes.

Boucourechliev, dans son magnifique Essai sur Beethoven, décrit Beethoven comme « un laboureur acharné du temps musical » ; fait du laboureur un homme heureux. Une interprétation neuve donc, et émancipée de certains reçus, transcende l’homme libre et romantique chez Beethoven, autant qu’elle avait magnifié le fantaisiste chez Haydn.

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