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Laure Favre-Kahn : Une grande cantatrice du piano

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Laure Favre-Kahn. Quinze Valses de Chopin. Concert public enregistré en août 2002 au Grand Théâtre de Reims (Flâneries Musicales d’été). Transart Productions. 1 CD : 56’13 DDD 2004. (Réf. TR 123).

 

C’est avec passion et fougue mais aussi avec rigueur que se mesure aux Valses de Chopin. Lorsque l’on évoque ces Valses, le nom de Dinu Lipatti surgit à la mémoire de tout mélomane auquel s’ajoutent quelques enregistrements restés légendaires. Que peut-on rajouter à ces pièces maintes fois gravées, mille fois entendues ? Qu’elles font partie du patrimoine pianistique mondial ? Dans un autre ordre d’idées, on pourrait soutenir que les «intégrales» comptent maintenant dix-neuf Valses ! Là n’est pas la question, on s’en doute. Qu’offre ce récital ? Que du bonheur et c’est chose si rare.

La jeune pianiste , née à Arles en 1976, est récipiendaire du premier prix au Concours International ProPiano à New-York en 2001. La même année, elle donne son premier récital au Carnegie Hall. Sur cette lancée, elle enregistre pour le label ProPiano Records, en mars 2003, un premier disque, consacré à Reynaldo Hahn. Un deuxième suivra. Mais l’artiste a aussi enregistré pour la maison Transart Live : Les Pièces pour piano de Rachmaninov en 2002, dont la Deuxième Sonate, et ce second disque consacré aux Valses de Chopin. Ainsi, elle assume ses affinités électives dans un parcours cohérent où l’on reconnaît le vrai tempérament de l’artiste.

L’art chopinien exige les ombres et les lumières, les murmures discrets et les bourdonnements qui semblent convenir à la pianiste. Elle dévoile tout son talent dans un jeu pianistique fluide qui se veut résolument moderne. Il y a une telle liberté, un tel élan romantique – une témérité même qui nous prend en entier tout au long de ce concert, une virtuosité aussi mais dans le caractère et dans la finesse des nuances données à chacune de ces pièces – que cette aventure devient un parcours essentiel. S’agit-il de faire un nouvel arrangement floral de ces miniatures ? De la disposition originale naîtrait ainsi d’autres affinités, une autre sensibilité ? Est-ce la façon de les présenter plus que de les jouer qui fait le suc de ce concert ? De ces miniatures, la pianiste a éliminé quelques Valses posthumes, sauf la dernière donnée en rappel. Elle encadre ainsi par la Valse en la mineur, op. 34 no. 2 et la Valse en la mineur, op. posthume (1830) les autres pièces formant un cycle. Cela est frais comme une improvisation. Chez certains, tout semble fabriqué, manufacturé ; au contraire la jeune pianiste captive son auditoire, ne lui laissant aucun répit par son jeu éblouissant. Il y a une nervosité et une exaltation qui se dégagent par les envolées lyriques et transforment ces pièces si familières en découvertes. Comment ne pas évoquer le rubato ? – si cher à Chopin – les nuances sont bien découpées, tout est galbe et souplesse, enfin, tout est fait avec finesse. Certains passages étirés, des ralentissements prolongés, des silences aussi, tout cela met en évidence le jeu de la pianiste. Elle réussit à faire ressortir la poésie inhérente aux pièces. Il y a concentration et fluidité, toutes les pages sont rendues avec justesse. Quelle est la qualité première de cette artiste ? Laure Favre-Kahn est une séductrice. Elle chante ces pièces en grande virtuose du piano. Chopin lui-même ne disait-il pas : «Il vous faut chanter si vous voulez jouer du piano». La cantatrice éblouit son public, irrésistiblement, l’amène avec elle jusqu’au bout du parcours.

Car ce qui frappe dans le jeu de Laure Favre-Kahn, c’est son art de faire varier au plus fort les intensités de la musique, ce flux et reflux, dans les moindres détails. En fait, il s’agit peut-être moins de virtuosité ou de technique que de fluidité de son jeu, ce qui n’est aucunement en contradiction avec la rigueur que toutes ces pièces exigent.

À l’instar d’Alfred Cortot, la pianiste devient l’auteur même de la musique qu’elle interprète. Valses connues, certes, mais à redécouvrir sous la palette de couleurs sonore de Laure Favre-Kahn. Un art puissant, vivant et passionné.

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Laure Favre-Kahn. Quinze Valses de Chopin. Concert public enregistré en août 2002 au Grand Théâtre de Reims (Flâneries Musicales d’été). Transart Productions. 1 CD : 56’13 DDD 2004. (Réf. TR 123).

 
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