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Paris. Salle Gaveau. 24-I-2005. Leos Janacek (1854-1928) : Dans les Brumes. Claude Debussy (1862-1918) : Estampes ; les Collines d’Anacapri et Feux d’Artifices (extrait des Préludes). Johannes Brahms (1833-1897) : Intermezzo opus 117 n°2 en si bémol mineur ; Capriccio opus 76 n°2 en si mineur ; Rhapsodie opus 79 n°2 en sol mineur. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°23 « appassionata » en fa mineur opus 57. Ivan Moravec, piano.

La prestigieuse série piano**** permet depuis plus de 20 ans déjà d’entendre dans deux salles parisiennes (Châtelet et Gaveau) les plus grands noms du piano. Ce lundi 24 janvier 2005, offrait à une salle Gaveau à moitié vide un récital dont les contrastes du programme impliquaient à priori des divergences d’interprétation et de style qui malheureusement ont fait cruellement défaut au pianiste tchèque. Si l’on pouvait apprécier un art de la demi-teinte et de la suggestivité dans une première partie au service de l’impressionnisme, la clarté du son, le manque total du légato, d’investissement corporel, charnel et passionnel dans la seconde partie pouvait frustrer plus d’un mélomane se remémorant les interprétations d’un Arrau, d’un Rubinstein ou d’un Richter au même âge. Paradoxes : l’interprète tchèque réussit malgré un éclairage trop présent à instaurer une ambiance quasi mystique durant l’ensemble de la première partie, où les brumes envahissent la salle, où les pastels laissent deviner leurs contours, où les ombres deviennent palpables, où l’innefable et l’immatériel semblent pouvoir être saisis… « Les musiciens, écrivait Claude Debussy, ont le privilège de capter toute la poésie de la nuit et du jour, de la terre et du ciel, d’en reconstituer l’atmosphère et d’en rythmer l’immense palpitation » Le pianiste se fait prestidigitateur, la musique se fait magie.

Après un entracte indispensable pour restructurer les esprits et l’écoute, et ainsi changer d’univers sonore et stylistique, le public assiste à une deuxième partie dont beaucoup ont pu être conquis en dépit d’une symbiose compositeur-interprète plus compromise… Compromise d’abord par un toucher dont la précision, la finesse et la transparence rappellaient plus celles des clavecinistes classiques que de symphonistes tels que Brahms et Beethoven, compromise par une rigueur de tempi (surtout chez Brahms) bridant le romantisme innérant du langage des deux compositeurs. On pourra penser que l’interprétation d’ exige une maturité et une grande attention d’écoute de la part de son public, qu’elle ne tombe jamais dans quelquonque facilité dont ont pu user nombre de ses confrères, mais on pourrait rétorquer qu’élan « juvénil » et maturité ne sont pas antinomiques. Pourquoi la retenue et l’intellectualité devraient-elles être préférées à une fougue et une passion ardentes si appropriées à une appassionata qui pourrait obéïr aux propos du compositeur au sujet de son Hammerklavier : « il faut casser le pianoforte! ». La technique est là, le programme est plutot assuré, mais le contrôle du son propre au pianiste a empêché d’éclore les passions, de libérer des élans trop longtemps contenus, et de transcender les œuvres proposées dans la seconde partie. Le public applaudit, deux bis suivent, un nocturne de Chopin et un prélude de Debussy rappelant la beauté du début de programme. Un récital mitigé donc, où l’on découvre l’art très minitieux et abouti d’un pianiste peu connu en France, si ce n’est en grande partie par ses enregistrements.

Une question se pose : un interprète doit-il se restreindre à ne jouer que le répertoire pour lequel son jeu semble adapté ou comme le suggérait Arrau, doit-il pouvoir aborder tous styles et modeler son jeu en fonction d’eux?

L’histoire de l’interprétation offre de multiples points de vue, on pourrait affirmer que certains interprètes ont eu conscience de leurs limites, que d’autres ont cherché à les surpasser, et que certains ont naturellement pu aborder l’ensemble du répertoire… Quoi qu’il en soit, la production de masse touchant même l’univers musical et en particulier celui de l’enregistrement, nous croulons sous une production dont les qualités hétérogènes obligent à un tri, et nous ne retenons que les références et les coups de génies. Nos mémoires se concentreront donc sur les Debussy et Janacek d’Ivan Moravec.

Crédit photographique : ©Anost Nosek

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Paris. Salle Gaveau. 24-I-2005. Leos Janacek (1854-1928) : Dans les Brumes. Claude Debussy (1862-1918) : Estampes ; les Collines d’Anacapri et Feux d’Artifices (extrait des Préludes). Johannes Brahms (1833-1897) : Intermezzo opus 117 n°2 en si bémol mineur ; Capriccio opus 76 n°2 en si mineur ; Rhapsodie opus 79 n°2 en sol mineur. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°23 « appassionata » en fa mineur opus 57. Ivan Moravec, piano.

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